I. Livre Bleu, 1896, II, p
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Le Sultan répond par une vague promesse de punir indistinctement les fauteurs de troubles et annonce que les réformes sanctionnées par Tirade vont être publiées dans les journaux. Mais l'Angleterre, qui se croit appuyée, ne veut plus se contenter de pareilles réponses. La note du 5 novembre rappelait au Sultan les événements de 1860 et l'intervention qui les avait suivis. Au banquet du lord-maire, le 9 novembre, lord Salisbury prédisait au Sultan et à ses conseillers ce le châtiment que, suivant le cours des affaires de ce monde, l'excès des abus amène pour tout mauvais gouvernement ». L'Angleterre avait reçu une première satisfaction par le retour au pouvoir du Grand Vizir Kiamil-Pacha, qui, de 1886 à 1891, avait été le principal organe de son influence. Mais, au bout d'un mois à peine (2 octobre/7 novembre), Kiamil, brusquement congédié, ne doit la vie qu'à une démarche des trois drogmans russe, anglais et français : le Maître l'accuse de comploter pour l'établissement d'une constitution et d'un régime libéral. L'incapacité notoire du nouveau Grand Vizir et le redoublement d'horreurs dans toute l'Anatolie amènent des représentations plus énergiques des six puissances, qui
insistent pour savoir les mesures que prend la Porte. Ce langage énergique n'a pas de sanction. La seule Angleterre est disposée à une intervention effective ; elle sera peut-être appuyée, sûrement autorisée, par l'Italie, son habituelle cliente; mais aucune autre puissance n'y consentira. Le Sultan peut attendre.
A la réunion du 9 novembre, M. de Nélidoff avait annoncé qu'il soumettrait bientôt a ses collègues un projet de mesures à prendre en cas de nouveaux massacres. L'Allemagne, en coquetterie avec le Tsar, avait appuyé cetle déclaration. Le 12 novembre, M. de Nélidoff fait connaître son projet : chaque représentant des puissances demandera à son gouvernement de préparer un second staliomiaire, avec un équipage d'au moins cent hommes, de deux cents au plus; l'arrivée de ces six bateaux et de leurs six cents hommes produira certainement un grand effet moral; déjà pareille mesure a été prise en 1876. L'ambassadeur d'Autriche, baron de Galice, doyen du corps diplomatique, consulte ses collègues : avant toute réponse, l'ambassadeur d'Angleterre lui demande s'il est disposé à tenir ou h ne pas tenir compte du Sultan. L'Autriche-
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Hongrie, répond le baron de Calice, n'agira qu'avec le Sultan*, et l'Angleterre s'aperçoit bientôt que toute la Triplice suivra l'Autriche. Elle s'adresse, en France, au ministère radical, alors au pouvoir. Mais, aux premières demandes de l'ambassadeur anglais, il est visible que le nouveau ministre a les mains liées par des engagements antérieurs ou craint de s'aventurer en des périls mystérieux : la France enverra un second stationnaire, si toutes les puissances le font; pour le reste, elle avisera peut-être à augmenter sa division navale du Levant, si la situation exige pareille mesure^. Il ne restait plus à l'Angleterre que le choix entre l'action isolée et l'inaction combinée. Mais l'action isolée serait trop périlleuse : Français pour l'Egypte, Allemands pour le Transvaal, Américains pour le Venezuela, l'Angleterre a soulevé contre son ambition presque tout l'univers civilisé. Le i5 novembre iSgB, elle accède, elle aussi, à la proposition russe.