‹ La politique extérieure de Louise de SavoieChapitre 63 sur 225 · CONFÉRENCE DE RICHMOND · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE DE RICHMOND

de robe longue ; elle ne dura pas moins de cinq heures et on y arrêta la rédaction des traités (1). A propos de l'obligation, Wolsey revint sur ce qui avait été convenu le 28 : il tenta d'obtenir que les deux millions d'écus à la couronne fussent convertis en un nombre égal d'écus au soleil, ce qui aurait entraîné pour le trésor français une perte de trois sous par écu, c'est-à-dire de 300.000 livres au total. Le président de Rouen ne put que refuser de consentir à une modification aussi onéreuse ; en fin de compte, après qu'on en eut longuement disputé, ce fut lui qui eut gain de cause ; les écus à la couronne furent maintenus.

L'article relatif à la continuation de l'annuité durant la vie du roi d'Angleterre n'alla pas non plus sans discussion. Les Français demandèrent qu'on y insérât la clause expresse que cette annuité s'éteindrait par la mort du roi ; mais les Anglais ne voulurent pas entendre parler d'une rédaction ainsi conçue ; « après ung milier d'ouvertures » , ils parvinrent à faire décider qu'on mettrait simplement au traité que leur maître recevrait les 100.000 écus (( aussi longtemps qu'il vivrait, et sa vie durant, et non autrement (2) ».

Wolsey demandait encore à voir avant de traiter les pouvoirs de régence conférés à Madame. Brinon et J. Joachim furent obligés de céder sur ce chapitre ; ils promirent de lui communiquer cette pièce accompagnée d'un extrait de sa publication et vérification au Parlement de Paris.

Quant aux garanties exigées des Seigneurs et des Villes, on convint que chacun d'eux s'engagerait (( par obligation à part à faire accepter au Roy le contenu es traictés et obligations qui en dépendent » ; en outre, aux Seigneurs et aux Villes nommés plus haut, on joignit le comte de Brienne, le seigneur de Montmorency, le grand sénéchal de Normandie et les villes de Tours, Angers (3) et Toulouse. Faisons aussi remarquer que les Anglais cessèrent d'insister sur les otages et qu'ils se contentèrent en fait d'États de ceux de Normandie et de Languedoc. Sur un autre point, en revanche, ils se montrèrent moins accommodants : ce fut lorsque le président de Rouen leur demanda que l'obligation souscrite par Madame n'eût de force que jusqu'à la délivrance du Roi et que cette princesse fiit déliée de ses engagements par le fait même de la ratification du

(1) Lettre du 31 juillet, P. J., xiii.

{2)Quam.dLU citam aget in humanis, et ejus tita durante, et non aliter. (3) Angers ne fut pas conserve, tandis que Bordeaux y fut joint plus tard. Voy. ci-dessous, au chap. vi.

CONFÉRENCES DE MOORE l7-ll AOUTI 125

traité par son fils ; là dessus, toutes les instances de l'ambassadeur demeurèrent inutiles (1).

Nous voici maintenant en présence d'une lacune dans la correspondance des ambassadeurs français; nous ne possédons aucune lettre du 31 juillet au 18 août, et la première mention que nous rencontrons dans la lettre du 18 se rapporte au 11. Il ne nous est donc pas possible de connaître quel fut le progrès des négociations pendant les dix premiers jours d'août. Tous nos renseignements se réduisent à quelques lignes d'une lettre de Jonglet et le Sauch : elles nous apprennent que le 7, les Français et, avec eux, le Cardinal, le duc de Norfolk, l'archevêque de Cantorbéry et les autres membres du Conseil d'Angleterre se trouvaient auprès du Roi dans le château de Moore, qui appartenait à Wolsey (2).

