XII BIBLIOGRAPHIE
pour source unique celles de Stow ; les additions que fait Godwin au texte de sou inspirateur ne méritent pas qu'on les prenne au sérieux.
§ 2. France. — he Journal d'un Bourgeois de Paris ne vaut pas la Chronique de Hall, à laquelle il correspond du côté français. Toutefois, le Bourgeois est en général bien informé : les proclamations des traités à Paris, les passages d'ambassadeurs dans cette ville sont notés par lui avec soin et précision ; en outre, il donne sur les assemblées de l'Hôtel de Ville en octobre- novembre 1525 des renseignements bons à recueillir.
Le Livre de Raison de Nicolas Versoris, avocat au Parlement de Paris, est trop peu explicite sur cette dernière affaire, que son auteur devait cependant connaître fort bien. Pour démêler les sentiments du prudent avocat et ceux de ses confrères du barreau, il faut faire effort. Son journal est pourtant utile : sous les réticences, on voit transparaître l'opinion publique d'alors ; quelques phrases embarrassées, d'autant plus significatives à cause de.la circonspection de l'écrivain, jettent sur cet incident un jour singulier.
La Croniqite du Roy FraïK^ojjs premier ne peut être comparée aux mémoires précédents ; rédigée par un provincial, sans doute par un habitant de Sens, elle est muette sur les affaires parisiennes ; nous n'y avons rien trouvé à prendre.
Le Journal de Louise de Savoie, malheureusement trop bref et brusquement interrompu en 1523, est précieux pour pénétrer le caractère de cette princesse.
\^e Journal de J.Barrillon, secrétaire de Duprat,est encore inédit (1). Il ne va pas non plus jusqu'en 1525 ; dans les années qu'il embrasse, de 1515 à 1521, on peut relever quelques indications utiles.
La relation de la Prinse et Délivrance du Roij, due à Sébastien Moreau, intéressante pour la captivité du Roi, ne fournit pas d'éclaircissements sur les négociations d'Angleterre et d'Italie.
Les Mémoires de Martin Dubellay ont à cette date une valeur presque exclusivement militaire. En soldat qu'il était, M. Dubellay ne s'est pas préoccupé de donner un exposé détaillé des négociations ; son récit, bien que généralement exact, n'est pas assez développé pour qu'on en tire un grand profit.
L'Histoire de mon temps de G. Paradin est assez complète sur les affaires d'Italie, mais reste muette sur celles d'Angleterre.
(1) Les mss. de cet ouvrage sont nombreux à la Bibliothèque Nationale ; nous nous sommes servi du ms. fr. 17444.
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La continualion de VHifitoife de Paid-EiaiLe, duc à Anioul Le Ferron, est d'un écrivain judicieux et qui paraît avoir eu connaissance d'un certain nombre de pièces d'archives, telles que les traités de Moore et de Cognac.
Les Commentaires de Beancaire sont sans intérêt.
§ 3. Italie. — U Histoire d''Italie de François Guichardin mérite une place à part. La haute situation occupée par Guichardin auprès de Clément VII à l'époque même que nous avons étudiée (1) donne à ses affirmations un grand poids ; en même temps, le récit qu'il fait des négociations d'Italie est assez détaillé pour combler les lacunes que présentent parfois les correspondances diplomatiques à notre disposition.
On ne saurait en dire autant de Paul Jove; nous n'aurons pas souvent à citer ses Histoires ni même sa V/> du Marquis de Pescaire.
§ 4. Espagne. — Un certain Robert Macquereau, de Valenciennes, a composé un Traicié et Recueil de In maison de Bour(jo(jne, fort étendu, dont quelques récits sont plus qu'invraisemblables, mais où il est parfois donné de trouver son bien. Les rapports entre les Pays-Bas et l'Angleterre étaient, on le sait, fréquents ; de plus, Macquereau a peut-être connu quelqu'un des Commissaires envoyés à Londres par Madame Marguerite.
De VHistoire de f Estât de la Religion de Sleidan il n'y a rien à dire ; l'auteur ne s'est préoccupé que de l'histoire de la Réforme en Allemagne.
L'évêque de Pampelune, Prudence de Sandoval, n'est pas tout à fait un contemporain des événements de 1525, mais son Histoire de Cdiarles V et sa Captivité de François P'^' ont été écrites à l'aide des sources les plus sûres ; il a eu recours en efïet aux archives de la Couronne d'Espagne et il n'est pas r£ire de rencontrer chez lui des analyses, sinon des traductions à peu près littérales, des actes diplomatiques dont il parle.
