Liure BleUy 1896, II, p
*"~~~^-*' ■* "•- iTif- • -r T -
LES MUSULMANS ET L*EUROPE SîQ
d'entrée ». Les conditions avaient en effet changé depuis le i®^ octobre. Abd-ul-Hamid avait eu le temps de mettre la dernière main à son œuvre et de faire en Arménie le désert. Il restait pourtant deux points de l'Empire où les communautés arméniennes n'avaient pas été décimées, Gonstantinople et le Zeïtoun. A Gonstantinople , chaque vendredi , une panique faisait fuir les Arméniens aux églises et aux ambassades ; sous prétexte de conspirations ou de propos séditieux, les emprisonnements et les condamnations vidaient les quartiers arméniens. L'ambassadeur anglais décida ses collègues à une démarche collective qui, le 22 décembre 1896, mit un terme aux persécutions et aux arrestations. Pour le Zeïtoun, la Porte avait fait connaître aux ambassades, à la fin d'octobre, ses craintes de (( se trouver dans l'impuissance de contenir le violent élan des Arméniens ». En novembre, le Zeïtoun s'était révolté et, pendant deux mois, il avait tenu tête à l'armée turque.
A la fin de décembre, assiégés par plus de dix mille hommes, les Zeïtouniotes invoquèrent la médiation des six puissances, qui, par une note du 2 janvier 1896, imposèrent à la Porte des mesures de clémence : les consuls euro-
33o LA POLITIQUE DU SULTAN
péens d'Alcp furent envoyés dans le Zeïtoun et, après un mois d'efforts, parvinrent à rétablir le calme (8 février 1896*).
Mais, après avoir donné sa parole qu'on enverra au Zeïtoun un sous-préfet chrétien, le Sultan nomme un sous-préfet musulman.
Il faut une protestation des six ambassades (29 avril), qui, « déclarant leur responsabilité directement engagée dans l'arrangement, réclament de la manière la plus formelle le respect de la promesse qui leur a été faite », puis une démarche des six drogmans(9mai), puis deux mois de négociations, enfin une intervention personnelle de l'empereur d'Allemagne (19 juillet), pour amener Abd-ul- Hamid à respecter sa signature.
Ces deux exemples montrent assez quels résultats, à Constantinople et en Asie, eût obtenus la collaboration de l'Europe sincèrement unie. L'Angleterre, qui sentait sa part de responsabilités dans toute cette affaire,
— car son langage si hautain depuis quatre mois avait certainement exaspéré Abd-ul— Hamid et encouragé les comités arméniens
— l'Angleterre voulait pousser plus loin ce