‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 138 sur 225 · IV. — 13 JANVIER · texte numérisé non relu

IV. — 13 JANVIER

son passage pour passer delà la mer; je vous prie, Monsf le Débitis, me voulloir envoyer seureté pour ledict chevaucheur, nommé Pierre Gedoin, affin qu'il puisse dilligentor son affaire et que Monsr.le Chancellier trouve son cas prest pour son passage pour y séjourner le moings qu'il pourra; priant Dieu, M on s^ le Débitis, vous donner bonne vie.

A Boullongne, ce yi^o jour de janvier.

Mons^" le Débitis, j'entends que ledit chevaucheur ait sauf conduyt pour aller et retourner. J'envoye le sauf conduyt pour le marchand de l'Estapple dont vous m'escripvez.

Vostre bon voisin.

OUDART DU BlES.

Le même au même.

13 janvier 1525.

B. M. ms. Cott. Callg. E I, f^ (63) 73 (1). — Mutilé. — Original. Au dos : A M on s'' le [Débi]tis de Callais.

[Mons]'' le Débitis, je me recommande de bon cueur à [vous] ; Mojnsr le Débitis, Monsr le chancellier d'Allançon et arriv[é ce] soir en ceste ville, lequel désire faire dilligenc[e p]our parachever son voyage en Angleterre; et, pour ce que journellement noz gens elles vostres se font la guer[re], il me semble, pour la seureté des deux costez, que seroit bon qu'il y eust abstinance de guerre entr[e] vous et nous autres pour le jour de son parlement, qui sera samedi prochain ; et, se ainsi le voull[ez] consentir, je vous prie m'envoyer asseurance pou[r] cedict jour de ceulx de vostre party et je vous promectz sur ma foy et honneur, s'il y a quelque chose de mésupsé cedict jour de samedi de ceulx de nostre p[arty], le vous faire restituer et réparer en m'envoyant ladicte asseurance.

Mons' le Débitis, je vous prie voulloir despesche[r]ce présent porteur ma trompette pour qu'il et bes[oin] qu'il soit icy aujourd'huy de retour; où, faisant fin de lectre, je prieray Dieu vous donner sa grâce.

A Boullongne, ce xnime jour de janvier.

Vostre bon voisin.

OuDART DU BlEZ.

(1) Nous n'avons pas trouvé l'analyse ()o cette pièce à cette date dans Brewer.

Jacqueton, Lodise de Sciroic. :M

16 février 1525.

Madame à Brinon et à Jean-Joachhn.

Ar. Nat. J 965, 4, 13; Brewer, iv, 1093. — Brouillon original avec corrections de la main de Robertet.

Au dos : Lectres missives de Madame à Messes les président de Normandie et de Vaulx, ambassadeurs pour ladicte Dame en Angleterre pour le fait de la paix, responsives aux lectres par eulx escriptes à ladicte Dame touchant ladicte paix entre le Roy et celuy d'Angleterre. St Justlez Lyon, xvime février MVcXXIIII.

Messes le Président et des Vaulx. J'ay receu vos lectres du xxixeme du passé, par lesquelles me faictes amplement entendre le discours qu'avez eu avec le Cardinal touchant le faict de la paix et les difficultez qui s'y sont trouvées. Je treuve que de vostre part vous êtes mys si très avant en devoir que Mons'^ le cardinal d'York s'en debvoit contenter; et ne se fault merveilher s'il a débatu au contraire, car l'a faict comme bon et loyal serviteur de son maistre; mais je croy que à la fin le trouverez si très enclin et zélateur de paix qu'il se contentera de la raison, et par sa dextérité, sens et bon esperit y fera condescendre son maistre, et luy remonstrera que jusques à présent n'a guières bien faict son prouflSct de la guerre et est encores pour moins le faire cy-apprès, «t les grosses sommes de deniers qu'il a despendues à cause d'icelle et le prouffict que avoit de ce Roy auparavant ycelle et que une paix certaine est trop meilleure que une guerre incertaine. Vous scavez la peine que j'ay eue de ma part à faire condescendre mon Seigneur et filz à condescendre à icelle paix et de bailler partie de ce que avez offert et de quelle persuasion et moien m'a fallu user; j'espère que iceluy Cardinal n'en fera pas moins de son cousté.

