LES AGITATIONS SOCIALISTES
rencontrerait donc pas sur sa route les obstacles qui font échec à la politique de Tempirisme.
Parmi ces obstacles, nous n'en avons pas cité un fort réel par Teffroi qu'il répand autour de lui : nous voulons parler des revendications collectivistes et anarchistes. Les gouvernements n'ont pas de meilleur auxiliaire pour enrayer les mouvements qui leur déplaisent : c'est l'éternel spectre rouge qui leur a si souvent servi.
Les socialistes possèdent à un haut degré le talent d'enfler leur voix. Des chefs de mérite, d'un grand mérite parfois, acceptent leurs adeptes sans choisir; ils les recrutent volontiers parmi des ignorants d'autant plus disposés à crier fort qu'ils sont moins aptes à comprendre. Des meetings tumultueux, des congrès bruyants font croire à une armée formidable qui s^avance à grands pas ; c'est le moment pour les timides de demander secours à la réaction, car la patrie est en danger, et la réaction ne se le fait pas demander deux fois.
Des penseurs sérieux, témoins des bévues coûteuses de rÉtat, réclament une extension des libertés locales. Est-ce à dire qu'ils les veulent sans mesure et sans condition? Est-ce à dire que dans chaque commune rurale une majorité pourrait imposer toutes ses volontés, taxer, par exemple, les citoyens selon son bon plaisir^ jusqu'à les dépouiller? Non, sans doute; mais on rapproche ces vœux du programme de Bakounine, et on les appelle anav chistes.
Ahl ce mot de commune est fatal. Il est devenu un signe d'effroi comme il fut, au moyen âge, un signe d'espérance. Rien ne prouve mieux combien un pays souffre, et souffre longtemps, d'une mauvaise loi appliquée d'emblée, et sans étude préalable, à Fensemble d'un pays,
POLIT. EZPÉIt. 25
tS6 LA MÉTHODE ET LA SITUATION ACTUELLE.
En 1790, l*Asseinblée constituante fit, en un seul coup, des municipalités de toutes les agglomérations urbaines ou rurales. Elle voulut avoir une commune là où était une paroisse, une maison communale là où était une église, un maire là où était un curé. La Convention rectifia cette erreur en ne conservant que les communes de 3 000 habitants et plus^ et en réunissant les autres dans une administration collective concentrée au chef- lieu du canton. Malheureusement la loi du 98 pluviôse an YIII rétablit, en les asservissant, les municipalités telles qu'elles avaient été constituées en 1790 : le morcellement exagéré de Tautorité publique est aussi commode pour le despotisme que pour Tanarchie. Lies réformateurs libéraux seraient moins exposés aujourd'hui à s'entendre appeler anarchistes^ si la Révolution française n'avait institué que des départements, des cantons et des cités.
Les anarchistes se sont surtout manifestés par l'action l'évolution naire ; ils n'ont cessé de demander la propagande par le fait ; ils l'ont essayée sans succès à Lyon et à Bologne. Leur présence dans l'Internationale a désorganisé entièrement cette association ; la scission est aujourd'hui complète entre les collectivistes-anarchistes et les collectivisteS'étatistes^ entre les disciples de Bakounine et les disciples de Karl Marx.
Les visées des anarchistes furent résumées, au procès de Lyon, dans une déclaration de principes que signèrent quarante-sept prévenus sur cinquante- deux. Voici deux ou trois phrases qui donnent l'idée de ce document : « Nous voulons la liberté, c'est-à-dire que nous réclamons pour tout être humain le droit et le moyen de faire tout ce qui lui plaît et de ne faire que ce qui lui plaît, de satisfaire intégralement tous ses besoins, sans autre limite que les impossibilités naturelles et les besoins de ses voisins