LES EMISSIONS TEMPORAIRES. LOIS DE 1875 ET DE
Les mesures prises pour reduire les charges leguees par la guerre du Paraguay commencerent de suite a produire leurs elFets ; mais les partes causees par I'avilissemem des cours du papier, pendant la lutte et la liquidation des depenses de six ans d'hostilites, ayant coute au Bresil 100.000 vies et 600.000 cantos, n'etaienl pas une tache facile a resoudre sinon en un laps de temps assez long . Un emprunt de £ 3.459.600, portant 5 % d'interets, negocie avec la maison Rothschild en 1871, fut emis aLondresa 89705 afin de hater la liquidation des depenses. Mais a I'interieur, les difficultes s'accumulaient. Ainsi voit-on le rachat de remission des banques progresser tandis que celui du papier officiel ne se manifeste presque pas . Les exigences de la lutte centre la calamite qui devasta le Nord du pays, en 1877- 1879, la Secca, fut un autre motif de developpement de la circulation fiduciaire officielle. .
Entre-temps, comme il arrive souvent apres les guerres victorieuses, une poussee d'alfaires creait au Bresil une veritable floraison d'entreprises et de compagnies, tendant a mettre en valeur ses elements de richesse. La speculation exagera ces tendances, et Ton vit se former des associations destinees a operer a I'etranger : le Bresil, prive de capitaux, oblige de les demander a I'epargne europeenne, voulait travailler a I'etranger !
Avec quelles ressources ?
On I'lgnore. II est certain, toutefois, que vers 1874 de grandes sommes s'etaient ainsi immobilisees en affaires industrielles, commerciales et autres, qui ne pouvaient produire de resultats financiers qu'a des echeances lointaines.
L'application methodique de I'amortissement annuel de 5 °/o au papier-monnaie des banques retirait tous les ans pres de 3 . 000 contos de la circulation : de pres de 56 . 000 com/OS en 1 868-1 869, celle-ci etaitdescendue a 32. 000 en 1S74-1875.
Le pays se developpait, et les chiffres de son commerce general attestaient la croissance continue de sa puissance productrice et de sa capacite de consommation, prouvant ainsi I'elevation progressive du standard of life . La loi du 28 Seplembre 187 1 sur la naissance des fils d'esclaves, nes libres a partir de cette date, n'avait pas eu d'influence sur la hausse des valeurs a exporter. L'organisation productrice restait done intacte.
Voici, d'ailleurs, les chiffres pour la periode qui termine en 1888.
Commerce g6n6ral de 1866-1867 ^ 1888
ann£es
IMPORTATIONS
EXPORTATIONS
TOTAL
I68.243:7o3fooo
i6i.4i9:700fooo
i(.io.8i6:oou$ooo
ii;o. 083:900(000
i67-549:i8i$ooo
ANNfiES
IMPOnTATlONS
EXPORTATIONS
TOTAL
lS3.886:ooo<ooo
i73.744:30o|.xo
l8l.oo5:(!^|ooo
i78.43i:oi5>ooo
2oi.526:356$oon
D'un autre c&te, cette production ne se faisait pas d'une facon permanente dans toutes le 3 zones dupays. Le cafe affluait au.\ ports de Rio et de Santos ii une certaine epoque. Le Sucre et le coton s'exportaient a des moments differents . Le caoutchouc arrivait plus tard. Le numeraire disponible n'etant passurabondant, les transactions locales, momentanement grossies par I'arrivee des recoltes sur le marche, exigeaient periodiquement des envois d'argent, qui, pendant la periode correspondante, appauvrissaient les places d'ou les billets etaient exportes, billets qui ne revenaient que lentement, a cause des difBcultes de communications.
