‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 137 sur 225 · II. — DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

II. — DÉCEMBRE

MessireJehan Brinon, chevalier, seigneur de Villenes, conseiller du Roy et premier président au Parlement de Normandie, aussi premier président dos Grans jours et Conseil de Madame, mère du Roy, et cliancellier d'Aiençon, lequel madicte Dame envoyé en Angleterre par devers très Révérend père en Dieu Monsf le cardinal arcevesque d'Yorke, légat en Angleterre. Après avoir fait audit Cardinal les très cordialles recommandacions de madicte Dame, luy présentera les lectres de créance qu'elle luy rescript.

Sa créance sera que madicte Dame remercye bien fort et de tout son cueur icelluy Mous^" le Cardinal du bon recueil et traictement qu'il a fait à messire Jehan Joacquin, son maistrc d'hostel, des bons propos et vertueuses parolles qu'il luy a tenues sur le fait de la paix et repos de la Crestienté, du grand soing et cure qu'elle congnoit par elïect a à icellepaix, dont elle le prye très affectueusement de vouloir persévérer et continuer à ce bon et sainct vouloir jusques à l'entière perfection et accomplissement d'icelluy, duquel, outre larétribucion et rémunéracion que en aura de Dieu, toute la Crestienté luy en donnera gloire éternelle.

Plus, luy dira que, pour mectre fin à l'affaire pour lequel avoit envoyé ledit Joacquin par devers luy, et après avoir ftiit entendre au Roy son très cher seigneur et fîlz tout le discours que ledit Joacquin luy avoit mandé et que sondit très cher seigneur et filz a fait entendre suivre entièrement sa voulenté, elle a despesché ledit Président avec ample et seufïîsant pouvoir pour cappituler avec luy.

Et, jaçoit que les affaires de sondit très cher seigneur et filz soient pour le présent, grâces à Notre Seigneur, en tel estât qu'il ait moins cause de sercher amytié avec ses enuemys depuis que la guerre commença, et que il ait or, argent et amys à suffire non seullement pour deffendre ses terres et seigneuries de sesditz ennemis, mais pour se revancher des offenses que luy ont esté faictes, néantmoins, pour l'honneur de Dieu, paix universelle et bien de toute la Crestienté et pour éviter effusion de sang crestien et autres offenses envers Dieu et inconvéniens qui viennent de la guerre, est contant de faire paix et entrer en amytyé et confédéracion avec ses ennemys et mesmement avec le roy d'Angleterre.

Et, avec ce, que, combien qu'il ait esté offensé sans cause et que ait souffers à cause de la guerre plusieurs grans maulx, intérestz et dommages, comme il est tout notoire, desquelz raisonnablement devant Dieu et tout le monde pourroit justement et raisonnablement demander réparacion et satisfacion, toutesfois, sans avoir regard k ce, est contant entrer en cappitulacion, sans demander aucune chose

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à son très cher et très amé frère et cousin le roy d'Angleterre, et de faire paix, amytyéetconfédéracion avec luy en ensuivant les traictiez par cy-devant entre iceulx seigneurs faiz et paier les sommes de deniers que par iceulx traictiez ledit seigneur devoit payer, néantmoins qu'il y ait causes et raison péremptoires de n'estre tenu paier les deniers deubz à cause de la redicion de Tournay.

Et, d'autant que le Cardinal pourroit demander les arrairages (1) desdits deniers deubz, tant à cause de Tournay que autrement, le persuadera par tous les raoiens dont se pourra adviser que iceulx arrairages soient quictez. Et là et quant ne pourroit gagner ce poinct, fera envers lui que lesdits arrairages soient remys en années qui escherront après que tout ce qui est deu pour Tad venir sera satisfaict.et payé.

Et se paiera ce qui est deu pour Tadvenir par années et termes, en la forme et manière que se payoit auparavant la guerre, dont le premier terme escherra d'icy à ung an, et, si cela ne se peult conduire, en may prochainement venant.

Et, pour ce que ledit Joacquin a mandé à madicte dame que ledit Cardinal demandoit lesdits arrairages estre promptement paiez, et le reste pour l'advenir cent mille escuz par an tant que le roy d'Angleterre vivroit, et, après son décez, le demeurant seroit payé aux termes accoustumez, si icelluy Cardinal persistoit en sadicte demande, luy sera remonstré que de paier les arrairages à présent le Roy commodément ne le pourroit faire, actendu les gros fraiz et mises qu'il luy a convenu soustenir à cause de la guerre, et que, d'autant qu'il est question de faire entrer ces deux Roys en amytyé, est expédient conduire le cas par une grand gracieuseté et non par duresse, aflfin de causer une bonne, fraternelle et très cordialle amour entre eulx, .et si fault avoir regard que ledit seigneur et roy de France n'a ses affaires en aucune nécessité, grâces à Nostre Seigneur, par quoy doyve souffrir d'estre aucunement engarié. Et si croyt que ses ennemys sont plus las de la guerre que luy, et que, quant vouldront recommencer à lui faire la guerre, s'il s'est par cy-devant bien deffendu d'eulx, le fera par l'advenir, avec l'aide de Dieu et son bon droit, encores mieulx. Lesquelles remonstranees se pourront faire selon que la matière sera disposée et en grand doulceur et gracieuseté.

