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LE DÉSACCORD DANS LES IDÉES. S

décembre, je ressentais ce découragement amer, mani* festé par Augustin Thierry quand les événements lui prouvèrent que la royauté rajeunie de 4830 n*était pas la forme définitive de gouvernement. Dans les débats de nos deux dernières assemblées, j'avais constaté, aussi bien par les discours des orateurs d'école que par ceux des tribuns populaires, combien les théories politiques se réduisaient à de purs exercices de littérature.

J'avais assez des mots ; le fondateur du positivisme offrait des idées dignes de fixer l'attention de tous les penseurs. Il établissait avec une grande précision que la politique est une science; que, loin d'être le fruit du hasard, l'évolution de l'humanité est soumise à |des lois; que, pour découvrir ces lois, il faut bien connaître les conditions d'existence des animaux vivants et l'influence des milieux inorganiques, c'est-à-dire être familier avec les principes généraux de toutes les sciences, depuis les matliématiques jusqu'à la biologie.

L'œuvre d'Auguste Comte est fort complexe. Ne me préoccupant que de questions politiques et sociales, je ne m'inquiétai guère de la création religieuse, que j'ai définie ailleurs une féodalité catholique sans dieu (1). L'apologie du coup d'Etat de 1851, l'admiration pour le tzar Nicolas, un idéal politique, dont l'autocratie spirituelle du sacerdoce, la puissance temporelle des riches, la permanence du prolétariat et la dictature des grandes villes formaient les traits saillants, tout cela était de nature à faire échec à ce qu'il y avait de vraiment élevé dans la conception philosophique du maître.

Le positivisme n'a point abouti, quoi qu'en ait prétendu, ces derniers jours, un de ses plus fervents adeptes, M. Har«

(l) Le Programme de la démocratie^ § 14.

4 Lk ttÉTHODË.

rison, dans une conférence faile à Londres, au Newton Bail; il ne pouvait aboutir d'ailleurs. Son principal mérite a été de produire, surtout chez les Anglais, un mouvement d'idées plus fécond par les controverses qu'il a suggérées que par les convictions qu'il a fait naître.

Auguste Comte, qui réclamait avec raison pour la sociologie remploi rigoureux de la méthode scientifique, a péché par la méthode; j'expliquerai comment, dans la suite de cet. ouvrage (I). Ce fait m'apparut fort clairement durant un premier séjour de huit mois que je fis en Angleterre en 1862.

Mes études se portèrent alors d'un autre côté. J avais eu pour professeur, à TËcole des mines de Paris, M. F. Le Play, sans conserver de rapports avec lui. Un ami commun lui fit lire, en 1860, quelques pages dans lesquelles je réclamais pour le père de famille la liberté de tester. C'était la question favorite de Le Play; il était l'homme de France la connaissant le mieux et nos lois de succession n'avaient pas de plus ardent adversaire. Il me fit appeler; nous entrâmes en relations suivies. La philosophie de Comte faisait souvent l'objet de nos entretiens. Lui aussi voulait fonder la politique sur la science; l'observation comparée des peuples européens était le point de départ d'une doctrine encore inachevée.

La méthode était assez bonne ; elle était préférable sous plus d'un rapport à celle d'après laquelle Auguste Comte avait échafaudé son système. A Londres^ où nous étions ensemble. Le Play me fit toucher du doigt les erreurs énormes de ce dernier au point de vue politique et social. ^ En dépit d'un immense travail dans lequel se sont usées

(1) Chap. xxxiv.

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