‹ La politique expérimentaleChapitre 89 sur 122 · LES PROGRÈS PARTIELS. S · texte numérisé non relu

LES PROGRÈS PARTIELS. S

vertu de leur instinct, sans savoir ce qu'ils font, sans pouvoir améliorer leurs actes ; la conscience du but et le perfectionnement des moyens sont Tapanage exclusif de Thu-» manité. »

L'observation de la nature n'a cessé, depuis qu'on s'y livre avec méthode, de démontrer la fausseté d'une telle explication. Les exemples abondent ;. choisissons au hasard. Le didonculus est un oiseau de la grosseur d'un pigeon, vivant auxîles Samoa; il pondait par terre et ses œufs étaient dévorés par les rats qu'amenaient les navires. Aussi l'espèce avait-elle à peu près disparu^ et serait-elle aujourd'hui complètement éteinte, si, changeant son instinct, le didonculus ne s'était mis à nicher sur des arbres.

L'instinct est un ensemble d'actes conscients, emmagasinés dans les cellules nerveuses, transformés par l'habitude en actes automatiques, et légués aux générations successives par l'hérédité. L'instinct est de l'intelligence transmise ; c'est une adaptation, dans laquelle il est bien difficile de ne pas reconnaître à l'origine, au moins dans la plupart des cas, un acte de volonté (1).

L'humanité possède des instincts comme les castors^ les

(1) Parmi les instincts qui justifient cette définition, je citerai le mimétisme, qu'Alfred Giard divise fort justement en mimétisme oiTeosif et mimétisme défensif . « De même qu'un homme se déguise pour se dérober à un danger ou pour commettre un crime, les espèces imitatrices ont pour but les unes de se cacher, les autres de surprendre leur proie. » {Recherches sur les sytMScidies.) — Comme exemple du premier genre de mimétisme, Wallace cite le Claddbate, mammifère insectivore de la Malaisie, qui ressemble tellement à l'écureuil par sa dimension, sa couleur et la position de sa queue, qu'il peut, sous ce déguisement d'un mammifère frugivore, approcher aisément des insectes et des petits oiseaux qui sont sa proie • La ressemblance des Leptalis avec certains HéUconidés de l'Amazone est un exemple classique de mimétisme défensif. Les HéUcamdés n« sont pas mangés par les oiseaux à cause

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abeilles, les fourmis. Ces instincts prédominent d'autant plus sur les actions conscientes que les races sont plus inférieures. Dans une même race, chez un même peuple, les populations les moins éclairées sont celles qui y obéissent le plus. Les gens des campagnes sont plus dirigés par rinstinct que ceux des villes, les Bretons plus que les Parisiens : celui qui se riecule à la vue d'un crapaud ou qui frissonne, le soir, à l'aspect d'une poule noire, celle qui fait le signe de la croix quand le tonnerre gronde, n'obéissent qu'à l'instinct.

Si les instincts nous paraissent occuper une place exclusive dans la vie animale, cela peut tenir à deux raisons. D*une part, nos observations sont incomplètes; bien des particularités nous échappent. Il est aussi malaisé pour nous d'observer des fourmis, qu'il le serait pour des fourmis de nous observer nous-mêmes ; rien ne dit que nous ne leur produirions pas un effet analogue à celui qu'elles font sur nous. D'autre part, les espèces animales ne sont pas toutes au même degré évolutif. A notre avis, l'espèce humaine n'est point parvenue à l'âge adulte; elle se meut sur une courbe qui s'élève, tandis que les fourmis suide leur mauvais goût et de leur mauvaise odeur; le vol lent et les couleurs très brillantes de ces papillons les signalent à Tattention de leurs ennemis et les protègent contre toute méprise de la part de ces derniers. Les espèces de Lepialis sont très différentes des Héliconidés, mais possèdent quelquefois certaines ressemblances extérieures ; elles sont toujours très recherchées des oiseaux. Des LeptàUs ont trouvé un refuge au milieu des essaims de papillons non comestibles, et, en se dissimulant de la sorte, ils ont échappé à la poursuite de leurs ennemis. Ce sont surtout les plus semblables aux Héliconidés qui ont été épargnés. Ségrêgés des autres individus de même espèce, ils se sont reproduits entre eux, et, au bout d*un certain nombre de générations, tout en conservant leurs caractères internes, ils sont devenus extérieurement identiques aux papillons dédaignés par les oiseaux. .

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