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\ ) } F1 2531 et Correspondance diplomatique, 24 janvier 1853.
donnèrent tout leur appui à Veuillot tandis que Rayneval s’abstint de prendre parti (1).
Libre de toute pression, le pape fit triompher les ultramontains. L’encyclique du 21 mars 1853 adressée aux évêques français les engageait à rétablir la liturgie romaine et à continuer à tenir les conciles provinciaux qui avaient puissamment servi les progrès de l’ultramontanisme. Ils devaient n’employer dans leurs séminaires que des livres approuvés par le’ Saint-Siège, encourager les journalistes catholiques et les traiter avec bienveillance. Le mémoire sur le droit coutumier était condamné. A part la question des classiques païens dont l'emploi était autorisé sous certaines réserves, les ultramontaïns l’emportaient donc sur tous les points. Sibour dut retirer son ordonnance contre l’Univers : les décrets du concile d'Amiens furent approuvés par le pape et leurs dispositions contre le droit coutumier renforcées. La réaction tentée en France depuis 1852 par les adversaires de l’ultramontanisme était brisée.
Ces conflits et leur issue contribuèrent à l’échec de la négociation du sacre. La méfiance traditionnelle contre l’ultramontanisme en fut réveillée dans la presse, au Sénat et au Conseil d’État, chez les hauts fonctionnaires et les ministres. Dès le mois de février, Bonnechose, reçu par Napoléon IIT à son retour de Rome, constata que l'opinion publique et l'entourage de l’empereur étaient hostiles à toute modification de la législation française, à toute concession aux revendications ultramontaines. Ces répugnances ne firent que croître à mesure que la cour de Rome se prononçait plus ouvertement pour les ultramontains. Drouyn de Lhuys, Fortoul, et le président du Sénat Troplong, s’en faisaient les interprètes auprès de Napoléon II, alors qu'aucun de ses conseillers ne l’engageait à accepter les conditions de Pie IX.
La question du mariage religieux était alors discutée dans la presse. Dans une brochure qui avait eu un certain retentissement (2), Sauzet, qui avait été président de la Chambre des députés sous la Monarchie de Juillet, venait de préconiser un régime analogue à celui des Deux- Siciles où le mariage eivil
(1) Eugène Veuillot écrivit à son frère le 24 février : « Une démarche a été faite auprès du gouvernement pour obtenir qu'il prit une mesure de rigueur contre nous. On a échoué... L'empereur a déclaré formellement au cardinal de Reims que nous n'avions rien, mais rien du tout à craindre. » (Eugène Veuillot : Louis Veuillot) Salinis avait vu Napoléon III avant de partir pour Rome.
(2) Réflexions sur le mariage civil et le mariage religieux en France et en Italie.
MAURAIN. — POLITIQUE 4
était nul s’il n’était pas suivi du mariage religieux ; les protestants pouvant se marier au temple, et les israélites à la synagogue, ce projet respectait la liberté des cultes ; l'État français s'était d’ailleurs déjà inspiré du droit canonique en abrogeant le divorce.
Le chef de la première division de l'administration des Cultes, Nigon de Berty, très favorable à l'Église, combattitce pendant le projet de Sauzet dans une note du 30 mars (1). Ce projet violerait le principe fondamental du droit public français, la séparation du spirituel et du temporel. Il porterait « une profonde atteinte à la liberté de conscience » en forçant des incrédules « à se marier à l’église contrairement à leurs croyances et à leur volonté. Les actes religieux qui ne sont pas spontanés ne sauraient ni être agréables à Dieu ni convenir à l’homme qui se respecte. Sous ce rapport, le système de M. Sauzet ne ferait que des hypocrites ; dans tous les cas, il ne pourrait rendre meilleurs les impies qui auraient profané un sacrement pour obéir à la loi proposée. » Au point de vue politique, 1l « augmenterait notablement l'influence du clergé », mais ferait peser sur lui « une effrayante responsabilité. » Les prêtres, en exerçant l'autorité qui leur serait conférée sur les questions matrimoniales susciteraient inévitablement de graves mécontentements et la religion ne pourrait « que souffrir de leur intervention légale dans les choses temporelles ».