Rio, surtout, capitale economique autant que capitale politique, voyait au moment des recoltes du Nord drainer son numeraire vers les places de cette region, et en souffrait les consequences: hausse de I'escompte, taux d'intercts tres eleves, difficultes de faire des affaires par manque d'argent, disette de monnaie. Des depenses imprevues avaient ete engagces dans la meme region, a cause des emeutes locales provoquees par
des bandes armees de paysans ignorants, fanatises, auxquels on avait persuade que la reforme des anciennes mesures, substituees par le systeme metrique, par la loi de 1862, etait unc spoliation de leurs salaires et de leurs revenus. Les revokes des quebra-kilos (nom donne a cause de leur regie de detruire tous les exemplaires des nouvelles mesures, que le Gouvernement avait envoyees aux municipalites de I'interieur) ne furent reprimees qu'avec le concours des troupes.
Le mouvement ascensionnel des exportations, les operations de credit, les inaugurations de quatre voies-ferrees a Sao Paulo, les preuves palpables de progres materiel du pays, tout agissait dans le sens de la hausse des changes ; des 1 87 1 le taux de 25 avait ete atteint, et celui de 27 pence deux ans plus tard, pour se maintenir entre 24 et 27 jusqu'en 1877, au commencement de la periode de secheresse au Ceara.
Vers 1875, le cours exceptionnel de 28 Yg avait ete atteint. On en avait profile pour anticiper des envois de fonds en Europe et pour solder des arrerages en souffrance. On calcule que So.ooo contos environ furent ainsi envoyes en un delai assez court, comme service normal des engagements a I'etranger, et que 40 ..000 contos en plus le furent pour speculer sur les hauts cours du change .
Les banques, par contre, souffraient de la part du Gouvernement une concurrence inegale. Les difficultes de la liquidation des depenses de guerre et autres avaient exige des avances de fonds, a solder sur la rentree plus lente des recettes budgetaires normales . Pour y pourroir, le Tresor avait eu recours a remission de traites a court terme, bilhetes do Thesouro, mais portant 6 °/o d'interets, au lieu du taux normal de 5 % • Les banques ne pouvaient payer cela a leurs deposants a terme, et encore moins aux depots a vue .
II y avait done drainage de numeraire vtTS les caisses officielles, et, quoique cet argent, par les paiements, dut fatalement rentrer dans la circulation, il y creait un vide sensible.
Or, pour une place cotnme Rio, souffrant de disette de papier par le rachat des banques, les envois pour la cueillette du caoutchouc, du sucre et du colon, 38. 000 conlos de traites du Tresor representaient un appel de billets par les caisses officielles, qui correspondait absolument a une penurie monetaire du marche courant.
Un emprunt de 5 millions sterling a 5 % avait ete contracte a Londres en 1S75 et emis a 96 '/i %; le Gouvernement en avait importe £ 1. 100. 000 environ pour ses depenses. Mais, vers le mois d'Avril 1 875, 1'on sut que le Gouvernement lirerait sur le solde a Londres, a cause de ses necessites au Bresil. Les banques durent done se preparer et amasser les fonds indispensables pour I'achat des traites. Le papiermonnaie etant depourvu de toute elasticite, leur seule facon d'agir ne pouvait que etre la pression sur leurs debiteurs afin de provoquer des rentrees de fonds. Un etat de gene generale en resulta pour la place de Rio el les defaillances commencerenl. Le Banco Nacional deposa son bilan le 12 Mai; le Banco Ahud et la Deutsch Brasilianische Bank suivirent son exemple. Le premier, dirige par le vicomle de Maua avait une succursale a Montevideo, et souffrit les consequences desevenemenls de I'Uruguay ; il ne put liquider a temps ses disponibililessurce marche, d'oii resulta, non seulement lafaillite pour la banque, mais encore la perspective d'une tres grave perte pour le Gouvernement, qui avail negocie pour £ 756.000 de traites avec cetle maison, irailes restees'impayees a I'echeance. Ceite creance, d'ailleurs, fut liquidee plus tard.
Des le mois de ISIars, la crise s'etait manifestee a I'etai latent. Fin Avril, la situation n'eiaitpas tenable elle i4iMai, le president du Conseil, le vicomte de Rio-Branco, preseniait a la Chambre des Deputes le projei qui devini la loi du 29 Mai 1875.
