‹ La politique expérimentale (volume 2)Chapitre 94 sur 146 · AUGUSTE COMTE · texte numérisé non relu

AUGUSTE COMTE

]a Vierge-Mère pour grande utopie, la Terre pour Grand - Fétiche, un sacerdoc«, dont il est le grand prêtre, pour arbitre du dogme. Le culte positiviste est réglé dans ses moindres détails, par analogie avec le culte romain : neuf sacrements ; trois prières quotidiennes durant deux heures ; un signe sacré que font les fidèles en posant succèssiyement la main sur les trois organes de Tamour, de Tordre et du progrès ; un calendrier pour lequel le maître ne marchande pas les canonisations, chaque jour ayant son saint, un saintplus célèbre étant réservé au dimanche {kumanidi), et un plus grand encore donnant son nom au mois; une semaine sociolâtrigue, dont chaque jour est consacré à l'un des liens fondamentaux de l'Humanité, tels que la paternité et le mariage ; des processions solennelles, dans lesquelles on promènera des bannières blanches et vertes, la face verte portant la formule sacrée du positivisme, la face blanche, la sainte image, c'est-à-dire une femme de trente ans qui tient son fils entre ses bras ; enfin, des temples orientée vers le temple central à Paris, et dont le sanctuaire sera réservé à des femmes convenablement choisies, entourant les prêtres de l'Humanité.

Quant à la politique d'Auguste Comte, elle est condamnée d'avance par la méthode qu'il a suivie. Ne trouvant ni dans l'histoire moderne, ni dans la nature humaine, les inductions qu'il cherche, il rétrograde jusqu'à ces époques reculées auxquelles on peut faire dire tout ce que Ton veut. L'éclat du moyen âge l'éblouit. Pour lui, « les temps de Clotaire, de Charles le Gros, de Philippe I" et de Charles VI sont supérieurs au cinquième et au quatrième siècle d'Athènes et au siècle desAntonins (1) ».

(1) André Lefèvre, la Philosophie^ p. 408.

tS« LA MÉTHODE ET LES RÉFORMATEURS.

Panlièiemeiit à son oligarchie de lettrés, Comte iosiitiie une oligarchie ^e riches ayant à diriger la niasse des pro- Uiaires â sept franct pMr joar, «onceptioo qui ne pronye pas chez . lat des notions hien exactes d*éeonomie politique. Il a nettement indiqué en maints endroits que le régime industriel se sahstitue au régime militaire, et cependant il conserre Torganisation de ce dernier. 11 cimt que l'homme aura toujours besom d*ètre conduit, et il charge de ce soin son patriciat et son clergé, sans se douter de la corruption qui les attend, de la tyrannie que produit la corruption, de la décadence qui soit la tyrannie. Il fait peu de eas de la liberté, et il célèbre la dictature sous toutes ses formes : dictature des grands hommes, dictature des grandes Tities, dictature des ehefs de gouTernement Il appelle le coup d*£tat de 4^1 une crise heureuse^ quia renTersé la république parlementaire et institué la république dictatoriale ; il décore Tempereur Nicolas du titre de « seul honraie d*Etat de la chrétienté e.

J*ai souvent causé avec des disciples de Comte. Je les ai entendu répéter les paroles les plus insignifiantes du maître, les jugements auxquels îk devait le moins tenir, avec la même onction que mettent les dévots à citer les textes de rÉvangile ; je les ai vus applaudir avec enthousiasme aux actes autoritaires des hommes previdentids^ Je leur rends volontiers cette justice, ipt*ils se sont toujours montrés passionnés pour la vérité, demeurant à l'écart d'égoïstes compromissions. Nul mieux qu^Auguste Comte ne leur en adonné le noble exemple; car ce grand penseur, doué d'un caractère aussi ferme que son talent, subordonna sans cesse à ses travaux les intérêts les plus pressants de la vie.

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