Nous ne nous attarderons pas à passer en revue les histoires de France et d'Angleterre ; quelques lignes à peine, où la critique ne saurait se prendre, y sont consacrées aux négociations de 1525. Toutefois,parmi les histoires d'Angleterre, celle de Rapin de Thoyras
(1) V. ci-dessous, aux ohap. vu et ix.
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doit faire Tobjel d'uiie inenlioii spéciale : on y trouve une analyse fidèle des cinq traités de Moore et le caractère de la gratification de 100.000 écus allouée à Wolsey y est démêlé avec justesse. En France, c'est dans Sismondi, toujours si bien renseigné sur la politique extérieure, qu'il faut chercher le récit le meilleur et le plus circonstancié des manœuvres de Louise de Savoie.
La première en date des histoires d'Henri VIII est celle qu'Edouard lord Herbert de Cherbury écrivit moins d'un siècle après la mort de ce prince et c'est peut-être la meilleure. YJ Histoire d'Henri V/7/est une œuvre consciencieuse et composée d'après les chroniques du temps et les documents originaux des Archives d'Angleterre ; les traités auxquels Herbert se réfère sont presque toujours analysés article par article : ainsi, le traité de Bruges du 24 novembre 1521, qui n'a pas encore été imprimé, est résumé très longuement, ainsi que les traités de Moore et celui de la ligue italienne. Enfin, le but constant de la politique anglaise pendant la rivalité de François l^'- et de Charles V est très bien déterminé : (( Les propositions que le roi d'Angleterre fit à la suite de la bataille de Pavie », écrit Herbert, a ne rencontrant auprès de l'Empereur qu'un accueil assez froid, Henri revint à la bonne et sage résolution, à laquelle il s'était déjà 'arrêté, celle de se faire l'arbitre de la Chrétienté et de combattre le prince qui entreprendrait de rompre la paix publique.» (P. 158.) Et, plus loin, à propos de la Sainte Ligue, il ajoute : (( Notre Roi se voyant ainsi choisi comme protecteur de la Confédération se demanda quelle devai"t être sa conduite et, après en avoir délibéré en conseil, il résolut très prudemment qu'il ne deviendrait pas partie là où il pouvait rester juge. » (P. 189.)
Varillas n'a pas une bonne réputation et son Histoire de François /er est depuis longtemps considérée comme une œuvre où l'imagination de l'écrivain joue un plus grand rôle que le souci de la vérité historique. La faute en est aux critiques de Gaillard : ce dernier, qui avait tout intérêt à supprimer la concurrence de Varillas, ayant découvert ou cru découvrir chez cet auteur des références menteuses, s'empressa de le condamner sans appel et de le déclarer indigne de toute créance. La vérité est que l'histoire de François I^r, pour n'êtrepas siins défauts, ne mérite pas un tel discrédit. Les affaires d'Angleterre y .sont en vérité laissées dans l'ombre et Varillas ne semble pas se douter de l'influence qu'exerça la diplomatie anglaise auprès de Madame pendant la captivité du Roi: mais les menées des Italiens après la bataille de Pavie et leurs négociations avec le gouvernement français y sont assez exactement et longuement racontées.
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Au point, de vue qui nous occupe, VHistoi/-i- Poiitiijiu- de François /^ï" par Gaillard est un ouvrage assez médiocre et inférieur de tous points à celui de Varillas : les relations de la France et de l'Angleterre y sont aussi négligées que chez celui-ci et le récit des pourparlers relatifs à la ligue italienne y est beaucoup moins
complet.
Dans son Histoire d'Henri VIII, Sharon Turner n'a employé que des documents de première main, dont la plupart étaient inédits à l'époque où il écrivait et dont beaucoup le sont encore aujourd'hui : en particulier, il a dépouillé les correspondances politiques de la Bibliothèque Cottonienne et il en a cité dans ses notes des passages étendus.— Malheureusement, l'Histoire d'Henri VIII présente un défaut capital ; il s'agit de la passion, nous allions dire du fanatisme que Sharon Turner a porté dans ses jugements sur les intentions et les actes des hommes de ce temps. Dans la partie qui nous intéresse, son livre n'est qu'un plaidoyer en faveur d'Henri VIII et un réquisitoire contre le Cardinal Wolsey et le Pape Clément VI I ( 1 ). Aussi bien, il n'est pas nécessaire d'en faire la critique par le détail: c'est surtout une œuvre de polémique religieuse et politique que Sharon Turner a entendu écrire et il serait trop long de relever toutes les erreurs d'appréciation et même de fait auxquelles cette préoccupation l'a entraîné. L'Histoire d'Henri VIII n'en conserve pas moins une haute valeur à cause des nombreux fragments de dépêches originales qui en remplissent les notes, mais il convient de ne se fier à son texte que sous bénéfice de vérification (2).