Le 7 avril 1853, c’est-à-dire le lendemain du jour où l’encyclique du 21 mars fut connue du gouvernement, le Moniteur publia la note suivante : « On s’est efforcé de répandre dans le public le bruit que le gouvernement pensait à proposer une modification dans les conditions du mariage civil. Ce bruit est sans aucun fondement. L'expérience de soixante années a consacré la sagesse de notre législation civile dans cette importante matière. » Cet article, écrivit le 14 avril, Rayneval à Thouvenel «ne se borne pas à démentir les bruits de modification. Il fait, hautement l’éloge de notre loi sur le mariage. Ce n’en est que plus significatif. Ainsi, vous fermez la porte qui s'était entr'ouverte, la seule par où on püût passer. Il n’en pouvait être autrement... Ceux qui croient le terrain de l’opinion préparé à des moissons de cette espèce, se trompent du tout au tout. » Et le 20 avril « La déclaration du Moniteur est venue fort à propos ; et ne croyez pas qu'elle ait grandement déplu à Rome.
La satisfaction de se voir hors d’embarras sur une question brûlante l’emporte de beaucoup sur le regret de voir se prolonger un état de choses qui dure depuis soixante ans et auquel on s’accoutume tout en le blämant. » L'impression générale fut que la négociation avait définitivement échoué.
Napoléon III cependant écrivit au pape le 8 mai par l’intermédiaire de Ségur, pour lui demander s’il viendrait le sacrer. L'empereur n’était d’ailleurs plus disposé à modifier les Articles Organiques, ne voulant pas, écrivait-il à Ségur, « qu’on crût que c'était par intérêt ou par ambition que je désirais la révision de ces articles tandis qu’au contraire ce n’était qu’en vue d’une entente plus intime avec le pouvoir spirituel et pour le bien de la religion. Cependant, malgré moi, il en a transpiré quelque chose dans le public, et j'ai vu avec peine que l'opinion était opposée à tout changement qui aurait l’air d’une concession faite à la cour de Rome. Sans doute la venue du Saint Père ferait un grand bien aux idées religieuses et à la politique. Mais dans ce monde une foule de petites considérations viennent toujours entraver les grands projets. Enfin, que la volonté de Dieu soit faite (1). »
Napoléon III lui-même n’avait donc que peu d’espoir. D’après Ségur, Pie IX eût consenti à le sacrer, soit à Paris après l’abolition des Articles Organiques, soit à Rome. L'empereur n’accepta pas ces conditions. Il n’abandonna pas entièrement son projet (2) ; mais il semble bien que la phase active el sérieuse de la négociation du sacre ait pris fin au printemps de 1553 et que, par la suite, elle n’ait plus influé sur la politique ecelésiastique du gouvernement impérial.
Pendant Les dix-huit mois qui ont suivi le coup d’État, le caractère et les limites de l’alliance entre la papauté et le régime napoléonien se sont précisés. Ils sont étroitement solidaires dans les États romains et en France contre la révolution. Mais sur le terrain religieux, l’État concordataire, laïque et de tendances gallicanes, s'oppose au Saint-Siège plus hostile que jamais à l'autonomie des églises nationales et à l’ingérence du pouvoir civil dans les affaires ecclésiastiques. Ignorant ces difficultés, Napoléon III a cherché à réaliser une alliance plus étroite entre le pouvoir spirituel et l’État, alliance qui eût été scellée par son sacre. A ces projets la politique gallicane a été temporai-
(1) Cité par A. de Ségur : Mgr de Ségur, Souvenirs el récit d'un frère. (2) Voir pp. 110 et 163.
rement sacrifiée, mais ils n’en ont pas moins échoué. Les relations du gouvernement français avec la cour de Rome sont en 1853 excellentes, mais les rapports de l’Église et de l'État restent marqués de ce désaccord latent qui les caractérise depuis 1802.