‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 53 sur 225 · PRÉPARATIFS D K G IJ R R R K ( A \- R I L · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS D K G IJ R R R K ( A \- R I L

là pour envoyei' à Charles-Quint une ambassade chargée de lui porter leurs félicitations sur sa victoire et de lui proposer la conquête et le partage de la France; il semble même qu'il fut alors question pour le Cardinal de se rendre de sa personne en Espagne, et que sa santé seule l'empêcha d'entreprendre ce long voyage (1); à son défaut, les personnages désignés pour cette mission le furent parmi ceux du rang le plus élevé : Cuthbert Tunstall, évêque de Londres (2) et sir Richard Wingfield, chancelier du duché de Lancastre (3), s'embarquèrent le 18 avril à Portsmouth et abordèrent le 30 du môme mois à Ribadir, en Galice (4).

Ce ne fut pas tout : le roi d'Angleterre fit en même temps partir pour Malines William Fitzwilliam et Robert Wingfield (5), qui eurent pour instructions de négocier cette invasion avec Madame et le Conseil des Pays-Bas (6).

Tandis qu'on s'efforçait ainsi de s'assurer le secours d'un contingent flamand, on entreprit, en Angleterre, des préparatifs pour la levée d'une armée : le duc de Norfolk (7) fut choisi pour en prendre le commandement, en attendant que le Roi lui-même descendît sur

(1) Henri VIII à Charles V, 26 ou 31 mars, Buewer, iv, 1211 et Gay., m, 64. — Instructions à ïunstall et Wingfield, 26 mars, dans St. Pap., vi, 412-436. — Cf. aussi les huit commissions confiées à ces ambassadeurs, Brknvi:r, IV, 1212 (2 à 9).

(2) Culhbert Tunstall, ambassadeur auprès de Charles V de 1515 à 1520, devint évêque de Loiulres en 1521 et gardien du sceau privé en 1523; envoyé de nouveau à la cour impériale en 1525, il en revint l'année suivante et accompagna Wolsey en France en 1527; il échangea en 15301e siège de Londres contre celui de Durham.

(3) Sir Richard Wingfield avait été ambassadeur aux Pays-Bas de 1512 à 1514 et en France en 1515 et en 1520; il mourut au cours de sa mission en Espagiuî le 20 juillet 1525.

(4) Tunstall et Wingfield ;\ Wolsey, 30 avril, Brewer, iv, 1296.

(5) Sir Robert Wingfield, frère de Richard, avait déjà été ambassadeur aux Pays-Bas, de 1521 à 1523.

(6) Cf. Instructions de Fitzwilliam et Rob. Wingfield, B. M. ms. Cotton. Galba B viii, f» (140) 161, et Brewer, iv, 1301. — Ces deux ambassades étaient déjà décidées au milieu de mars. « Ledict S'' Cardinal nous a dit, comme aussi avoit fait le Roy mesmes auparavant, qu'il est délibéré lui envoyer une bonne ambassade devers l'Empereur, assavoir ledict S'' de Londres et messire Richard Wingfield, et ungaultre par devers vous, qui seront messire Robert Wingfield, capitaine du château de Calais, et raaistre Fitzwillem, capitaine de Guisnes » (Commissaires à Madame, 16 mars, B. M. Add. ms. 28574, f" 173 r°, et Gayangos, III, 43).

(7) Thomas, duc de Norfolk, avait été créé duc le 1" février 1513 à la suite de la victoire qu'il avait remportée sur Jacques IV d'Ecosse à Flodden; il était auparavant comte de Surrey.

lOG PRÉPARATIFS DE GUERRE (aVRIL 1526)

le continent (1) ; quant à l'argent nécessaire, on essaya de se le procurer en demandant aux comtés un subside extraordinaire.

