LE DÉSACCORD DANS LES IDKES. S
ses forces, malgré la plus louable ardeur à rechercher le vrai, Le Play n*a pas réussi. Il a bien, vers la fin de sa vie, fondé une école; mais elle est uniquement devenue le refuge des partis réactionnaires. II a aussi péché par la méthode; j'expliquerai également les causes de son insuccès (I).
Ainsi, je n*ai trouvé la vérité chez aucun des deux réformateurs auprès desquels je Tai cherchée.
Ayafit acquis quelques loisirs, je retournai, il y a huit ans environ, à mes études favorites. Je pris le parti de voir par moi-même. Je visitai, en plusieurs voyages, Tancien monde depuis le cap Nord jusqu'au désert d'Arabie, et le nouveau monde, de New- York à San-Francisco . Je séjournai deux ans en Angleterre, plus d'une année aux États-Unis, trois hivers en Italie, plusieurs mois en Suisse et en Hollande. Procédant comme Descartes, je mis de côté toutes mes idées anciennes; j'oubliai les livres que j'avais lus et je n'en lus pas de nouveaux. Je résistai même, en parcourant les Etats-Unis, à la tentation bien légitime de relire la Démocratie en Amérique^ de Tocqueville. Je voulais n'être influencé que par les faits.
J'ai publié dans quelques ouvrages une partie des observations que j'ai recueillies. J'espère avoir mis en lumière un certain nombre de faits, ignorés ou mal connus en France, et avoir apporté pour d'autres des confirmations utiles. J'ai eu ainsi la bonne fortune d'entrer en relations avec quelques hommes éclairés qui forment Tavant-garde du parti libéral, et qui, je le crois bien, deviendront, à un moment donné, une ressource suprême pour notre pays.
Il se produit actuellement dans nos villes, et même au
(1) Chap. XXXV.
sein de nos campagnes, un mouvement marqué dans le sens que nous désirons. Toutefois le désordre et la confusion régnent encore au plus haut degré dans les idées politiques. Si nous nous approchons du but, c'est par une série d'avancements et de reculs alternatifs ; la courbe du progrès offre chez nous des rebroussements nombreux.
La marche ne peut*elle être à la fois plus rapide et plus sûre? Est-il impossible d'éviter ces mouvements rétrogrades qui deviennent souvent gros de dangers ?
C'est ainsi que je suis conduit à me poser le même problème qu'au début de ma carrière. Je vais essayer d'en exposer une solution plus précise et plus complète que celle que je pressentais alors.
Pour faire un tel exposé, j'ai pensé que mes études et mes observations antérieures ne me suffisaient pas. Je me suis donc rendu, en juillet 1884^ en Angleterre, et, au mois d'août, en Suisse, afin de contrôler tout spécialement, auprès de quelques hommes d'un savoir éminent et d'un sens droit, les bases de la solution nouvelle à laquelle je suis parvenu.
Cette double enquête me permet de retracer sous leur vrai jour des détails importants. Je considère la méthode comme le fondement de la politique, surtout chez nous, surtout à notre époque ; c'est à mon avis la question devant laquelle toutes les autres s'effacent, auprès de laquelle les discussions les plus solennelles n'ont qu'un intérêt passager. Or, la méthode s'appuie sur des faits. J'ai donc tenu à ce qa aucune erreur de fait ne se glissât dans ces pages. En ce qui concerne mes enquêtes, je crois pouvoir garantir une complète exactitude ; je ne redoute pas les dénégations de mes compatriotes; je ne crains pas même les objections des Américains, des Anglais ou des Suisses.