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CHAPITRE XXXI

LE PRINCIPE DE LA DIVISION DU TRAVAIL EST INDIQUÉ POUR LA RECHERCHE DES LOIS POLITIQUES.

La politique étant une science, il ne suffit pas, pour en trouver les lois, de recourir aux méthodes de la science ; il faut encore tenir compte des principes généraux que ces méthodes ont fait découvrir. Le principe de la division du travail est de ce nombre.

On a constaté plus d'une fois que les lois de la nature régnent en dehors du domaine propre sur lequel on en a tout d*ahord reconnu Texistence. L'efifort des grands penseurs a consisté souvent à enchaîner les unes aux autres les lois découvertes dans les divers ordres de la connaissance, de façon à atteindre^ par une série d'abstractions, à des symboles de plus en plus compréhensifs, de plus en plus généraux. C'est le but qu'Herbert Spencer se propose dans son admirable ouvrage: Premiers Principes. Considérant Tune après Tautre, dans l'ensemble du cosmos, toutes les manifestations de l'existence et de la vie, depuis les transformations de la matière sidérale jusqu'à celles des sociétés humaines, du langage et des arts, il arrive à formuler une loi générale de l'évolution avec une puissance de synthèse qu'il est difficile de dépasser (i). La division

(1) Cette loi, sous sa forme la plus simple, est énoncée ainsi : « L'évolution est un changement d'une homogénéité incohérente en une hétérogénéité cohérente. » Quant à la définition complète, elle est donnée en ces termes par Spencer : « L'évolution est une

du travail est comprise dans cette loi ; elle convient à l'ordre social, non moins qu'à Tordre physiologique et à l'ordre industriel.

Dès 18^7, M. Milne-Ëdv\rards publiait, pour la première fois, que c'est surtout par la division du travail que la nature tend à perfectionner l'organisation des animaux. La démonstration de cette formule a été faite pour toutes les fonctions et pour toutes les parties du règne animal. Partout la spécialité d'action devient de plus en plus grande à mesure que le progrès se montre; partout la division du travail marche de front avec le perfectionnement des facultés.

Un exemple, emprunté à M. Milne-Ëdvvards lui-même, fera comprendre l'importance de ce principe, bien connu des physiologistes^ mais peu familier aux politiques.

Chez les animaux, comme chez les plantes, le travail vital doit assurer non seulement l'existence de l'individu, mais aussi la conservation de sa race, et se compose par conséquent de deux séries principales d'actions bien distinctes : les fonctions de nutrition et les fonctions de reproduction. Chez les animaux les plus inférieurs, ce double résultat s'obtient cependant à l'aide d'un seul agent : la production de l'être nouveau est la conséquence de la nutrition. Elle s*opère d'ailleurs par deux procédés différents. Le plus simple se constate chez un grand nombre d'infusoires : le corps de l'animal se subdivise en deux ou pluintégration de matière accompagnée d'une dissipation de monvement, pendant laquelle la matière passe d'une homogénéité indéfinie, incohérente, à une hétérogénéité définie, cohérente, et pendant laquelle aussi le mouvement retenu subit une transformation analogue. » (L«i Premiers Prmcipes, p. 424, traduction de M. Ga* seiles.)

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sieurs segments qui grossissent après leur séparation et coastitueot autant d^individus identiques au premier : c'est ce qu'on appelle la fissiparité. Par le second procédé, il se forme à la surface de l'organisme des bourgeons qui se développent, de façon à ressembler au parent ; tantôt ces bourgeons restent fixés à leur soucbe, tantôt ils s'en détachent pour vivre d'une vie indépendante : c'est la gemmiparité.

La division du travail commence à se montrer chez divers polypes, ainsi que chez des bryozoaires et des ascidiens, lorsque la faculté de produire des bourgeons se localise en certaines parties du corps. En s'éleyant dans la série animale, on Yoit la reproduction asexuelle disparaître (I); le développement du germe n'a plus lieu que sous l'influence d'une matière vivante, différente de ce germe. Dans le cas le plus simple, la conjugaison, la génération sexuelle consiste dans la fusion de deux masses de matière protoplasmique, issues de parties différentes d'un même organisme ou de deux organismes de même espèce ; la masse unique qui résulte de cette fusion forme l'organisme nouveau.

Si l'on s'élève encore davantage, on aperçoit une différence morphologique marquée entre les deux facteurs du procédé sexuel, dont l'un devient l'élément mâle et l'autre l'élément femelle. Les deux organes, qui fournissent ces deux éléments, se trouvent d'abord réunis chez le même individu ; l'hermaphrodisme est complet : les ovules peuvent être fécondés par les spermatozoïdes appartenant au même animal. Tel est le cas pour les mollusques bi-

(1) Cette reproduction sAbsisie enoore par atavisme, mais est de plus en plus limitée. Les salamandres reproduisent des membres, les lézards leur queue; les mammifères ne peuvent plus que reprodoire des tissus pour réparer certaines blessures.

valves, fixes et immobiles, cas assez restreint, a la nature, dit Darwin, ayant horreur d'une perpétuelle autofécondation ».

Souvent, sans que les sexes cessent d'être réunis, la division du travail s'introduit parmi les individus de la même espèce, et ranimai doit, pour se reproduire, agir tantôt comme mâle, tantôt comme femelle, à l'égard d'un autre individu. C'est la fécondation croisée de beaucoup de mollusques gastéropodes.

En s'élevant encore davantage dans les séries zoologiques, on reconnaît que le même individu n'est plus à la fois mâle et femelle; il n'y a plus d'hermaphrodites, et l'activité génésique se concentre, chez la femelle, sur la production des ovules; chez le mâle, sur l'élaboration des spermatozoïdes.

La différenciation continue à se faire de plus en plus entre les instruments chargés de créer ou d'employer les produits de l'un et l'autre appareil sexuel : on voit apparaître les organes de la reproduction, l'utérus destiné à nourrir l'embryon et l'appareil mammaire pour l'alimentation des jeunes. En somme, la spécialité plus ou moins grande des instruments reproducteurs coïncide avec le degré de perfection auquel doit atteindre le produit â créer (I),

Si certaines espèces animales ont atteint à la vie en société, à quoi le doivent-elles? A ce qu'elles ont eu spontanément recours à cette loi de l'organisation du travail, qui est une loi de inorganisation biologique. La solidarité et la prévoyance se manifestent chez les abeilles, chez les fourmis, avec une énergie dont beaucoup de sociétés hu-

(1) Voir Milne-Edwards, Huxley, Carpenter, Gegenbauer, etc.

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