LES PROGRÈS PARTIELS. 3U
du bouddhisme^ dans un pays profondément religieux, oii les pratiques du culte se mêlent à tous les actes de la TÎe, où les lamas ainsi que les hauts fonctionnaires pratiquent le célibat, la polyandrie est très répandue ; la femme thibétaine est fort laborieuse ; elle tisse, laboure, commerce et s'efforce de mériter le titre d'épouse accomplie en plaisant à tous ses maris (i).
Lorsque nous comparerons entre eux les pays civilisés, notre conclusion ne changera pas. Ainsi, les Anglais, qui sont supérieurs aux Français sur certains points, leur sont inférieurs sur certains autres. Si nous ne possédons pas, comme eux, dans la yie publique, Pesprit de liberté, nous ne sommes pas affligés de ce cant que leurs romanciers modernes, lord Lytton, Dickens, Wilkie GoUins, tournent si volontiers en ridicule.
Les Français se montrent encore trop souvent peu disposés à admettre qu'ils ne sont pas en tout le premier peuple du monde ; nous croyons bien que ce chauvinisme grotesque a un peu diminué, mais il est loin d^avoir disparu. On s'en aperçoit bien vite dans les assemblées un peu nombreuses, et^ chose triste à dire, ce sont les jeunes gens, surtout les jeunes légistes, qui sont le plus imbus de ce préjugé. Il leur suffirait pourtant de connaître l'évolution du langage, qui leur sert à maudire l'observation et Texpérience, pour apercevoir les inégalités de développement dont nous parlons.
Tontes les langues ont débuté par le monosyllabisme, et un grand nombre d'entre elles n'ont pas réussi à dépasser ce premier degré. Le progrès linguistique a commencé d'abord à juxtaposer les monosyllabes, en accolant
(1) Ch. Letourneau, la Sociologie^ passim
n% LA MÉTHODE S'APPDIE SUR LA SCIENCE.
à un élément, qui conservait sa valeur primitive, d'autres éléments jouant seulement le rôle de suffixes ou de préfixes, et déterminant les modes de Télément invariable ; le monosyllabisme est ainsi devenu de Tagglutination. La troisième forme du langage articulé, celle des races supérieures, est la flexion. Dans les langues à flexion, on ne se contente pas d'agglomérer des racines ; on modifie ces racines elles-mêmes, et Ton obtient ainsi des idiomes d'une grande souplesse. Il est facile de voir que le progrès linguistique n'a pas toujours suivi le progrès de la civilisation.
Les Chinois avaient atteint à un niveau social élevé, lorsque nos sociétés modernes, et celles qui leur ont servi d'ancêtres, n'étaient pas nées encore. Et pourtant leur langue, purement monosyllabique, est d'une incomparable pauvreté.
L'Egypte a été longtemps toute-puissante : Thoutmàs, Aménophis, Ramsès enchaînaient à leur char les races d'hommes alors connues ; Ghéops bâtissait sa grande py. ramide à une époque où le reste de la terre n'avait pas d'histoire ; pendant soixante et dix siècles, l'influence égyptienne se fît sentir sur les nations, et pourtant la langue parlée sur les bords du Nil n'était que faiblement agglutinée et peu supérieure, en structure, à la langue chinoise.
Au contraire, les Australiens, les Américains indigènes» les Africains, depuis les Hottentots jusqu'aux Pouls, parlent des langues agglutinantes, tout en ne s'étant pas dégagés de la barbarie (i).
Les principes reconnus vrais de peuple à peuple le sont (1) Voir Abel Hovelacque, la Linguistique.