‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 107 sur 146 · LES AGITATIONS SOCIALISTES · texte numérisé non relu

LES AGITATIONS SOCIALISTES

également respectables.. # Le mal ne réside pas, aux yeux des anarchistes, dans telle forme de gouvernement plutôt que dans telle autre : il est dans Tidée gouvernementale elle-même ; il est dans le principe d'autorité. La substitution, en un mot, dans les rapports humains, du libre contrat perpétuellement révisable et résoluble, à la tutelle administrative et légale, à la discipline imposée, tel est notre idéal!... Nous croyons que le capital, patrimoine commun ide l'humanité, puisqu'il est le fruit de la collaboration des générations passées et des générations contemporaines, doit être mis à la disposition de tous, de telle sorte que nul ne puisse en être exclu, que personne ne puisse en accaparer une part au détriment du reste. Nous voulons, en un mot, l'égalité, Tégalité de fait, comme corollaire ou plutôt comme condition primordiale de la liberté, i»

Quant aux collectivistes-étatistes, ils ont plusieurs fois étalé leur programme, notamment au troisième congrès de rinternationale, qui se tint à Bruxelles en septembre 1868, et auquel se rendirent quatre-vingt-dix-huit délégués de sept nations. Le congrès vota une série de résolutions concluant à la socialisation des canaux, routes, chemins de fer, mines^ lignes télégraphiques, forêts, etc., et ajouta : « Le congrès pense que l'évolution économique fera de l'entrée du sol arable à la propriété collective une nécessité sociale, et que le sol sera concédé aux compagnies agricoles, comme les mines aux compagnies minières, les chemins de fer aux compagnies ouvrières, et ce, avec des conditions de garanties pour la société et pour les cultivateurs, analogues à celles nécessaires pour les mines et les chemins de fer(i). »

(1) Voir, dans la Nouvelle Revue du 15 février 1884. l'article intitulé : l' Internationale j par M. B. Malon.

Les collectivistes se font des Ulusioos sur lesi bienfaits de la société anonyme ; il leur suffirait d'observer les faits les plus évidents pour revenir de leur enthousiasme, pour cesser de croire que « la société anonyme géante, avec son organisation concentrée, toute bureaucratique, Tabsence de Tœil du maître, les milliers d'ouvriers qu'elle emploie, constitue la transition naturelle entre l'industrie individuelle^ la propriété individuelle, le commerce individuel et le collectivisme... Croire que la diffusion des sociétés anonymes rendra très aisé le passage de la liberté économique actuelle au collectivisme, c'est méconnaître les différences essentielles, fondamentales, qui existent entre une industrie privée, une propriété privée, même constituée sous la forme anonyme, et l'organisation autoritaire de toutes les industries par l'État (i) ».

La pensée de certains collectivistes va au-delà du programme cité plus haut : ils réclament la socialisation de tous les moyens de production, en exceptant à peine les outils les plus rudimentaires. C'est un retour à la barbarie. Ne voit- on pas un signe des temps dans cette imitation rétrospective du passé ? Ne prouve-t-elle pas combien il est urgent d'arriver au bout de certaines questions ? Le fil conducteur faisant défaut, on imagine pour ressource dernière de ressusciter d'anciennes formes, expérimentées aux âges primitifs et abandonnées par toutes les nations civilisées. Les ultramontains, et le pape à leur tête, désirent le rétablissement des corporations ; a le plus doux et le plus séduisant des collectivistes iù, Schaeffle, n'a que des sarcasmes pour le ce système représentatif trompeur et apparent de l'État libéral individualiste », et il écrit : n Quand l'organisation unitaire du travail sera devenue

(1) L$ CoUectimme, par Paul Lbroy-Beaulieu, p. 34.

Page 1