Ainsi, au cours d'avril 1525, tout paraissait annoncer de la part du gouvernement anglais l'intention arrêtée de tenter de nouveau l'invasion e1 la conquête des provinces du Nord de la France. De l'autre côté du détroit, on s'émut : les commandants des places de Picardie euvoj^èrent au Parlement de Paris des rapports alarmants. Un avertissement du comte de Brienne, reçu le 13 avril, annonça que douze mille Anglais commandés par Norfolk passeraient la mer (( d'icy à trois semaines » et qu'ils seraient suivis du cardinal d'York vers la Pentecôte et du roi d'Angleterre « environ la Sainct Jean ». Brienne ajoutait qu'ils avaient construit pour cette campagne un engin semblable à celui que les Turcs avaient employé contre Rhodes (( et à faire ledict engin ont esté soixante hommes besongnant l'espace de demy an » (2). Par une lettre en date du 28 avril, du Biez avisa le Parlement que (( le bruyt continue fort que le roy d'Angleterre doit descendre en personne et ay esté aujourduy adverty pour vérité que ce doit estre dedans la fin de may» (3).

Enfin, un nouvel avertissement du comte de Brienne, reçu le 27 mai, contenait les informations suivantes:. «Le milor Talebot d'Angleterre doit descendre dedans dix ou douze jours à Calaiz avec l'avant-garde de l'armée du roy d'Angleterre, qui sont en nombre treize mille hommes, et le roy d'Angleterre en personne avec le reste de son armée doit descendre au plus tard à la Sainct Jehan, et fait son compte de amener soixante mille hommes en tout, qui sont trente mille hommes au compte de France, et déjcà commencent à descendre à la fille ; et le gouverneur de Guynes, qui estoit allé en Brebant devers Madame Margerite d'Austriche, duchesse douairière de Savoye, tante de l'Empereur, est venu, auquel elle a accordé ce qu'il demandoit, qui est cinq cents hommes de cheval et deux mille chariotz pour conduire les vivres des Angloys, et se amassent lesditz chariotz en Flandres et Arthoys (4). »

Avant la fin du mois de mai, nous nous trouvons en présence de symptômes bien différents; les actes d'Henri et de Wolsey démou-

(1) Wolsey à Tunstall, 7 avril, Rec. Of. Brewer, iv, 1249. — Le même à -Norfolk, 11 avril, B. M. ms. Cotton. Caligula E ni, ^ 4 et Brewkr, iv,1261. — Norfolk à Wolsey, 14 avril, Rec. Of. Brewer, iv, 1265.

(2) .\r. Nat. X^a 1527, f--^ 379 V et .S80 r».

(3) IbicL, 1528, f" 438 v».

(4) IbicL, 1528, f° 495 r et v°.

trent alors un vif désir de se rapprocher de la Régente de France : vers cette époque, en effet, les ambassadeurs français sont rappelés en Angleterre et des instructions expédiées au représentant anglais à Rome lui ordonnant d'agir auprès du Pape afin qu'il consente à s'entendre avec Henri VIII et les potentats italiens dans le but de prévenir l'accord de Charles-Quint et de François le'" sur le terrain de l'abandon de l'Italie par ce dernier.

Cette brusque évolution dans la politique anglaise, peut-on en déterminer les causes, et, en même temps, peut-on savoir quelles furent après Pavie les véritables dispositions du gouvernement anglais vis-à-vis de la France et vis-à-vis de l'Espagne? Où chercher la raison des actes contradictoires que nous venons d'enregistrer, d'une part, les témoignages de satisfaction prodigués aux commissaires flamands et les propositions d'invasion faites aux Impériaux, de l'autre, le retard mis au congé des ambassadeurs français et leur rappel quelques semaines plus tard?

La première explication, nous la trouvons dans les lettres de Praet; elle est en même temps confirmée par ce que nous connaissons de l'opinion publique d'alors (1). C'est que la direction de la politique extérieure du royaume était soumise à deux influences opposées, celle du Roi et celle du Cardinal : Henri VIII tenait pour la guerre contre la France et l'alliance impériale, tandis que Wolsey désirait la paix et un rapprochement avec la France. Il y a plus. D'après le témoignage des contemporains qui croient à cette dualité de vues, c'est à l'insu de son maître que le Cardinal avait entamé des négociations avec la Régente et c'est sans son aveu qu'il avait travaillé à préparer une rupture avec les Impériaux : au temps de la bataille de Pavie, Wolsey se trouvait donc engagé dans une entreprise à laquelle son maître était con-' traire et dont il ne lui avait vraisemblablement pas découvert toute la portée, mais il s'efforçait de l'amener à un point tel, que celui-

(1) Cf. la chronique de Hall, pa.'^sim, celle de Macqueukau, /)rt,s>v'/», et aussi Sharon Turneh, qui a adopté celle explication (pp. 167 et 168, 281, 327, 331 à 333, 340, etc...)-

ci, lorsqu'il viendrait à en être complètement instruit , ne pourrait l'abandonner et se verrait contraint de l'achever, en dépit de ses répugnances (1).

