L'ENTENTE PAR LA MÉTHODE. H
Que veut-on qu'ils fassent? Est-ce que, sous aucun régime et sous le régime parlementaire en particulier, les ministres ont le loisir de préparer des solutions complètes et précises, surtout pour un pays organisé comme la France (i)? Et s'ils avaient ce loisir, il est probable qu'ils ne s'en serviraient pas utilement, car presque toujours ils ont épuisé leur sève dans l'effort qui les a élevés au pouvoir. La recherche des solutions complètes est l'œuvre des philosophes que les succès politiques ne tentent pas ; elle n'est guère celle des politiciens en place. Il n'est pas donné à beaucoup d'être Turgot ou Robert Peel.
Il faut pourtant sortir de cette impasse dans laquelle, depuis un siècle bientôt, nous tournons sur nous-mêmes. On le peut, si l'on a recours à la méthode que les savants emploient pour rechercher et pour démontrer la vérité. Le jour où les gouvernants auront le moyen de désarmer par des démonstrations éclatantes les adversaires de leurs anciens programmes; le jour où il sera possible d'appliquer sans compromission et sans trouble les grandes réformes auxquelles ils n'ont dû renoncer qu'à regret ; le jour où l'on pourra mettre à l'essai les améliorations encore mal étudiées ou peu connues ; le jourenfm où il sera même facile de rechercher sans danger aucun les solutions nouvelles ; ce jour-là, les ministres n'auront pas besoin d'oublier leurs promesses, et les minorités n'en réclameront pas en vain Texécution. Ce jour-là disparaîtra le désarroi qui règne encore chez nous dans les idées politiques, comme il régnait dans les idées scientifiques au temps des alchimistes et des astrologues.
(1) Ghap. xxxviii.