En ce moment, les depots des banques de Rio montaient a 68.000 co«to ; I'encaisse totale de ces eiablissementsn'arrivait qu'a 5.000 contos.
Les remedes proposes, soit par la presse commerciale, s oit par des opinions isolees au Parlement, variaient depuis le cours force donne aux obligations hypothecaires jusqu'a remission pure et simple de papier-monnaie par le Tresor ou p ar le Banco do Brasi'l, en passant par la creation de nouveaux instituts de credit, emettant sur base metallique a la raison du triple de la valeur de For depose, etparla fondation d'un reseau d'etablissfements analogues aux banques d'Ecosse. Ces deux dernieres solutions n'avaient qu'un tort : ne pas indiquer les moyens d'obtenir For, devant servir de base a remission, ni ceux d'obtenir en pleine crise la monnaie courante indispensable pour fonder le capital des nouvelles maisons de commerce. Le papier-monnaie, comme emission pure et simple, non gagee, etait egalement repousse par les deux partis historiques, le liberal et le conservateur. Ce dernier, etant au pouvoir, avait trop de responsabilit^ dans la campagne contre la circulation fiduciaire, et en faveur de son rachat, pour pouvoir entrer en une pareille voie. Quant k donner effet liberatoire aux obligations hypothecaires, il n'y avait pas lieu de.s'y arreter, car une telle idee ne meritait pas d'etre discutee.
Comme juste milieu, et solution transactionelle, le Gouvernement adopta une autre suggestion faite par la place de Rio et proposa I'ensemble de mesures suivantes.
Autorisation etait donnee au Tresor d'emettre jusqu'a 25.000 coK/os de billets au porteur, la plus petite coupure ne devant pas etre de moins de ioo$, portant 5 7,% d'interets au plus, rachetables en des delais variant de quatre a douze mois, recevables, avec les interets echus, aux bureaux de perception en paiement d'imp6ts. Cette Emission speciale serait destinee a venir a I'aide des banques de dep&ts, moyennant la garantie de titres de la Dette fondee, de traites du Tresor, de la Dette flottante', ou d'autres titres reputes surs par le Gouvernement, mais a defaut des gages precedemment cites. Le Gou-
vernement pouvait encore emettre jusqu'a la meme somme en monnaie courante dans le mcme but et avecles memesgaranties, ou pour racheter des traites du Tresor et des apolices, pourvu que les deux emissions iie depassassent pas 25. 000 confos.
Pour anticiper le rachat de ces billets speciaux, en cas d'afflux considerable aux bureaux de perception, le Gouvernement recevait I'autorisation de faire les operations de credit necessaires. Au cas ou I'emission se ferait pour racheter des traites du Tresor ou des apolices, les intcrets des litres rachetes ainsi que le capital et les interets payes par les banques seraient employes au rachat de ces elements accrus de la circulation.
La Chambre des Deputes ne discuta presque pas le projet. L'opposition liberale, renforcee d'ane dissidence conservatrice, declara, apres de legeres escarmouches, vouloir laisser au Gouvernement la responsabilite entiere d'un 'acta qu'elle reputait ruineux.
Le Senat prit une attitude difTerente. La se trouvaient reunis les chefs des partis. Une longue situation conservatrice travaillee par des dissensions intestines sur les modifications du sj'steme electoral, a\'ait aigri les esprits. Le parti liberal donna I'assaut non seulement contre le projet, mais surtout centre le ministere Rio-Branco, vieux de quatre ans deja et partant affaibli, et contre les conservateurs en general . De la, le ton et la virulence de la discussion, souvent vehemente au dela de ce que le Senatavaitcoutume d'entendre. Cetait, d'ailleurs, une erreur de tactique: les.liberaux devaient attendre trois ans encore, avant de reprendre le pouvoir, et, Nemesis de Thistoire, ils devaient en i885 renouveler et remettre en vigueur cette meme loi qu'ils avaient si fortement attaquee en 1875.