Ainsi présentée, cette solution ne paraît guère soutenable : une telle dissimulation n'aurait pas été possible; on ne saurait admettre que Wolsey ait osé risquer un changement complet de politique avant de s'être assuré de l'approbation de son souverain. Et d'ailleurs, il y a des preuves positives qu'il n'agit point ainsi. Qu'il fût à Londres ou en province, Henri recevait très exactement communication de toutes les nouvelles ; il était en correspondance régulière avec son ministre ; les lettres des représentants anglais à l'étranger lui étaient envoyées à leur réception ; un compte détaillé des négociations suivies en Angleterre par le Cardinal lui était rendu. Il n'y eut pas d'exception à ces règles pour les pourparlers engagés avec Brinon et Jean Joachim. Sans parler de plusieurs lettres dans lesquelles il en est question (2), on se rappelle qu'au cours de ses conférences avec les Français, le Cardinal se retrancha plusieurs fois derrière la volonté de son maître ; la manière dont il parlait des intentions de ce dernier et des concessions auxquelles il l'avait pu décider, ne permet pas de douter qu'il no le tînt au courant de toute l'affaire. De plus, il est acquis que les ambassadeurs devaient avoir le 9 mars une audience royale : voilà un fait ({ui coupe court à toute controverse sur les sentiments d'Henri VIII à l'égard de l'alliance française. Enfin, il n'est pas vraisemblable que ces mêmes ambassadeurs aient pu rester ostensiblement jusqu'au 21 mars à Londres sans qu'Henri VIII ait eu connaissance de ce fait et qu'il y ait donné son aveu.

Mais, s'il est inadmissible que Wolsey ait suivi en secret une politique diamétralement opposée à celle qu'approuvait son souverain, ne semble-t-il pas au moins qu'il représentait au Conseil d'Angleterre le parti de la paix, tandis que le Roi lui-même et les grands seigneurs, tels que les ducs de Norfollc et de Sufïolk, y représentaient celui de la guerre ? C'est là l'opinion de M. Brewer dans son Introduction au quatrième volume des Lettres et Papier.^

(1) C'est l'opioion que Praet exprime clans presque toutes ses lettres, notamment dans celle du 25 février, Gavangos, m, 20.

(2) Cf. Thomas Moore à Wolsey, 29 novembre, State Papcrs, i, 151, et Wolsey à Thomas Moore, sans date, B. M. ms. Cotton. Calig. E n, f° (153) 165 et Brewer, iv, 1018. — De plus, nous lisons dans la lettre du 13 février 1525. qu'Henri VIII avait constamment tenu le nonce du Pape au courant des négociations de son gouvernement avec Jean Joachim. Cf. State Papers- VI, 398.

d'État. « La guerre contre la France », écrit cet historien, « ne faisait pas jDartie du programme politique de Wolsey. Mais il y avait contre lui au Conseil un parti de la guerre puissant, dont Norfolk et Sufïolk étaient les chefs, et, lorsque l'inclination du Roi le portait de ce côté, toute opposition ouverte devenait impossible. Or, il n'est pas douteux que la guerre fût un des projets favoris du Roi. Lorsqu'il fut informé de la prise de François P% sa figure s'illumina (1) )). M. Busch est du même avis. Après avoir exposé les conséquences de la bataille de Pavie eu Angleterre, il écrit : « Là, nous voyons l'inspiration de Wolsey succomber complètement. )) Et il ajoute : (( Mais cependant Wolsey n'était pas dans la nécessité de donner son jeu comme perdu ; quelles que fussent les déterminations prises, leur exécution et le tout du gouvernement restaient après comme avant dans sa main (2). »

Ce système ne laisse pas que d'être assez plausible. Toutefois, il convient d'y faire quelques réserves et de déterminer dans quelle mesure il mérite d'être accepté.