Au demeurant, pour vous résouldre quant au contenu des articles que m'avez envoyé, direz audict soigneur Cardinal quant aux contez de Boulongne, Guignes avec la ville d'Ardre ce que je vous diz, Président, à vostre partement, c'est assavoir, que, s'il estoit question de bailler terre, si petite fust-elle, que mon Seigneur et filz n'y vouldroit aucunement entendre, tant pour la conservation de son serement que pour ne desplaire à ses subjectz que pour éviter les inconvéniens advenir. Et, par ainsi, quant à cela, n'entrez en

aucune disputation, ains, si se vouloit arrester, vetournez devers moy. Touttesfois, j*ay telle fiance en la prudence d'iceluy Cardinal qu'il ne se arrestera à cela, cognoissant que n'y a propos, raison ne apparence.

Et, en tant que touche les deniers promys par cy-devant, tant pour la restitucion de Tournay que autres et arrairages d'iceulx, vous me mandez que iceluy seigneur Cardinal demande la raoictié des arrairages avant la ratiffication de la paix que se pourroit faire et que le demeurant sera mys en masse avec le principal, qui se paiera durant la vie du roy d'Angleterre à cent mille escuz par an à deux termes, c^est assavoir may et novembre ; cliascun d'iceulx cinquante mille escuz, et que, au premier terme, se paiera cent mille escuz. Vous luy avez sagement remonstré^ comme la raison veult, que, quant aux deniers de la restitution de Tournay, mon Seigneur et filz n'y est tenu, actendu le moien par lequel a esté spolyé d'iceluy Tournay; et, quant au demeurant de Londres, se pourroit aussi dire que mon dit Seigneur et filz n'y est obligé et que cela a esté estainct et acquis à cause de la guerre que luy a esté faicte, et, par ainsi, de luy offrir et présenter icelles sommes, non obstant que ne soyent deues, et les payer à temps raisonnable sans trop grever mon très cher Seigneur et filz est se mectre plus avant que la raison et que l'on ne debvroit demander (1).

MaiSj quant au faict des bagues, elle fut mariée aux coustumes de France, où y a communité de meubles entre mary et femme et le suryivant succède aux meubles, charge de paier les debtes. Si luy fut remonstré après le décès du feu Roy et à son conseil que, si elle vouloit paier les debtes, que les meubles luy seroient baillés, du nombre desquelles estoient icelles bagues. Elle déclaira que ne vouloit paier les debtes, et par ainsy frustrée d'iceulx meubles. Et luy pourroit-on demander le myroir de dyamant qu'elle a envoyé en Angleterre, qui est l'une des excellantes bagues delaChrestienté. Et, par ainsi, se doyvent contenter de l'offre à eulx faicte^, qui est plus que la raison.

Et, quant à l'obligation des quatre cent cinquante six mille escuz soleil prétendue estre due par les généraulx, vous luy pourrez dire que mondit Seigneur et fils n'a agréable icelle obligation et que d'icelle n'en vint jamais denicîr à son proufRt, et ne se y veult obliger. Elle est usuraire et plus que déraisoiniable et n'entendit jamais mondit Seigneur et filz le contenu en icelle, si n'est depuis

(1) 11 y a sans doute une lacune entre ce paragraplic (|ni i(M'niino une page et le suivant qui en eonimeiifo une autre.

quelque temps en çà que luy fut donné entendre; lequel dès lors dit que pour nulle chose ne vouldroit consentir ung pareil acte où gisoit de son honneur et conscience.

Président, et vous des Vaulx, remonstrez les choses susdictes article par article à iceluy seigneur Cardinal et luy dictes la peine que j^ai eue de y faire condescendre mondit Seigneur et filz et que, si de présent la chose ne se conclud, je ne voy moien que se puisse jamais renouer. Par ainsi, vous le prierez de ma part que se mecte en le devoir envers le Roy son maistre que j'ay faict envers mondict Seigneur et filz, affin qu'il ne soit dit que avons commencé une telle euvre sans la scavoir parachever.

6 mars 1525.

Brinon et Jean-Joachha à Madame.

Ar. Nat. J 965, 3, 8; Brevver, iv, 1160. — Original.

Au dos de la même écriture que la lettre : A Madame, Madame mère du Roy, Régente en France; et à côté, d'une autre écriture : Monsr le président do Rouen et Joaquin du vieme jour de mars V« XXII II, Angleterre.