Certes : les objections faites contre le systeme propose pour combattre I'inelasticite du papier-monnaie etaient en partie fondees. Cette inflation pcriodique de la circulation tendrait facilement a de\'enir permanente, si I'energie gouvernementale ne se sentait pas assez forte pour reprimer les de-
mandes iniempestives des banques, plus soucieuses d'elargir leur cercle d'affaires que de soigner le renom et la solidite economique du milieu ou s'exercait leur action financiere. Elle le deviendrait encore, si les simples resserrements de numeraire etaient confondus avec une crise, justifiant ces emissions temporaires . Elle courrait le meme risque, plus grand peut-etre, si le retrait du papier emis de la sorte ne se faisait pas regulierement dans les delais fixes par la propre loi.
Or, toutes ces exigences, pour etre satisfaites en vue de I'assainissement progressif de la circulation, supposaient I'existence prealable d'uae elite d'iiommes d'Etat, experimentes dans les details des finances et de I'administration, ayant surgi peu a peu d'une longue preparation anterieure, intellectuelle et politique .
Cette meme loi, d'un maniement delicat et plein de surprises, pouvait etre un instrument de travail entre des mains habiles et fermes, ou une cause de demolition et de troubles de la plus haute gravite confiee a des financiers improvises, fruits de la generation spontanee qui pullula aux premiers jours de la Republique .
Un nouveau frein se trouvait dans les moeurs politiques et parlementaires des deux epoques: en plein regime parlementaire, soumis a un controle direct et incessant de la part des Chambres, responsables devant elles, les ministeres agissaient avec bien moins de liberie, et sous le coup de sanctions immediates par le refus du vote de confiance ; en regime presidentiel, cette dependance avail disparu, et les restrictions a toute action abusive devaient se trouver dans I'energie morale, la valeur professionelle des responsables de la gestion des affaires, exigeant par consequent de la part des gouvernants un niveau bien plus eleve dans Pintensite de leur vie interieure, une discipline bien plus haute et severe dans leurs facultes de juger et d'agir. De telles organisations ne s'improvisent point.
Un long labeur de formation les precede, et ce n'est certainement pas aux premiers moments d'existence d'une nouvelle creation politique que se presentent ainsi, armes de pied en cap, les administrateurs capables de diriger sans surprises cet organisme complique que soot les finances d'un pays. Le fait pent se presenter exceptionnellement, mais ne constitue pas la regie generale.
C'est ce qui explique le fonctionnement calme, sans heurts, de la loi du 29 Mai iSyS, pendant toute la duree de I'Empire. C'est encore I'explication des desastres qu'elle causa, aggraves par la loi de iSgS (qui doubla le maximum a emettre), par les ministres des finances de la Republique. En ce dernier regime, la seule solution logique etait de rapporter la mesure, et ce fut I'honneur de la nouvelle couche de financiers republicains d'avoir denonce le mal et de lui donner le seul remede eflicace: I'annulation de la loi . Des i8g3, cette tendance se manifestaa la Chambre, ainsi que le prouve I'effort de Mr. Leopoldo de Bulhoes demontrant les inconvenients de cette regie legislative,
EUe culmina en 1 899, lorsque Mr. Joaquim Murtinho proposa et fit adopter par le Parlement la revocation de la loi de 1875, et Padoption de prets temporaires aux banques, aux moments de crises, prets fournis par le fonds de rachat du papiermonnaie, sommes deja accumulees par consequent, et par suite sans augmentation de la masse de papier en cours .
Toujours est-il que, votee par les Chambres, la loi de 1875 put attenuer la pression monetaire de la place de Rio. La discussion, neanmoins, avait alTaibli le Cabinet Rio-Branco, deja souffrant d'une trop longue vie parlementaire, et des dissensions qui le travaillaient ainsi que le parti conservateur sur le grave probleme de la reforme electorale, et par la question religieuse, qui avait abouti a Temprisonnement des deux eveques d'Olinda etde Para. Le 25 Juin, son successeur, le due de Caxias, prenait la presidence du Conseil .