Peut-être serait-il possible de remédier à cette pénurie de documents à l'aide des lettres de Madame et de Robertet en date des 28 et 29 août : il y est dit qu'on avait déjà envoyé par le neveu de J. Joachim (( le pouvoir refïormé avecques le dupplicata de la Régence de Madame expédié parla Court » et que, par le présent porteur, « suyvant le contenu » aux lettres des ambassadeurs, on leur expédiait (( le povoir pour traicter avec la royne Marie et duc de Suffolc pour le fait du douaire de ladite royne » (3). Les dépèches confiées au neveu de J. Joachim sont en conformité rigoureuse avec la lettre du 31 juillet; elles eu étaient donc la réponse; mais l'envoi du pouvoir pour traiter du douaire, dont il n'est pas parlé dans la lettre du 31 juillet, devait avoir pour cause une lettre

(1) A ne considérer que la lettre du 31 juillet, il semblerait que Brinon demanda que la ratification du Roi eût pour etïet de décharger non seulement Madame, mais encore les Seigneurs et les Villes signataires des obligations ; toutefois, lorsqu'on rapproche le texte de cette lettre de celui de la lettre du 18 août (P. J., xv), on reconnaît qu'il no s'agissait sans doute là que de l'obligation souscrite par la Régente.

(2) « Le président de Rouen et J. Joakiu ont esté par aulcuns jours i\ Richemont devers mondit S'' le Légat où s'est tenu ung conseil auquel se sont trouvez le duc de Norfort.archevesquede Cantorbéry et aultres etaujourdhuy tous vers le Roy à More, qui est une maison qu'est à mondit S' le Légat, mais nous n'avons encores rien sceu entendre. » Jonglet et le Sauch à Charles V, p. .s. du 7 août, B. M. Add. mss. 28574, f" 316, 28173, f» 213. et Gay., III, 160.

(3) P. J., xviii et XX.

postérieure, aujourd'hui perdue; par conséquent, durant le temps pour lequel manquent les dépêches des ambassadeurs, il avait été question du douaire. 11 n'est guère à croire qu'on se soit occupé d'autre chose : apparemment, personne ne se souciait de s'engager davantage avant de savoir si la Régente approuverait ses mandataires. Notons toutefois que, dans sa lettre du 16 aoîit. Madame fait allusion à une conférence de ses ambassadeurs avec le roi d'Angleterre (1) ; mais il est probable qu'à cette entrevue, ceux-ci se bornèrent à lui communiquer les résolutions arrêtées d'accord avec le Cardinal sans entrer dans de nouvelles discussions.

Ce fut le 11 août à Moore que les traités furent définitivement mis en forme. Le président de Rouen obtint ce jour-là un avantage qu'il n'avait pu emporter le 29 juillet; il fut assez heureux, en effet, lorsqu'on dressal'instrument de l'obligation de Madame, pour arracher au Cardinal la concession que l'engagement souscrit par cette princesse se trouverait annulé (( en fournissant la ratification du Roy après sa délivrance )),

Quant aux autres conventions, elles furent peu modifiées. C'est ainsi qu'outre la délivrance des otages, Brinon obtint celle des prisonniers de guerre des deux nations, sous la réserve toutefois que le prince d'Orange et les autres personnages de semblable qualité n'y seraient pas compris. Il réussit encore à empêcher les Anglais d'aggraver la convention relative au duc d'Albany en y joignant une clause dont il n'avait pas été parlé dans le premier projet, mais dont on pouvait justifier l'insertion par sa présence dans le traité de 1518. En revanche, il ne fit point difficulté d'ajouter aux obligations des Seigneurs et des Villes un article portant que « chacun d'eux procurera que le Roi parvenu à la la liberté baillera deux mois après nouvelles lettres obligatoires au Roy d'Angleterre ou à ses hoirs » (2).

La revision des traités une fois achevée, le Cardinal dit aux Français que leur pouvoir principal était insuffisant : ceux-ci en tombèrent d'accord et promirent d'en demander un autre de même date , rigoureusement semblable à la commission qu'avaient reçue les négociateurs de 1518, Bonnivet, l'évêque de Paris et Villeroy (3).

Ils furent moins conciliants à propos d'une autre exigence du

(1) Cabinet historique, II, 144.

(2) Brinon et J. Joachim à Madame, 18 août, P. J., xvi.

(3) Ici., ibid. — Cf. Rymer, xiii, 629 pour le pouvoir de 1518 et xiv, 55 pour celui de 1525.

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