Et, quant aux cent mille escuz qu'il demande par an. luy sera remonstré que ce seroit abréger les termes par cy-devant convenuz

(1) Le ms. porte arrages.

et augmenter la somme ; car le roy d'Angleterre pourroit si longuement vivre que, fin de compte, se trouveroit que l'on auroit beau-, coup plus payé que l'on ne debvoit. Autre chose seroit si demandoit que cent mille escuz t'eussent paiez par an durant la vie du roy d'Angleterre, et que, si pendant icelle se trouvoit le tout estre payé, autre chose ne se payast, et, là où le tout ne seroit payé à son décez, le reste se payeroit aux termes convenuz aux traictiez précédans ; en quoy faisant ne seroit augmenté la somme, ains y auroit abbréviacion de termes, à quoy ledit seigneur roy de France ne veult consentir.

Bien sera contant pour le bien de paix, si autrement ne se pouvoit faire, que les arrairages (1), qu'il entendoit paier à la fin des termes à escheoir, soient deppartiz par années, et que à chascun an et terme soient paiez XX™ livres, qui sont XX™ escuz par an, jusques à fin de payement.

Au demeurant, quant à Ardre et autres choses de la conté de Guynes, qu'il demande, luy suader que ledit seigneur roy de France n'y consentiroit jamais, d'autant que seroit chose qui redonderoit au grand regret et desplaisir des subgez, esquelz pour riens ne veult desplaire.

Et, d'autant que le Cardinal pourra dire que il ne peult cappituler avec madicte Dame pour l'obligation que son maître a avec l'esleu en Empereur, et que, à ceste cause, demandoit une cédulle à Madame signée de sa main pour estre seur de ce que le Roy bailleroit à sondict maistre en faisant paix, amytyé et confédéracion avec luy, et que, veue icelle cédulle, il eust envoyé par devers l'esleu en Empereur pour avoir pouvoir pour faire tresves durant lesquelles se fut évertué de faire paix, amytyé, alliance et confédéracion entre iceluy esleu en Empereur et le Roy, et, où ledit esleu en Empereur n'eust voulu entandre à ladicte tresve ou paix, sondit maistre l'eut habandonné et eust faict paix, amytyé, alliance et confédéracion avec le Roy ensuivant ladicte cédulle, luy sera respondu que, après l'accord fait desdits payemcns et arrairages, s'il ayme mieulx cela par cédulle que par traictié, ladicte cédulle luy sera bailliée, promy ce que de sa part en baillera une autre de faire et procurer ce qu'il a dit, et, au defïault que ledit esleu en Empereur n'y vouldroit entandre, l'abbandonner et traicter.

Et, touchant le fait de la pension dudit Cardinal, qui est de douze mille livres, pour ce que madicte Dame a grand désir de luy com-

(1) Comme ci-dessus, le ms. donne arragr.v.

plaire et qu'il soit bien traicté, elle lui sera payée avec les arrairages en la sorte, forme et manière qu'il aclvisera.

Et, quant à la royne Marye, joyra de son douaire, le traictié faiet, en la forme et manière que faisoit auparavant la guerre, et les arrairages luy seront paiez à dix mille livres par an.

Plus, luy dira que madicte Dame luy a donné charge dire à icelluy Cardinal que, si Dieu conduict ceste paix et amytyé entre iceulx deux Roys avec amour et espérance de ne venir au contraire, qu'elle espère que ces deux princes feront de grosses choses ensemble à la louenge de Dieu, à leur gloyre et mémoire perpétuelle ; et que le Roy son maistre trouvera avec le Roy son très cher seigneur et filz plus d'amour, seureté, foy et loyauté que n'a fait avec l'esleu en Empereur; et que ledit seigneur roy de France n'est point nécessiteux et ne l'empruntera de riens et n'espargnera aucune chose pour mectre à éxécucion ce qu'ilz entreprandront; et que ledit Cardinal sera conducteur, gouverneur et modérateur de leurs entreprinses.

S'il estoit question de parler incidemment des romptures des traictiez convenuz et accordez entre iceulx seigneurs par cy-dev[ant] et si y a eu matière de commancer la guerre contre ledit seigneur ou non, ledit ambassadeur en est assez adverty et informé par ung double de lectres que luy a esté baillé.

Aussi, pour estre du tout mieulx informé et pour respondre à tout ce que l'on luy pourroit mectre en avant, luy ont esté baillez les doubles des traictiez dernièrement faiz avec le roy d'Angleterre.

Et finablement, fera en tout et partout sur les choses susdictes ses (1) de paines, ainsi que madicte Dame (2)

6 janvier 1525.

Du Bie: au Député de Calais

Rec. Of. Bhewer, iv, 999. — Original.

Au dos : A Mons'' le Débitis de Callais.

Monsi" le Débitis, je me recommande de bon cueur à vous. Présentement Mons'' le chancellier d'AlIençon m'a envoyé ung chev^aucheur d'escuyrie pour aller à Callais préparer son logis et le cas de

(1) Suit un mot illisible.

(2) Il manque évidemment deux ou trois mits, sans doute « lui a dit » ou quelque chose de semblable.

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