‹ La Politique et le siège de ParisChapitre 5 sur 13 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Utt simple particulier, sans autre appui que son droit et la vérité, ne peut donner à l'Assemblée investie du Pouvoir souverain une plus haute marque de confiance et de respect, qu'en lui demandant justice contre elle-même.

J'ai déclaré (première pétition à l'Assemblée nationale), bien avant la publication du Rapport d'enquête auquel je vais répondre, avant de le connaître par conséquent, que je récusais le Vice-président Rapporteur de la Commission d'enquête, Comte Daru, parce que, Ministre de l'Empire, il avait été le promoteur ou Vun des promoteurs du Plébiscite de 1870 fiui avait fait la guerre de 1870.

Je veux redire ici pourquoi et dans quels sentiments j'ai formé cette récusation qui rappelle des faits de notoriété publique.

Le Plébiscite est un expédient de Gouvernement des temps de décadence. L'immense succès du Plébiscite de J870 s'explique et se justifie parle but que lui assignaient les déclarations officielles. Il sanctionnait un Sénatusconsulte qui transformait l'Empire autoritaire en Empire parlementaire et rendait au Pays la libre possession et la direction de ses destinées. C'était le couronnement promis de l'édifice. C'était la liberté et la paix^ comme l'Empereur lui-même l'annonçait à la France, le 21 mai, bien peu de temps avant la déclaration de guerre, dans un discours solennel, en recevant des mains du Sénat et du Corps législatif le résultat du recensement des votes plébiscitaires :

a Nous devons plus que jamais, aujourd'hui, envisager l'avea nir sans crainte. Qui pourrait, en effet, s'opposer à la marche « progressive d'un régime qu'un grand peuple a fondé au milieu o des tourmentes politiques et qu'il fortifie au sein de la paix et a de la liberté ? »

Mais alors se formait dans le Gouvernement un parti de ia guerre, qui agit incessamment pour que le Plébiscite, dont l'éclatant résultat dépassait toutes ses espérances, devînt un instrument de guerre. La candidature llolienzolleiii en fut l'occasion. Le Plébiscite rendait à

PÉTITION A l'assemblée NATIONALE

l'Empire, en un jour, toute la force et tous les prestiges que lui avaient fait perdre vini^^t ans de gouvernement sans contrôle. Il allait être le Vox pointu, yoxDei\)<ô\\v la provocation d'une guerre qui relèverait l'Empire, par la victoire, des sanglantes humiliations du Mexique ; qui effacerait le décri résultant pour lui de la campagne de Sadowa; qui le délivrerait en même temps des embarras et des périls que lui créaient les agitations du libéralisme revivant en France. C'est pour assurer la réalisation de ces vues qui devaient coûter si cher au Pays, que fut repoussée la manifestation conciliante de la Prusse renonçant à la candidature HohenzoUern, et que l'exigence des garanties pour l'avenir, qui l'atteignait devant l'Europe dans son prestige^ fut introduite.

Voilà la vérité. Voici à présent la justice :

En plaignant M. le Comte Daru d'avoir suggéré le Plébiscite, je suis très-éloigné de penser qu'il soit entré dans la conspiration ultérieure qui en a fait une machine de guerre, renouvelant la vieille tromperie de « lEmpire c'est la paix ». Mais je dis qu'ayant eu le malheur d'avoir une part d'initiative dans un acte imprévu de Gouvernement qui a préparé la catastrophe, il ne pouvait lui ap^ partenir de se faire passionnément l'accusateur des hommes qui, ayant repoussé l'acte parce qu'ils en prévoyaient les effets, ont combattu pour l'honneur du Pays,

ces effets venus, et ont été, dans la catastrophe, les victimes de la cause et des eft'ets.

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