Mada7ne. Suivant le contenu es lectres qu'il vous a pieu escripre du xve jour de février, après avoir réitéré à Mons' le Révérendissime vos affectueuses recommandations et derechef l'avoir remercié du bon et saint vouloir qu'il avoit à la paix et l'avoir exhorté et prié de y vouloir constamment persévérer jusques à l'effect, perfection et consummation de l'œuvre et qu'il ne laissast tumber ne eschaper de sa main la praticque de ceste paix qui luy estoit et seroit tant honorable et fructueuse, nous luy avons reprins tous les pointz demeurez en différend et sur chacun d'iceulx particulièrement faict la response contenue en vosdictes lettres.

Laquelle oye, il nous a demandé si nous avions aultre charge, et, si aultre charge nous ne avions, il ne nous vouloit aultrement respondre, sinon de nous dire à Dieu et prendre congié, et que l'ambassade de Flandre estoit prochaine, avec laquelle, oye nostre résolution, il vouldroit traicter pour l'exemption de leur emprinse et pourveoir et disposer ce qui estoit nécessaire pour la guerre et aussi lascher la main à la délivrance de deniers du costé de Italie

qu'il avoit close jusques à présent, et, si elle estoit laschée, il n'y. auroit plus de ordre de traicter ladicte paix. Que le Roy nostre maistre avoit faict son prouffit de ce pourparlé, qu'il avoit semé et faict semer par toute l'Ytalie, ce qui avoit fait branler le Pape et les Vénitiens, et qui les vouloit informer du contraire. Et pour ce que nous avions parlé de sa prospérité, qu'il scavoit quelle elle estoit, et qu'il pensoit que de cette heure on eut donné la bataille au Roy, en nous figurant le lieu, et que le Roy estoit defïaict ou prins ; néantmoins, pour ce, il ne seroit plus chault ne plus froic à conclure avec nous. Et^ pour résolution, que nous avions laissé le poinct principal, qui estoit le faict des terres, sans lesquelles il ne estoit asseuré de povoir faire la paix. Et oultre nous disoit par négative, que, sans accorder simplement le principal et arréraiges de Tournay, ne se feroit point. Quant à la faveur et ayde demandez pour le recouvrer, nous scavions ce qu'il nous avoit dit, et que, s'il estoit question de nous donner ayde pour le recouvrer, il cousteroit deux foys autant que la somme que nous lui promections bailler ; et qu'il feroit ce qu'il seroit en luy pour le faire remectre es mains du Roy, mais il n'y en auroit riens au traictié. Quant à la condition du mariage, disoit que le traictié de Tournay et le traictié de mariage estoient deux choses séparées, et que l'une ne avoit riens commun avec l'aultre ; que le Roy son maistre, par grandes et importunes prières et requestes, se y estoit condescendu ; que, qui ne les payeroit des deniers de Tournay, ilz feroient coupper les testes des ostaiges et les envoyeroit au Roy. Quant aux arréraiges, que si la somme de cent mile escuz ne se payoit content après le traictié ratifRé et publié, la paix ne se feroit poinct. Quant aux vingt cinq mile escuz des habitans de Tournay, consentoit la clause y estre apposée, c'est assavoir se promectre déduire ce que les quictances monteroient et faire les transporz nécessaires. Quant à la continuation, qu'il ne vouloit faire chose qui ne fust perpétuelle et durable, et qu'il vouloit faire ung lyen indissoluble entre ces princes, qu'il ne povoit faire sans ceste espérance de continuer les cent mile escuz à la vie de son maistre, et qu'il nous avoit dit que ce n'estoit que emplir le papier, que son maistre estoit graz et que Dieu luy feroit grand grâce s'il vivoit jusques à la fin des pa3'emens.- Au regard de la partye des généraulx, que la parolle et la promesse du Roy y estoient géminées, et que Jarninguant, qui estoit ambassadeur en ce tems, en sçauroit bien déposer, que Mons"" l'Amiral l'avoit promis et que c'estoit mal garder son crédit de désadvouer sa promesse, que Mons»" le Grand maistre avoit faict le semblable,

que le contract estoit licite et qu'il n'y avoit point de usure en ce pays, que sans cette partye la paix ne se feroit point, que la partye avoit esté baillée aux marchans, qu'il y avoit moyen pour saulver le Roy de enpayor aucunes choses. Quant à latresve et aux joyaulx, il si est peu arrêté, et encores moins aux déprédations.