Nous n'y contredisons point. Wolsey, que son âge plus mûr et sa connaissance plus approfondie des ressources de la coalition et de celles de la France, rendaient moins facile à aveugler, perdit probablement plus vite que le Roi et les Ducs les illusions qu'avaient fait naître à Londres la conclusion de l'alliance impériale et l'espoir d'un succès prompt et aisé. Qu'il en soit résulté chez lui le désir de mettre fin à la guerre par un traité séparé avec la France et que ce désir, stimulé peut-être par des mobiles moins avouables que l'intérêt de l'Angleterre (3), ait été assez puissant pour lui faire commettre, à l'insu de son maître et dans le dessein de forcer son inclination, des actes tels que la saisie des lettres de Praet, cela nous semble aussi assez soutenable. Les vues du ministre n'étaient donc pas en complète conformité avec celles du souverain. Mais il ne faudrait pas exagérer l'importance de ce désaccord. Surtout, il importe de ne pas se méprendre sur le caractère des préférences fort réelles, mais toutes platoniques, d'Henri VIII pour l'alliance de Charles- Quint : sans doute, ce prince désirait le succès des Impériaux, mais à la condition qu'il ne lui en coûtât rien, et le point où étaient, au 9 mars, les négociations anglo-françaises, nous montre assez qu'il

(1) Int.. pp. Lxix et Lxx.

(3) Il est fort possible, en effet, que Madame ait fait offrir, dès la première mission de J. Joachiiu. de l'argent au Cardinal pour prix de ses bous ofiices. Voy. plus loin, au cbap. vi.

savait, dès qu'il le jugeait nécessaire, imposer silence à ses antipathies gallophobes.

Il n'en fut pas autrement après la bataille de Pavie. La nouvelle de cette victoire ne suffit pas à détourner le roi d'Angleterre de la paix : avant de renvoyer les ambassadeurs français, il attendit une lettre de la Régente ; en dépit de ses tendances antifrançaises, sa première intention fut d'en profiter, non pas pour pousser la. guerre avec plus de vigueur, mais bien pour faire acheter sa neutralité à plus haut prix. Quant aux avances faites ensuite aux Impériaux, à la nomination de Norfolk comme général, à la levée du subside, ce sont évidemment là des actes qui marquent un changement de politique et un retour à des desseins belliqueux, mais il ne faut pas aller plus loin : nous n')'^ voyons rien qui permette de conclure avec M. Brewer (1) que Wolsey, toujours favorable à l'alliance française, n'y prit part qu'à contre-cœur et dans l'intention secrète de provoquer une rupture avec l'Empereur dès qu'il serait parvenu à y décider de nouveau son maître. Aucun indice n'autorise à affirmer que ce ministre, au rebours de Henri, ne vit pas ses sentiments modifiés et que les divers événements qui survinrent à cette époque n'eurent pas pour efïet de lui donner, ainsi qu'à son maître, des opinions successives. En conséquence, estimant plus prudent de ne pas dépasser les données que nous fournissent les documents à notre disposition, nous nous bornerons à noter les changements de la politique anglaise, sans entreprendre de déterminer la part qu'il y faut faire aux préférences de Wolsey et de deviner les desseins occultes qu'il garda peut-être au fond de son âme, tandis qu'il s'employait ouvertement à en faire réussir de tout opposés.

Nous ne voulons point achever cet examen sans rechercher comment les contemporains ont été amenés à s'imaginer entre Henri VIII et Wolsey une opposition de vues aussi accusée que celle dont on trouve la trace dans les lettres de Praet et dans la Chronique de Hall.

Cette méprise s'explique lorsqu'on examine la nature des rapports qui existaient entre le Roi et le ministre. A en croire Cavendish, qui, en l'espèce, est très digne de foi, voici de quelle manière Wolsey,

(1) Après avoir raconté l'aHaire du subside, cet auteur ajoute en effet : « The Cardinal was now atliberty to pursue his own policy without interruption. Probably he regarded the ill-success of the amicable grant rather as au advantage than otherwise; for il stopped the mouths of those members of the Council who were anxious for war and it crushed ail their hopes of annexing France. » Ut sup., pp. lxxxv etLXXxvi.

