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A partir de cette derniere date, les emissions de titles pour solder les deficits ne se rencontrent qu'en 1 876 et en 1 896. Pj^f centre, leur mise en circulation pour fins economiques accuse des sommes croissantes, tels les rachats d'actions de che^ mins de fer, de routes, de terrains. Le meme fait se reproduit quant aux depenses de guerre et a la consolidation de la Dette Flottante .
Ainsi tous les elements analytiques de la situation vers 1863-1864 indiquaient bien un assainissement progressif de la circulation, et I'absence de toute aggravation de ses vices intrinseques. La Commission d'Enquete de 1864 avait done raison de concUire que les marches se trouvaient en position franchement favorable lorsque la crise se declara.
II ne faut pas, cependant, croire que tout etait lumiere sans ombres. Celles-ci existaient et sent faciles a apercevoir.
Le tableau des faillites en laisse voir des traces. Le chiffre de ces depots de bilan a partir de 1861 n'est pas normal, etil est aise d'en conclure que les atermoiements de difticultes, datantdela crise de 1857, etaient en train de se resoudre, et que I'equilibre financier ne serait definitivement retabli qu'apres une grande operation de deblayage des epaves de la tempete precedente .
Effectivement, plusieurs maisons de premier ordre avaient failli y sombrer, et n'avaient reussi a surnager que grace au concours du Banco io Brast'l ; mais ce sauvetage ne s'etail pas opere sans graves avaries. Des cette epoque, la solidite de ces maisons avait ete fortement endommagee : les raisons sociales Gomes & Fiiiios, A. J. A. Souto & C, Oliveira & Bello, Montenegro, Lima & C. avaient souffert, de ca chef, les consequences de plusieurs paniques.
Gomes & Filhos, par surcroit, avaient ete ires eprouves par la faillite d'une maison anglaise dont ils avaient accepte les traites, en Septembre 18G2. A. J. A. Souto & C. en Mai i863 avaient subi les memes difficultes de la part de leurs clients,
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et toujours le Banco do Brasil leur etait venu ^ aide, et leur s)t0.vait augmente le credit a 30.000 contos, contre le vote motive de Pun des direcleurs, qui basait son refus sur le mauvais etat financier de la maison, inconnu du public, mais parfaitement verifie par la Banque qui en avail eu connaissance. L'imprudence de la Banque fut, done, en grande partie responsable du redoublement d'ampleur de la debacle.
La facon dont A.J. A. Souto & C. operaient rendait plus grave la situation. Ayant de tres nombreuses relations dans tout le pays, lis exercaient une sorte d'aspiration sur les capitaux libres du marche et de I'interieur. Leur connptabilite etait defectueuse, obscure et meme en partie inexacte. Les methodes de placement des fonds suivies par eux etaient egalement mauvaises : ayant donne grand developpement aux comptescourants exigibles a tout moment, ils avaient immobilise de grandes sommes en proprietes foncieres ; les reports etaient consentis trop facilement, et pour des motifs non inspires par I'experience commercial ; quoique n'ayant pas participe du mouvement d'agiotage et de speculation createur des compagnies plus ou moins fantastiques des annees antecedentes, ils avaient facilement accepte d'avancer sur ce genre de titres et d'escompter du papier base sur ces operations plutot douteuses.
L'impulsion au credit ainsi donnee par A. J. A. Souto & C. degenera bientot en un veritable abus,.et la liquidation prouva I'inanite de nombreuses valeurs • de leur portefeuille ; mais le fait s'etait produit pendant I'existence commerciale de cette raison sociale, etlesperte? effectuees sur ces chapitres avaient ete tres elevees. La Commission de liquidateurs de la faillite fixa a 18 . 000 coMlos le chiffre de la depreciation de Pactif represente par lestraites en soufFrance, les comptes-courants et les transactions concordataires .
Tant qu'ils furent seuls, ou presque seuls, a ope'rer sur le marche de Rio, ils purent y prendre un ascendant indiscutable, n'etant suivis que de loin par leurs concurrents . En 1 863, par
exemple, les valeursa I'^Ctifde A. J. A. Souto & C. figuraient dans leurs comptes pour 418.649:4^0$, et ces chiifres, depuis^ lors, avaient ete depas3es.