V Introduction que M. Brewer a placée en tête du quatrième volume des Lettres et Papiers d'État et qui a été rééditée par M. Gairdner, constitue une véritable histoire diplomatique de l'Angleterre pendant les années 1524-1529. Pour la période à laquelle nous nous sommes attaché et qui en occupe les 125 premières pages, elle contient un exposé très détaillé et le plus souvent très exact de toutes les négociations poursuivies par le gouvernement anglais et aussi de celles des affaires intérieures du royaume qui ont eu quelque influence sur sa politique extérieure, telle que celle
(1) Sharon Turner consacre deux chapitres de son ouvrage, le vir et le viir, à étudier le caractère et la politiciue de Wolsey ; hi page 164 en particulier est caractéristique et permet d'apprécier la violence de cet auteur : sur Henri VIII et, Clément VU, on peut consuUer les pp. 2S1. ;Ui-3I5, 3iy. 321-325, 327, 331-333, 34U, 351-352.
(2) M. AUDIN a composé une Histoire d'Henri Mil, ([ui fait la contrepartie de ci'llc de Sharon TuiîNEit elcpii ne vaut pas mieux.
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(lu subside demandé aux Anglais on aviil-niai 1525, — Il est à regretter que M. Brewer ne se soit pas borné au récit des événements: comme Sharon Turner, bien qu'avec moins de passion, il y a joint ses appréciations sur la valeur morale ei politique des hommes qui y ont été mêlés ; partisan aussi convaincu de Wolsey que Sharon Turner l'est d'Henri VIII, M. Brewer défend ce ministre en toutes circonstances et s'attache à démoiurer la supériorité de sa politique pacifique sur la politique belliqueuse préconisée par ses rivaux auprès de son souverain ; cette préoccupation apologétique s'accuse à toutes les pages de son œuvre (1), au grand détriment de la pure vérité historique.
Il n'y a pas lieu d'adresser le même reproche à M. Mignet pour son Histoire de la Rioalité de François I^^' et de Charles-Quint. A une érudition presque aussi étendue que celle de M. Brewer (2), M. Mignetjoint une impartialité plus haute et un sens critique plus exercé;- de plus, au service de ces qualités éminentes, il met une science d'exposition et une précision de style qui n'appartiennent qu'à lui; aussi son ouvrage est-il un modèle achevé, infiniment supérieur à tous ceux dont nous avons parlé jusqu'ici; en le suivant ligne à ligne, nous avons eu bien du mal à y découvrir quelques rares inexactitudes, toutes légères et n'affectant que des points de détails.
Dans ces dernières années, un jeune savant allemand, M. ^^^ BuscH a consacré deux fascicules à l'étude de la politique anglaise de 1518 à 1525. Le premier, Trois ans de médiation anglaise, ne se rapporte qu'aux préliminaires de notre sujet, mais le second, le Cardinal Wolseij et l'alliance anglo-impériale, a un cadre assez semblable à celui du présent mémoire. M. Busch est un travailleur consciencieux ; il connaît à fond les grandes publications anglaises et n'y laisse rien passer. Ajoutons d'ailleurs qu'il s'est borné à explorer les textes imprimés et qu'il n'apas poussé sa pointe jusque dans le domaine de l'inédit. De plus, en ce qui regarde Wolsey, qui est, ainsi que l'indique le titre, le centre de son livre, il suit peut-être trop servilement les pas de Brewer. Aussi, bien qu'il soit loin d'être sans mérite, l'ouvrage de M. Busch manque un peu
(1) Cf. spécialement les pp. \ni à xix et i.vii à i.xx.w de rialrocUielion. M. Creighton, dans sa véccnic Histoire de Wolseï/, s'est inspiré à peu pi'ès exclusivement de M. Biiewei:, ei a reproduit son panégyrique de Wolsey.
(2) M. MuiXKT a connu la plupart des documents inédits des dépôts de Paris, ainsi que les dépêches des agents impériaux conservées aux Archives de Vienne ; des lettres anglaises, en revanche, il n'fi utilisé que celles qui étaient imprimées ou qui se trouvaient en copie dans les mss.de Bréquigny.