‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 90 sur 146 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

l'industrie limite son champ d'expériences.

Les procédés de l^ndustrie ne conduisent pas à des cou« clusions différentes de celles que nous avons exposées dans les précédents chapitres. Ici peu d'explications sontnéces* saires :

Vous dirigez une fabrication pour laquelle on préconise un procédé nouveau ; vous avez étudié avec soin ce procédé là où il est appliqué; vous en avez observé la mise en œuvre et les produits ; vous connaissez à merveille la construction des appareils qu'il exige. Irez-vous, quelles que soient vos études et vos convictions à ce sujet, démolir de fond en comble votre manufacture et la rebâtir sur de nou» veaux plans ? Vous seriez considéré comme moins prudent qu'enthousiaste; aussi est-il probable qu'avant de tout remanier, vous ferez Tessai du système dans une partie ou dans une annexe de votre usine.

Une telle expérience n'aura pas seulement pour objet d'asseoir totre oertitude, de démontrer que l'innovation est applicable avec profit dans les conditions particulières où votre industrie fonctionne pour les matières premières, les ouvriers, la clientèle, les transports, etc. ; elle vous per« mettra en outre d'introduire quelques-uns de ces perfectionnements dont une innovation récente est toujours susceptible, de dresser les ouvriers au nouveau genre de travail, d'habituer votre personnel à en diriger l'exécution,

de modifier, s*il y a lieu, des usages commerciaux contractés depuis longtemps.

Par exemple, le carbonate de soude est fabriqué, depuis le commencement du siècle, par le procédé Leblanc, lequel consiste, comme chacun sait, à chauffer dans un four à réverbère un mélange de sulfate de soude, de craie et de charbon. Dès 1854, MM. Schlœssing et Roland se firent breveter pour une invention consistant à faire réagir du bicarbonate d'ammoniaque sur du sel marin ; il se produit, par double décomposition, du bicarbonate de soude peu soluble et du chlorure ammonique très soluble dans Teau ; le bicarbonate de soude recueilli, lavé, séché et calciné, se convertit en carbonate de soude, tandis que le chlorure ammonique des eaux mères, bouilli avec de la chaux, fournit du chlorure de calcium et laisse dégager Tammoniaque.

Le principe est fort simple ; cependant il n*a pas réussi aux inventeur:!. M. Solvay prit, en 1S63, un brevet tendant à surmonter les difficultés pratiques du procédé Schlœssing, et ce n'est guère qu après trente ans que lé procédé de Tammoniaque a pu se propager dans l'industrie. C'est qu'il fallait tenir compte de bien des circonstances, et surtout construire des appareils, tels que le bicarbonate sodique soit obtenu exempt d'eaux mères et que la perte d'ammoniaque soit réduite au minimum. Aujourd'hui encore les industriels qui fabriquent d'après le procédé Leblanc ne transforment que progressivement leur outillage et trouvent à introduire dans le procédé Solvay des modifications de détail.

Ce que nous venons de dire de la fabrication de la soude par l'ammoniaque peut se dire également de la fabrication de l'acier par le procédé Bessemer, de l'utilisation des chaleurs perdues par les fours régénérateurs de Siemens, de

Page 1