Nostre response a esté, que nous, le cognoissant si saige et si prudent, si grand et bon zélateur de ceste paix tant utille et nécessaire pour ces deux royaulmes et toute la chrétienté, pensions qu'il ne voulût pour peu de chose laisser eschapper ni perdre ceste belle occasion ; que vous, Madame, avez fort travaillé à gaigner et amollir le cueur du Roy, qu'il falloit qu'il fist le semblable de sa part vers son maistre, sans mectre son estât en dangier ne se chargier de despense superflue tant en Ytalie que ailleurs ; que l'expérience du passé luy donnoit à cognoistre combien il y pouvoit proufïîter ; que nous pensions que, si Dieu luy faisoit ceste grâce, ce seroit la consummation de sa félicité et perfection de sa gloire, qu'il mériteroit envers Dieu et le monde et qu'il en seroit mémoire perpétuelle. Quant au faict deTournay, que les raisons luy avoient esté remonstrées et que, en bonne équité naturelle et par disposition de raison escripte, son maistre estoit tenu de faire ce que nous demandions, que Tournay de toute ancienneté estoit du royaulme et que, sans l'espérance de mariage, nous ne en eussions donné une seulle maille; que, si le paiement des deniers promis ne avoit esté faict, ce ne estoit par la faulte des ostaiges ne de celluy qui les avoit baillez, ce estoit par la faute de son maistre qui avoit envoyé la defRance et commencé la guerre; que lesdits ostaiges estoient innocens et libérés personnes, que ce seroit chose inhumaine et tyrannique de leur vouloir faire oultraige, que je ne pensois que luy, qui estoit Prélat, Cardinal et Légat, voulust estre de une telle et si cruelle opinion. Quant au payement de la somme de cent mile escuz contens après la publication, que le Roy avoit trop despendu et cliascun jour despendoit en ses guerres pour estre si aysé d'argent ; que aullres foys le roy d'Angleterre, de gayeté de cueur, avoit libéralement preste plus grosses sommes à simples marchans ; que, pour avoir l'amytié de ung tel si grand et si puissant Roy, il povoit bien user de cette honnesteté. Quant à la continuation, que la lectre de Ardre en faisoit la décision, car la promesse estoit conditionnelle et la clause y estoit résolutive ; que je luy avois dit la suspicion de sa promesse, veu le traictié qu'ilz avoient avec l'Empereur, le pourparlé de Escosse et l'expérience du passé. Quant à la partie des généraulx, que les raisons luy avoient esté alléguées que l'obliga-

tion estoit usumire et contre bonne meurs, non entendue par le Roy jusques puis naguères, qui ne l'avoit eue agréable; que si la ratiffioit sa conscience en seroit blessée.

Sur ce, il a dit que ses généraulx sont obligez. Je luy ai dit que ce ce n'est pas à luy parlant de la personne du Roy, et davantaige que leur obligation estoit nulle, et, s'il en estoit question en jugement conn\adictoire, ilz en seroient absoubz. Sur ce, il me a dit qu'il ne croyoit que je le voulsisse ainsi juger si j'en estois juge et que, si le Roy voulloit consigner ung milion d'or, que son maistre en consigneroit autant et que le jugement se en fist par genz non suspectz. La response a esté, que je ne disois ne vouldrois dire à luy ne à aultre une chose de bouche que en ma pensée je jugeasse le contraire et que je soustenois et soustiendrois devant et contre tout le monde que le contract estoit, non seulement nul, mais deshonneste, illicite et usuraite; et que jeneavois puissance de gaiger ne consigner l'argent de mon maistre et, veu qu'il estoit question de chose de justice, que la gaigeure ne vauldroit riens; bien le voulois avertir, comme celluy qui lui estoit affecté et aymoit son honneur, que, s'il tenoit en ceste partie que la paix ne se fist, il n'y auroit point d'honneur, et estoit à craindre que les Angloys mêmes en fissent mal leur prouffît et rejectassent tous les inconvéniens, qui cy-après leur adviendroient par la guerre, siir la teste dudit Cardinal.