La mesure ainsi votee etait essentiellement transitoire. Mais les conditions speciales du pays la firent considerer comme permanente jusqu' en 1879, '^^^^ ^a revocation, par Particle 24 de la loi du 31 Octobre, a I'avenement du parti liberal a la direction des affaires .
Deux grands motifs avaient collabore a maintenir le statu quo dans la legislation monetaire . Quoique le pays se developput dans ses exportations du Sud et du Nord, principalement representees par le cafe et le caoutchouc, une vaste region intermediaire se trouvait en proie depuis 1877 au terrible fleau de la secheresse et de la famine — Soo.ooo vies furent fauchees par la Secca, qui dura trois ans. Le Gouvernement y depensa 72.000 coitios en secours, mais sans plan preconcu, sans methode, de sorte que les populations victimes de la catastrophe ne sentirent que fort indirectement les bienfaits de I'action ofiicielle.
Une emission de 60.000 conios fut faite en 1878 pour subvenir a ces depenses. D'un autre cote, la poussde liberale qui avait donne lieu a I'essor du parti liberal et a I'organisation du noyau republicain, avait fait de la reforme electorale le point de convergence de tousles efforts du parti. La marche de cette idee avait ete tellement rapide, que le premier cabinet liberal de la periode, inauguree le 5 Janvier 1878, pouvait dire par la voLxdu president du Conseil, Cansansao de Sinimbu:
I Sa Majeste, ayant reconnu I'opportunite de la reforme « electorale, informe de I'opinion du pays sur ce probleme, « qui n'est plus une affaire de parti, mais un interet general, t et apres avoir entendu I'avis du president du Senat et du « president de la Chambre, a trouve que la realisation de cette « reforme devait incomber au parti qui, le premier, I'avait re- « clamee et defendue comme point capital de son programme ».
La derniere Chambre elue par le systeme indirect contait pour la premiere fois un jeune depute par Pernambuco, Joaquim Aurelio Nabuco de Araujo, qui allait faire vibrer une
nouvelle note: I'abolition de I'esclavage. Et depuis lors jusqu'a la solution de ce probleme essentiel de notre nationalite, cette question domina la scene politique. Elle influa directement et puissamment sur I'acceptation de la Republique par les classes conservatrices du pays.
Las organes conservateurs de la presse, defendant les interets des planteurs, donnerent I'alarme des 1 880 .
Des 1 883, les adresses imperiales, a la seance inaugurale des Chambres, ne cesserent plus de faire allusion a I'extinction de I'element servile. Du Nord au Sud, action des abolitionnistes, reaction des grands proprietaires ruraux, tout le mouvement eut pour centre et mobile cette propagande de redemption sociale. II est facile d'encomprendre les consequences dans la vie economique de la nation .
De 1875 a 1878, le Bresil traversa une phase de grandes difficultes. La liquidation de la crise de 1874-1875; la Secca\ les abus de credit ; le manque de systeme dans la decretation des depenses, memepour celles quiinteressaient le developpement du pays ; la disparition graduelle de I'element basilaire de la production, I'esclavage, attaint dans ses deux sources vives — les enfants naissant libres depuis 1871, le recrutement ayant cesse par I'abolition de la traite an i85o — ; le manque da mesures legislatives ou administratives ayant en vue organiser la transformation du travail, par ['immigration et la colonisation ; telles etaient les causes principales de la gene presque intolerable qui caracterisa cette periode, ayant son point culminant en 1878, etne commencant a decliner que vers la finde 1879.
Malgre tous ces embarras, k loi de 1876 n'avait ete appliquee qu'une seule fois, I'annee ou elle fut votee : meme a cette occasion, remission n'avait ete que de 9.148:500$; 6.884:750$ de surplus avaient etc pretes aux banques, mais ces somtnes etaient fournies par les recettes ordinaires ; cn onze mois, remission speciale avait ete rachetee laissant au Tresor
un benefice de 365: 1 72$983 produit par les interets de Poperation .