HENRI VllI ET WOLSEY 105

alors simple aumônier, conquit la faveur de son maître. « Le Roi », dit ce serviteur familier du Cardinal, (( était jeune et amoureux, tout disposé à s'adonner aux plaisirs et à obéir à ses appétits, peu soucieux de s'occuper de l'absorbante besogne du gouvernement. L'aumônier, qui le savait bien, prit sur lui de le débarrasser de cette lourde charge et de cet ennuyeux travail. Il l'assura qu'il n'aurait pas besoin de dérober un seul instant à ses amusements, quelle que fût l'affaire qui viendrait au Conseil, pourvu que luimême y étant et y disposant de son autorité et de ses pouvoirs, fût en état de pourvoir à toutes choses ; d'ailleurs, ajouta-t-il,il le tiendrait au courant de toutes les affaires qui leur passeraient par les mains au Conseil avant qu'on eût achevé de les expédier, et il y ferait scrupuleusement respecter ses intentions et ses volontés. Le Roi goûta beaucoup ces idées ; et, lorsque d'autres conseillers plus anciens voulaient, ainsi que c'est le devoir de tout bon conseiller, lui persuader d'assister parfois au Conseil pour y prendre connaissance de ce qu'on y faisait quand il s'agissait de matières importantes, il en ressentait le plus vif déplaisir, car il n'aimait rien moins que d'être contraint à faire ce qui était opposé à ses volontés et à son bon plaisir de Roi. L'aumônier, ayant une secrète intelligence de ces sentiments, ne l'ignorait pas : autant les autres conseillers priaient le Roi de s'arracher à ses plaisirs et de mettre la main aux affaires du royaume, autant l'aumônier lui conseillait de n'en rien faire, ce qui lui plaisait fort et le portait à avoir pour celui-ci de plus en plus d'affection et d'amour. Ainsi, l'aumônier conuiianda à tous ceux qui lui commandaient auparavant, grâce à son habileté et à son esprit. Qui fut désormais en grande faveur, sinon monsieur l'aumônier ? Qui eut tout le pouvoir, sinon monsieur l'aumônier? Qui conduisit tout sous le Roi, sinon monsieur l'aumônier? (1) ))

Il résultait de cet arrangement que Wolsey semblait tout conduire; il épargnait à son maître toute la peine de la discussion au Conseil Privé en même temps que tous les soucis de l'exécution des actes gouvernementaux. Les intentions du Roi n'étaient connues que par son intermédiaire. C'était lui qui présidait le Conseil, lui qui écrivait aux représentants anglais auprès des cours européennes, lui enfin qui recevait les ambassadeurs étrangers et négociait avec eux. Henri n'apparaissait à ces derniers que dans les circonstances solennelles et dans les audiences d'apparat, alors que tout s(^ treuil) Cavendisii, Life of Wolsey, i, 18 à 20.

lOft HENRI VI II ET WOLSEY

vait déjà convenu et que les réponses qu'il leur faisait n'étaient plus que de pures formalités. Cette manière de procéder offrait d'ailleurs un grand avantage, celui de permettre au Roi, et partant au gouvernement anglais, de garder jusqu'au dernier moment sa liberté d'action : en désavouant son ministre et en lui laissant la responsabilité d'actes qu'il n'avait pas encore officiellement approuvés et auxquels il n'avait pas pris une part ostensible, Henri VIII pouvait toujours se dégager sans péril.