A quoy il a dict que pour cest article seul ne se laissoit à faire la paix ; ce estoit aussi pour les aultres articles, c'est assavoir par faulte de non bailler terre, voulloir continuer les cent mile escutz à vie et aultres articles qui estoient en différend. Et sur ce, nous a faict une digression et dit que nous ne faisions riens pour son maistre ; qu'il avoit tant despendu en ses guerres, que tout ce que nous lui promections oultre le dernier traictié estoit chose loyaulment deue, et en ce que nous prenons pour advance, disoit qu'il n'y avoit point mile livres de ceste monnoye, que de ce qui estoit davantaige il en faisoit moins de estime que de son rochet, que qui le vouldroit faire remuer pour aller quérir l'advantaige il ha le cueur tel et si honneste qu'il ne le daigneroit faire, ne pour ce prendre la peine qu'il en prend, si ce n'estoit pour le bien de la paix.

Sur quoy, luy avons dit, que ce estoit merveilles qu'il faisoit si peu de compte de ung milion ou onze cens mile escuz, et, veu le petit estime qu'il faisoit de argent et le grand compte qu'il tenoit de la paix, ne se debvoit donc arrester à si peu de chose, derechef l'exhortant qu'il usast de l'occasion et ne se arrestast aux mensonges

que luy escripvoient noz ennemis, et que les choses se portoient tout aultrement, que le Roy triumphoit et triumpheroit en Ytalie, que nous pensions et le royaume de Naples et Pavye <:le présent en ses mains, qu'il ne perdist ung tel et si grand amy, l'advertissant que si ceste paix se laissoit à faire elle seroit mal aysée à renouer, et plusieurs autres parolles, le priant qu'il y voulsist penser ceste nuyt. Sa résolution a esté qu'il y avoit longuement pensé, et que, sans luy accorder les choses dessusdictes, il ne pourroit gaigner son maistre, et qu'il ne se y failloit actendre ne tenir cest affaire en longueur, et que le Roy son maistre luy avoit mandé qu'il allast vers luy, que s'il y alloit et que nous ne lui linsions aultre propoz il nous aporteroit mauvaise responce, et que de ceste heure il commançoit à estre suspect et que l'on disoit qu'il estoit François. Et il luy fust dit que à nostre voulenté il fust aussi bon François qu'il avoit esté bon Hespaignol. Et il nous a dit que ce qu'il avoit fait pour les Hespaiguolz avoit esté pour la nécessité et commodité des affaires et du temps et non aultrement. Et sur ce penser nous sommes retirez.

Vray est que nous luy avons parlé de l'arrest et détention de nos gens fait à Douvre et l'interception de noz lectres, luy offrant pour l'oster de suspeçon qu'il en fist lecture. A quoy il nous a respondu qu'il ne avoit commandé ne ordonné que noz gens fussent arrestez, ni noz lectres prinses, et si ne les avoit vouUu ne voulloit veoir, en se purgeant de suspeçon par serment sollennel qui luy a pieu faire la main mise au piz en notre présence.

Et sur ce penser l'avons laissé par deux jours. Durant lesquelz il a mandé quérir moy Joachin, qui ay eu avec luy longues parolles et par tous moyens ay mis peyne de le persuader. Et, pour ce qu'il se arrestoit du tout sur ces deux parties, c'est assavoir sur la partie des généraulx, qui est le principal de nostre différend, et sur la continuation à vie, pour le gaigner, je luy ay ouvert deux expédions, c'est assavoir : quant à la continuation à la vie de son maistre, qu'elle se accorderoit par lectres à part pures et simples, mais qu'il bailleroit une contre-lectre que l'obligation ne sortiroit effect si le mariage de Madame ]a Princesse ne se faisoit en la maison de France; et quant cà l'obligation des généraulx, que l'on pourroit mectre ladicte obligation en masse, mais, si elle ne estoit payée avant le décez du Roy son maistre que elle se estaindroit et admortiroit par son trespas. Sur quoy a esté longuement debatu, et finablement a prié moy Joachin que je parlasse de ces deux points à Mons' le Chancellier, ce que je luy promis de faire.

Et le jour ensuivent ledict Cardinal envoya devers raoy Brinon. Devers lequel nous allasmes ensemble, et après quelques gracieuses et honestes parolles tumbasmes sur ces deux ouvertures et longuement en disputasmes. Le discours en seroit ennnuyeuz, et sans conclure pour aucunes causes nous départismes, promectant y penser la nuyt et le lendemain matin à heure de neuf heures luy venir faire la response.

