NEGOCIATIONS ANGLO-FKANCAISES EN ITALIE
On se rappjilc quelle avait été l'attitude d'Henri VIII et du cardinal Wolsey lorsque le Pape s'était ouvert à eux du projet de confédération formé en Italie à la suite de la défaite du roi de France; ils avaient répondu à ces avances par une trahison. Tout changea lorsque le roi d'Angleterre prit le parti de se rapprocher delà France; au rappel de Jean Joachim correspondit l'envoi d'un agent anglais à Milan et à Rome.
Comme le serviteur de Bonvisi,qui fit connaître à la Régente les intentions pacifiques du gouvernement anglais, cet agent, qui était le cavalier Grégoire Casai, quitta Londres à la fin de mai. Dans les premiers jours de juin, il vitàMilan leduc François Sforce(l) ; sans avouer qu'il fût chargé d'aucune mission officielle, il lui dit qu'il trouvait fort blâmables les agissements des Impériaux en Italie et qu'il prendrait soin d'en instruire son maître qui les ignorait et qui ne saurait manquer, assura-t-il, d'en être fort mécontent. Sforce, dont les troupes impériales ruinaient les États et qui désespérait d'obtenir de Charles-Quint l'investiture de son duché, n'eut garde de
(1) G. Casai arriva u Milan le 3 juin (cf. Russel à. Wolsey, 11 juin, H. M. ms. Coft. Vit. B VI, i» (149) 144 et Brewer, iv, 1410); mais il dut no voir Sforce que plusieurs jours après sou arrivée et il ne partit sans cloute pour Rome que vers le 10 juin : eu efîet, les lettres de Sforce il Henri VTII et à Wolsey relatives à cette entrevue sont datées du 10 juin et il est à croire qu'elles furent écrites aussitôt après; de plus, Clcrk, annonçant qull a reçu de Milan une lettre de Casai, ajoute : « [The] sayd niaster Gregorye semythe to tarye ther a[bout a]nother conunission frome Your Grâce. « Clerk à Wolsey. 20 juin. B. M. ms. Cotton. Vitel. H vu, f (163) 158 et BniiWKi!, iv. UIO.
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rester sourd à ces insinuations; il approuva fort l'agent anglais et jura qu'il mettrait au hasard sa vie et ses domaines plutôt que de permettre à l'Empereur de devenir le maître de l'Italie (1).
De Lombardie, Casai se rendit à Rome. Le 22 juin, il se présenta devant le Pape accompagné de l'ambassadeur anglais Clerk, auquel il s'était ouvert du secret de sa charge (2). D'ailleurs, ainsi qu'à Sforce, il fit au Souverain Pontife des ouvertures assez vagues. Il avait été dépêché, prétendit-il, dans le but de décider à une nouvelle invasion de la France les généraux de Chaiies-Quint et les princes italiens; mais il avait reconnu à son passage en Lombardie que la faiblesse de l'armée impériale ne permettait pas de songer à une semblable entreprise et la conduite des Espagnols lui avait inspiré les plus, vifs soupçons. Le Milanais était traité en paj-s conquis et le duc François n'avait pas reçu son investiture; le bruit courait que Bourbon craignait de se voir refuser la main de la reine Éléonore et que Lannoy pressait l'Empereur de traiter avec le roi de -France sur la base de l'abandon de l'Italie. Aussi, comme il savait que les vues du roi son maître étaient très différentes, il s'était empressé de l'informer de tout et il ne doutait pas qu'il s'opposât à la réalisation des desseins de l'Empereur contre l'indépendance de la Péninsule. Le duc François, avec lequel il s'en était expliqué, lui avait promis son concours, et, s'il prenait sur lui de tenter auprès du Pape une démarche analogue, c'était
(Ij Nous ne connaissons cet entretien que par le récit que Casai en lit au Pape quelques jours plus tard : « He (G. Casai) had hade large communication withe the duke of Milan wbo greathy complaynythe and saythe thaï he hathe offyrd on milion off golde and ii or m" mil crowns for his investiture and cowdnott gett it... The sayd master Gregory sayd allso that he had declaryd this his opinion off the Kinges mynd and iutent unto the duke off Mylan and howe that, he dyd greatly rejoyse, laude and alowe the sarae, saying that rather than tb' Emperour shold so deceyffe them, he wold jeopard lyfï, statt and goodes and ail that he shold be habill to make. » Clerk à Wolsey, 22 juin, ut supra, f (167) 163 et u" 1443. — Cf. aussi Sforce à Henri VIII, 10 juin, Rymer, xiv, 38. et Sforce à Wolsey. 10 juin, R. O. Buewer IV. 1403.
(2) « The XXI daye [of] June is arryved beir Master Gregory Casalis, and, immediatlye apon his aryvall, ,\ve tooke go[ode] deliberacion betwene us apoue the contentes as wel ofï his secrett as off his opyn instructions. » Clerk à Wolsey, 22 juin, ut su/n-a. f " (165) 161 et n" 1443. — Casai n'avait pas montré la même couflauce à Russell, qu'il avait vu à Milan et qui représentait le roi d'Angleterre auprès du duc de Bourbon : sans lui découvrir le véritable objet de sa mission, il lui avait dit simplement qu'il avait pour charge de s'assurer des dispositions de Bourbon à l'égard d'Henri \'IIL Cf. Russel à Wolsey, 11 juin, ut su/)/-a.