Ajoutons que, pour le cas dont nous nous occupons ici, nous y voyons un autre avantage. En lisant Hall, en effet, il est facile de s'apercevoir ((ue la paix avec la France était loin d'être goûtée par les sujets d'Henri VIII, aux cœurs desquels les longues guerres ((ui avaient rempli les derniers siècles avaient fait naître une haine invétérée des Français. L'effacement du Roi et l'abandon à Wolsey de toute la conduite des négociations avaient donc pour résultat de ménager plus longtemps la popularité du souverain: de cette manière, il ne risquait pas d'encourir sans profit la défaveur populaire en poursuivant la conclusion aléatoire d'un traité avantageux ; c'était seulement lorsque cette conclusion était devenue assurée et lorsqu'il était certain de ne point perdre le prix de son sacrifice qu'il était obligé de découvrir ses véritables sentiments et de s'exposer à perdre sa popularité. Dans une autre circonstance, M. BREWERa fait une remarque analogue. Parlant de la séance du Conseil Privé où Henri VIII prit le parti de décharger ses sujets de r (( Emprunt Amical », il cite Hall, qui attribue à Wolsey les paroles suivantes : (( Puisque tout le monde entend écarter de soi la responsabilité, j'accepte de la garder sur moi et de supporter le mécontentement du peuple ; mais le Dieu Éternel sait tout. » Puis, il ajoute : « Ces mots découvrent un trait important du caractère de Wolsey ; en cette occasion comme en d'autres, il acceptait la responsabilité de mesures proposées soit par le Roi lui-même, soit par le Conseil, sans se soucier de la haine populaire qu'ils "avaient si grand peur d'encourir (1). » Le procédé était si commode que la disparition de Wolsey n'y changea rien. Henri VIII continua de s'abriter derrière ses ministres, quitte à les sacrifier s'il y voyait son avantage. Sa fille Elisabeth fit de même et s'en trouva bien. A ce prix, ({ui ne leur coûtait guère, l'un et l'autre surent conserver, plus longtemps qu'aucun autre souverain anglais peut-être, la fav(Hir de leurs sujets.

(Il BlîEWEK. IV, ut ."U/l., pp. LXXXIV-LXXW ct Hall, p. 7UU.

FROIDEUR DES IMPERIAUX UlT

Voilà donc quelle était le plus souvent la cause réelle des différences apparentes qu'on pouvait saisir entre la politique du Roi et celle de son ministre : tous doux poursuivaient des desseins identiques, mais Wolsey se trouvait en avance sur son maître, car celui-ci mettait toujours un retard calculé à avouer les nouveaux plans diplomatiques dont il l'autorisait à poursuivre la réalisation. Le souverain continuait de se montrer favorable aux anciennes alliances, tandis que le ministre s'employait à en nouer de nouvelles; l'on voyait encore l'ambassadeur impérial bien accueilli à la cour que déjà des envoyés français cachés à Blackfriars, et en rapport avec le seul Wolsey, avaient presque détaché l'Angleterre de la coalition et conclu un accord franco-anglais.

En résumé, il nous faut renoncer à expliquer les variations de la politique anglaise après Pavie par l'opposition des opinions d'Henri VI II et de Wolsey, car il nous est impossible d'en trouver la preuve dans les documents que nous possédons. Au lieu de recourir à des hypothèses sans fondement et de prêter au Cardinal des intentions qu'il n'a point manifestées, nous croyons préférable d'admettre ces changements de politique comme l'œuvre commune du souverain aussi bien que du ministre, et d'en chercher l'explication dans l'étude des événements dont l'Europe fut alors le tliéâtre.

Nous avons déjà vu le peu de succès dos instances de Wolse}auprès des commissaires flamands. Leurs refus, qui persistèrent même après qu'ils eurent connu les intentions de Madame, et par elle celles de l'Empereur, durent donner à réfléchir au roi d'Angleterre et à son ministre. Maintenant que Charles-Quint tenait entre ses mains un gage suffisant pour lui assurer d'importantes concessions, il ne se souciait point de pousser plus loin des succès incertains et de remettre au hasard d'une nouvelle guerre l'Italie qu'il pouvait conserver sans combat; ayant François 1er en son pouvoir, il était maître de traiter avec la France au moment où il lui plairait, avec ou sans l'Angleterre à sa volonté : c'était de lui seul qu'il dépendait de consentir à garder l'Angleterre dans son alliance ou bien de s'accorder à part avec son rival captif et de laisser Henri VIII isolé en face de la France, tandis (jue lui-même deviendrait le dominateur incontesté de la péninsule italienne. Les périls de cette situation ne purent échapper au gou-

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