Ce vaste maniement de capitaux tres importants permit de masquer pendant quelque temps les partes et les abus. Mais le recours trop sou vent employe pres le Banco do Brasil, les paniques successives de 1859 a i863, les expedients plut&t que les systemes financiers mis en oeuvre pour se maintenir a flot, tout cela avait peu a peu perce le voile de mystere dont ils entouraient leurs affaires, et I'Enquete de i865 prouva qu'un nombre assez considerable de personnages marquants du commerce de Rio etaient au courant de la situation.
Toujours est-il que I'appui constant de la Banque faisait croire qu'un tel etat de choses durerait assez pour qu'un nouveau tour de roue favorable de la Fortune permit a la maison de ratfermir son activite sur des bases plus solides et saines. La psychologic de la crise de 1864 est tellement celle que nous venons d'ebaucher, que, lorsque la tourmente se dechaina, la principale hostilite se manifesta contre la Banque qui avait refuse de continuer a pratique r sa politique anterieure.
II etait done naturel que la diminution latente de la confiance en A. J. A. Souto & C. influat autant que la concurrence de nouvelles maisons, a grand capital et sans engagements ruineux, pour la baisse des valeurs de son actif. Aussi en 1864, celui-ci ne chiffre-t-il plus que 237.ooo:33o$, ce qui est une tres grande difference sur les annees precedentes, meme en tenant compte de I'arret des operations le 10 Septembre.
Or ces concurrents etaient de tout premier ordre. II y avait les banques Rural e Hypothecario, Maud, Mac Gregor & C, London & Brazilian Bank (fondee en Octobre 1862 au capital de £ 1. 000.000, avec des succursales autorisees I'annee suivante a Pernambuco, Bahia, Santos et Rio Grande do Sul),
et Brazilian & Portuguese Bank (fondee en 1868) ; il y avait encore les maisons particulieres faisant commerce de banque, notamment celles de Bahia Irmaps & C, Illiofi Marques Braga, Fortiqha & IVIuniz, Cost^ Guim^r^es SjC., M*ua &C., (a Santos, Rio Grande do Sul e Porto Alegre), Bernardo Gaviao et Hibeirg & Gaviap (a Sao Paulo), Miranda Jordao & C., (a Parahyba do Sul el Bempqsta).
A mesure que ces maisons rivales se develop paient, les depots chez I'ancien etablissement preponderant diminuaient, et parallelement, mais en sens inverse, les erabarras pour leur remboursement augmentaient. Comme le fit observer un des temoignages recueillis par PEnquete de |865, le Banco do Brasil variant a I'aide de Souto avait simplement retarde une crise inevitable, qui s'etait declaree a peine cat appui etait venu alui manqwer.
La crise en question fut done simplement commerciale, rien d'autre, et n'eut rien de commun avec celles qui I'avaient precedee. Telle fut la conclusion de PEnquete de i865, que nous adoptons entierement. EUe resulta des mauvaises methodes commerciales suivies par les maisons de banque, et plus specialement par celle de A. J. A. Souto & C, de Pabus du credit, des reports indefinis des transactions, de I'immobilisation de capitaux vis-a-vis d'une mobilite excessive des comptes-courants, de Pimpossibilite en cas de panique de realiser les valeurs de Pactif . .
La legislation monetaire, les facteurs economiques des periodes critiques anterieures, les consequences de facteurs nouveaux, tout cela y est etranger. L'orientation des ministres des finances vers le retablissement de Punite d'emission n'3' fut done pour rien.
Cela n'empeche pas que, comme consequence, la crise de 1864 fut infiniment plus grjive et plus vaste que celle de 1857. Celle-ci s'etait limitee a la place de Rio el n'avait eu que peu de repercussion dans le reste du pays. L'autrc au cpntraire
avait exerce ses ravages partout, et pour le prouver il suffit decker quelqueschiffres.
La faillite A. J. A. Souto & C. avait pres de dix mille creanciers ; son passif s'elevait a 41 . iSyrgiilgia (4I.
En outre, sa chute entraina celle de plusieurs autres maisons, grandes et petites. Les chifFres connus, cites par I'Enquete de i865, sont les suivants :
Maisons de banque
A. J. A. Souto & C. .
Gomes & Filhos . . .
Montenegro Luna & C.
Oliveira & Bello . . .
