LES PROGRÈS PARTIELS
vent une ligne de niveau. Ces insectes sont peut-être arrÎYés^ par des adaptations successives au milieu, à compléter le cycle d'évolution compatible avec leur structure organique, et ils se modifient peu. Peut-être en sera-t-il de même pour Thomme. Le jour où il connaîtra les lois de son évolution, il y obéira, parce que le bonheur consiste précisément à s'y conformer. Un grand nombre de ses actions conscientes se transformeront alors peu à peu en actions réflexes, en instincts, et sans lois artificielles, sans contrainte^ sans police, sans gendarmes, les sociétés humaines accompliront leur travail comme les sociétés animales accomplissent le leur. Ne sera-ce pas là dansTavenir ce paradis terrestre que les religions placent à Torigine du monde, ce paradis céleste qu'elles promettent pour la fin de la vie, le paradis des actions réflexes ?
Nous n'avons pas à mettre davantage l'homme en présence de l'animalité ; un tel parallèle ne paraîtra cependant inutile qu'aux esprits superficiels. Tant que la terre a été considérée comme le centre de l'univers, l'astronomie est demeurée stationnaire ; cet état de stagnation a duré deux mille ans. Tant que l'homme sera considéré comme un être à part^ doué seul d'intelligence, les espèces animales n'ayant reçu que des instincts, la politique restera à l'état d'embryon. Si l'homme est tel que le dépeignent les théologiens et les métaphysiciens de Sorbonne; s'il a été créé tout d'une pièce et s'il n'a point d'aïeux ; s'il possède le libre arbitre; si, par privilège sur les autres êtres, une entité immatérielle gouverne sa vie ; s'il est exposé à rencontrer dans ses agissements des interventions surnaturelles, philosophes, épargnez vos veilles ; politiques, cessez vos lattes 1 II n'y a pas de sociologie ; il n'y a pas de lois sociales ; il n'y a pas de prévision ; les astronomes
tlO LA MÉTHODE S'APPUIE SUR LA SCIENCE.
seuls ont le droit d'affirmer que le soleil se lèvera demain « Mais si, au contraire, Thomme ne diffère des autres ani< maux que par le degré; s'il est doué comme eux, et s'ils sont doués comme lui, d'intelligence et d'instincts, alors c'est à la nature objective qu'il faut demander les principes de la politique et de la morale.
Or la nature nous a fourni la preuve que les progrès ne^ sont jamais simultanés. Les exemples abondent lorsqu'on compare les espèces entre elles ; ils ne sont pas moins faciles à trouver dans le rapprochement des sociétés humaines. Les sentiments bienveillants, les vertus altruistes se rencontrent chez les races les plus dégradées, et y ont quelquefois une intensité plus grande que chez des races plus civilisées. Il existe chez des ])euplades inférieures des pratiques considérées par les moralistes comme un indice constant de civilisation, tandis que, dans des foyers de lumière, se trouvent inversement des usages regardés comme abjects dans les contrées de haute culture.
Selon l'abbé Domenech, certaines tribus de Peaux- Rouges plantent au milieu de leur village un poteau appelé (( arbre de la probité », auquel on suspend les objets trouvés. — De même la plus stricte honnêteté préside aux transactions des Esquimaux entre eux. — D'après Wallace, les Dayaks des montagnes de Bornéo seraient probes, scrupuleux, ne commettraient presque jamais dans leur tribu un acte de violence; cependant les mêmes hommes sont, de tribu à tribu, d'intrépides « chasseurs de tètes )> . -— Les Turcomans, dont la vie n'est qu'une suite de vols et de meurtres, pratiquent l'hospitalité de H façon la plus généreuse. — La monogamie persistante est en vigueur chez les Weddahs de Geylan^ si peu supérieurs à certains animaux. Au contraire, au Thibet, dans le foyer