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tES MUSULMANS ET L*EUROPE 827
besoin de quelques semaines encore pour liquider la question arménienne; tant que Ton discutera sur lès stationnaires, on ne parlera pas d'autre chose. Aussi il invente mille prétextes. D'abord l'objection de droit: d'après la convention du 3o mars i856, « le Sultan se réserve le droit de délivrer des firmans de passage aux bâtiments de guerre qui seront employés, comme il est d'usage, au service des légations amies ». Le Sultan a donc le droit de délivrer les firmans, mais a-t-il le droit d'en donner plusieurs à la même puissance? Un grand conseil, où l'on appelle ministres, généraux et amiraux, autorise la Porte à céder ; mais le Palais fait encore des difiicultés. Puis l'objection d'opportunité : l'arrivée des seconds stationnaires ne réveillera-t-elle pas le fanatisme musulman ou l'insolence ar-
ménienne?...
Abd-ul-Hamid semble escompter un désistement, sinon de l'Europe, tout au moins de son grand ami, l'empereur d'Allemagne, ou de son grand protecteur, le ministre du Tsar. L'Allemagne a déjà déclaré, en effet, que, pour des raisons de tactique navale, elle ne pourrait pas en ce moment envoyer un second aviso. Le Sultan écrit donc une lettre person-
nelle à Guillaume H: il est tout prêt à donner toutes les garanties que Ton voudra pour le maintien de Tordre dans la capitale, où, depuis un mois, le moindre trouble ne s'est pas produit ; mais les seconds stalionnaires ne feraient que réveiller les passions; il fait donc appel aux bons offices de ce son vieil ami et allié », l'Empereur allemand, pour arfiener les cinq autres puissances à retirer ou à suspendre leurs prétentions*. Une autre démarche, moins officielle, est faite sans doute, du côté de la France : le i^'^ décembre iSgS, paraît dans la Revue de Paris, cet article anonyme, dont toute l'Europe désigne aussitôt l'aulcur et que les chancelleries appellent <c le plaidoyer en faveur des massacres ».
Mais les six puissances continuent à lutter ensemble pour leurs stalionnaires. Le 9 décembre, une visite de l'ambassadeur russe, porteur d'une lettre de son souverain, fait céder toute opposition. Le Sultan autorise les seconds stationnaires, en déclarant n'avoir jamais élevé <( qu'une objection d'opportunité; comme les conditions ont changé, il vient justement de se décider à donner les firmans