Araaral & Pinto . . .
90 autres raisons sociales.
Passif 41 .i87:9ii$9i2 20.2i8:988$940 ii.83i:285$85o 4.o69:7li$729 690:oo4$670 • 3^-539-956$53' iio.S37:8S9$632
Ce chiflre est un minimum, car I'Enquete de i865 ne cite pas le passif de 18 des 90 maisons qui faillirent a cette occasion, et sa liste est cloturee en Mars i865. II n'est done par exagere d'estimer a u5.ooo contos la valeur globale du passif cree par cette debacle. La liquidation ne produisit en moj'enne que 35 a 40 °/o des engagements pris ; la perte totale fut done de 65 a 70.000 conlos.
Une crise d'une telle ampleur menacait de detruire tout I'organisme commercial de Rio ; les consequences economiques, qui en decoulaient, ne pouvaienl etre que tres serieuses. II etait done indispensable <jue le Gouvernement intervint d'accord avec les principales autorites financieres de ce marche.
Le Banco do Brasil, comme banque d'emission et d'escompte, aida autant que possible tous les autres etablisse-
(4) Une tradition courante au Serlao (interieur du pays), veut que dans les proprietes agricoles les plus reculees les propres perroquets parleurs eussent appris a repeter les mots que Ton prononijait toujours autour d'eux : *0 Souto quebrou* (Souto a fait faillite).
ments menaces par la faillite Souto, mais ne put empecher le depot de bilan de beaucoup d'entre eux. Luimeme se sentait menace par I'afFolement general, par la panique qui faisait afBuer a ses guichets non seulement les deposants d'argent, mais encore les porteurs de billets, exigeant d'etre rembourses.
Soit par mefiance du papier-monnaie et desir de realiser la promesse de paiement qu'il constitue, soit pour speculer sur la baisse naturelle du change, ou pour tout autre but, les demandes de metal se multipliaient a la Banque, et son encaisse se voyait fortement menacee. Les consequences d'un arret du remboursement des bank-notes se grelTant sur les autres faillites deja declarees, eussent amene la ruine absolue de tout le commerce du Bresil. La Banque le sentit, et, d'accord avec les principaux negociants et banquiers de la ville, demanda au Gouvernement de prendre les precautions que la situation imposait.
Apres des pourparlers, des echanges de vue qui durerent moins de trois jours, et ou les difficultes etaient accrues du double fait de I'illegalite de certaines mesures demandees par la Banque, et de Tabsence des Chambres forcant le Pou~ voirExecutif a agir dictatorialement ; apres ce delai le Cabinet, ayant entendu le Conseil d'Etat, prit sur soi d'outrepasser sa competence constitutionnelle, de faire acte de legislateur et d'intervenir dans la liquidation du desastre de facon a en attenuer la portee, quine a detnander plus tard au Parlement un bill d'indemnite.
Pour faire face au remboursement des depots du Banco do Brasil\t decret du i3 Septembre 1864 autorisa d'elever la limitede remission au triple des fonds disponibles. La defense de I'encaisse metallique se fit par le cours force, donne aux billets dans leurs zones respectives de circulation par decret du 14 Septembre. L'enrayement de la panique fut obtenu par ces deux mesures etpar le decret du 17 du meme mois, prorogeant
pour soixante jours^ a partir dil g du moisj les echeances ainsi que les protets, les recoufs en garantie^St la prescriplion de tous les litres de creancfe et d6 dette . Lfes privileges des negodiants inscrits ^\3i Junta do Comniircto, qUatIt au moraibritim^ furent etendus a ceux qui ne jouissaient pas de cettfe inscription, et la limite de ces liquidations a I'amiable fut abaissee dn ce que le coilsentement des deux tiets des et-earicierfe ^ litres diVfcr§ fUt declare suffisant pour leur concession.
De nouveaux decfets kgiferererlt sut la procedure des faillites de banques, et sUf lfes itirractibilS deS dectets flseaux arttdrieurs a la faillite :
Le 2-2 Octobre 1864, de nouvelles regies, plus severes, furent decretees afin de repfiiiiet- Remission illegale de litres au porleur, faite pat" touteS sortes de indisons dfe eommerde, audetrimeril de la circulation legale;
Get ensemble de ttiefeures fut le frein effleace qui erhpecha la crise de devenir un cAtaclysftle satis pareil dails I'hlstbit-e firianciere et econotnique du pays .