Ce qu'il fut fait, et après grandes protestations et remonstrances condescendismes au consentement desdictes deux ouvertures. Mais, nostre consentement eu, ledict Cardinal, retournant à ses premiers propoz, dit qu'il ne scavoit si le Roy son maistre se en vouldroit contenter et qu'il promectoit qu'il feroit vers luy ce qu'il pourroit. Sur quoy, nous lui dismes que ce que nous faisions estoit oultre nostre povoir, pour le zèle, désir et affection que nous avions à la paix et que nous estions en dangier de désadveu ou malcontentement ; que, si de brief il ne nous en faisoit response, nous protestions que par nostre consentement nouz ne serions aucunement obligez ; et, de propoz en propoz, luy fismes aultre ouverture sur ceste obligation des généraulx, c'est assavoir, que, combien que de ceste obligation le Roy ne eût aucune chose receu et qu'il fût deue une bonne et grosse somme, néantmoins serions contons de luy laisser ceste somme deue entre les mains, et que, la niasse de Londres et de Tournay payée, si le Roy son maistre survivoit, qui luy fût payée durant sa vie jusques à la somme de deux cens mile escuz oultre la masse, qui seroit continuation de deux ans, pourveu que, s'il se mouroit, il ne se en payeroit à ses successeurs aulcune chose. Sur ce, ledit Cardinal se arresta à vingt cinq mile escuz davantaige^ le tout faisant la moitié de la somme de l'obligation ; qui luy fut aussi octroyée soubz mesmes conditions. De quoy, après y avoir quelque peu pensé, il ne s'est encores voulu contenter, et nous a fait une aultre tierce ouverture, c'est assavoir, de faire masse de toute l'obligation des généraulx et se contenter par an de la somme de Lxxvm escuz sol., qui estoit moins que ne luy en offrions, pourveu que la continuation à la vie de son maistre luy fût accordée sans condition, qui ne seroit, comme il disoit, que emplir le papier, veu le long tems que auroient lesdicts payemens. Sur la remonstrance que luy avons faite que, si durant la vie de son maistre il faisoit la somme moindre, il la faisoit plus grosse après son trespas et que la longueur estoit chose incertaine, nous a dit que, (juaiit à ceste obligation des généraulx, il seroit content que ce qui resteroit à payer après le trespaz de son maistre se payast à la raison de sept

mile escuz par an. Ce que ne luy avons voulu accorder, tant parce que^ ce faisant, il auroit, ce qu'il demande, le payement entier de ceste obligation usuraire, et si auroit la continuation à vie qui seroit de la conséquence que nouz luy avons plusieurs fois remonstrée, et que, en luy accordant ce qu'il demande, nous excéderions nostre povoir qui estoit limité quant à ces deux pointz. La conclusion du propos a esté qu'il parleroit au Roy son maistre, et que, dedans brief temps, il nous feroitresponse, et que, si la paix ne se faisoit, qu'il ne tiendroit pas au Cardinal.

Madame, il vous plaira excuser la prolixité de notre lectre pleine de redictes, que nous ne avons voulu omectre pour vous représenter et donner à entendre tout nostre discours, qui ne se doibt omectre en afïaire de telle importance, où se trouve tant de diversités et changemens que nous ne scavons bonnement à quoy nous prendre. Il vous plaira sur le tout nous faire entièrement et certainement scavoir vostre bon plaisir pour icelluy humblement et soigneusement exécuter et acomplir, Dieu aydant, lequel nous suplions, Madame, qu'il vous doint très bonne vie et longue.

De Londres, le vi^e jour de mars.

Vos très humbles et très obéyssans subjectz et serviteurs.

Brinon, Joan Joachin.

Mars 1525.

Madame à Brinon et à Jean-Joachim.

Âr. Nat. J 965, 4, 14. — Brouillon original de la main de Robertet.

Au dos : Lectres missives de Madame à Messes les Président et des Vaulx, ambassadeurs d'icelle en Angleterre. Sainct Just lez Lyon, mars Vc XXII II.

Mess's les Président et de Vaulx. Par les lectres que m'avez

escriptes du passé, ay entendu en quel estât et termes sont les

affaires que avez à conduire avec Mons"" le cardinal d'Yorck, où vous estes si sagement conduictz et gouvernez pour parvenir à l'intencion de mon Seigneur etfilz et myenne que mieulx n'eussiez sceu faire. Et d'autant que, par les dernières lectres que vous ay escriptes et chiffre que vous ay envoyé, vous ay entièrement satisfait au contenu esdictes lectres et mesmement aux deux poinctz

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