Le Banco do Bt'dstl; malheureiisetiiehl, soil qu'il fQt force par les exigetlcefe de§ depo&anls el des eseorripteurS, soil qu'il se laissal entraiher a Speeulef sUr les betiefiees de I'emiSsion, depassa largement les lirtlites fixdes par le Gouvernetnent. Le cours forc^i etabli pOUr u&e duree de six ttiDiSltjUiau plus, se maintint jUsqU'Ei la tepfiee du droit d'dmissibh par la loi de i86("). La Commission d'Eriquettj fedigeant son rapport le 25 Avril 1 865, fit reraarq[uer qu'auttiois de Janvier la circulation de la Banque etait presque le quintuple de ses disponibilltes, etquecellesdessuccursales depassaleht de i0.8o8:633$282 les limites legales.
Les transactions coiiiiilereialeB travers^rent uhe pefiode de depression, parce que le er^dlt sS raf ^fia et surtoUt a ckuse de labaisse dans les importations.
Les exportalions ne se ressetltirent pas enorrii^ftleilt de touies ces alternatives . Les batlques specialeS des producteurs
de I'interieur etaient les casas commman'as, les intermediaires pour la vente des produits et les fournisseurs d'a\'ances pour les depenses de roulementdes /ajeHiiW (proprietcs agricoles), avances gagees sur lesrecoltes: ces contrats a longue echtance ne subirentpas la pression de la crise et les coimitissarios traverserent la tourmente sans trop de difficultes.
Les maisons de banquerecurent un. coup sensible dans la confiance qu'elles inspiraient au public. Les comptes-eourants diminuerentj et cela se fit surtout sentirdans les bilatis des banques nationales ; les deux banques anglaises, le London and Brazilian et la Bfa^tltan and Portuguese ne \ irent presque pas varier leurs dep6ts.
Au Banco do Brasil, le phenomene inverse se produisiti Banquier naturel des autres instituts de credit, par Tescompte, le reescompte de leur portefeuille ou par les avances sur litres, toutes les valeurs disponibles, bonnes ou mauvaises, devaient y aller s'echouer. Anssi des le 3 1 Decembre, les litres en liquidation ou perdus y figuraient pour io.i59:i72$67o ; les depotea la fin de Novembre montaient deja a io.843:i66ft5o6, mais redescendirent a 4.978:i28$og8, fin Mars i865.
Les cours du change oscillerent, moins cependant qu'il etait loisible de le pre voir. Pendant les premiers jours de Septembre, le mil rh's or etait cote a Rio de 27 7^ pence a 27 7, en Decembre il cota 26 Yu et peiidant le premier trimestre de i865 il varia entre 25 7s ex 26'!,. A Bahia et a Pernambuco la baisse fut moindre ; sur la premiere de ces places les limites de la fluctuation furent de 27 7, en Septembre, a 27 '/. a la fin de I'annee, et 26 7i a 27 les deux mois suivants ; sur le second de ces marches, le change descendit de 27 7, en Septembre a 27 7. en Decembre, et se fixa entre 27 et 27 pendant les mois de Janvier et Fevrier i865.
Quatre motifs etaient cite's pour expliquer ce mouvement de baisse: le cours force de billets de banque ; I'emission excessive ; les depenses de la guerre de I'Uruguay et du Paraguay; les
envois de fonds en Europe en consequence de I'etat de mefiance et d'inquietude cree par la crise et les mesures prises pour I'enrayer, ainsi que pour payer a I'etranger les engagements de A. J. A. Souto& C.
Les capitaux disponibles, apeures, chercherent des placements surs. Rien qu'au mois de Septembre il y eut des transferts. d'a/JoZ/ces pour pres de 4.000 contos, 3.649 exactement ; le Tresor emit pour i .993 conlos de billets a 4 '/s °/o) Banco do Brasil recut i .069 contos en traites a 4 et 5 7o- -A. cette derniere taxe, il recut en traites plus de 5.200 contos pendant les moisde Ociobre, Novembre et Decembre i8b5.
L'escompte de 8 °/o monta apres la crise a 9 °/o, et a 10 "/o en Decembre.