Revoquee en 1879, aucun moyen ne restait au Gouvernement pour parer au manque d'elasticite du papier-monnaie dans les periodes de contraction monetaire, sauf le rachat des traites du Tresor mises en cours ; or cette derniere methode exigeait des ressources que le ministre des finances souvent ne possedait pas. Aussi voyait-on depuis longtemps la presse commerciale demander la remise en vigueur de I'expedient financier applique par le vicomte de Rio-Branco. L'emprunt interieur de 5 1.885 conios-or a 4Vi7o5 emis en 1879 vint attenuer les difficultes du Tresor.
Les produits du Bresil souffraient en ce moment les consequences de plusieurs crises. Le cafe, par exemple, representait en i855 49,4 % de la production mondiale; en 1878 cette proportion etait descendue a 45,9 "/o- Les prix de 1880 se maintinrent bas, et ce niveau tendit a baisser encore jusqu'en 1882, ou une reaction se dessina vers la hausse, pour retomber dans les embarras crees par la speculation elfrenee de 1 884, qui provoqua de grandes oscillations des cours, mais ne les laissa pas trop deprimes a. la fin de I'annee, a des taux moins eleves qu'en 1883, mais plus hauts qu'en 1882.
Le caoutchouc, a son tour, subit en 1884 une baisse remarquable des cotes .
De partout venaient des plaintes et des reclamations sur I'etat de desorganisation du travail et du credit . Les solutions les plus inconciliables etaient - suggerees . L'esclavage etait condamne a une prompte disparition ; les avis les plus pressants etaient donnes aux plantears par la presse clairvoyante ; un groupe de plus en plus nombreux d'hommes d'Etat tachaientd'orienter les efforts et la propaganda dans le sens de presser la solution sans de trop grands dommages pour les proprietaires d'esclaves ; mais ceux-ci, aveugles et sourds, ne pretaient qu'une attention distraite aux mille signes qui se mul-
tipliaient autour d'eux prenoncant des temps nouveaux. Et en realite, la production agricole souffrait profondement de cet etat de choses. La mort, les emancipations, las fuites entamaient tous les jours davantage le bloc servile, dont I'emiettement se faisait plus vite qu'on ne I'avait d'abord suppose. Aucun element de substitution ne \'enait boucber les vides, et la production s'en ressentait .
Une premiere tentative d'importation de coolies chinois pour travailler dans les /agendas fut un insucces. L'idee, d'ailleurs, fortement combattue et essenliellement antipathiquc a la masse de la population et aux principaux dirigeants du pays, n'etait pas destinee a triompher, des difierentes fois que sa realisation fut tentee .
En 1 883, la Sociedade Cenlral de Immigracao fat fondie sous les auspices d'esprits eminemment liberaux, afin d'orienter la solution du probleme de la main d'ceuvre agricole dans ie sens de substituer le negre par I'immigrant europeen, et surtout par la transformation graduelie de ce dernier en colon petit proprietaire . Ce fut en 1884 qu'un economiste francais, professeur a I'Ecole Polytechnique de Rio de Janeiro, ^Ir. Louis Gouty, publia un des meilleurs ouvrages inspires par la situation du Bresil et par les solutions indispensables imposees par les coefficients locaux.
Une gene tres sensible pesait sur toute I'organisation productrice . Crise economique doublcj intrinseque et extrinseque, crise de main d'ceuvre et de credit a I'interieur, crise des prix des produits sur les marches exterieurs.
Les difficultes tinancieres des fa:{endeiros eussent exige une organisation de banques a la portce des producteurs, a bas loyer de capitaux . Or, la legislation bresilienne ignorait ce tj'pe de credit.
Les obligations hypothecaires, a long terme, etaient des emprunts onereux, malgre le taux relativement bas de l interet qu'elles portaient, car elles etaient negociees a des cours fort
inferieurs a leur valeur nominale. L'argent necessaire aux recoltes, le credit agricole proprement dit, a court terme, un an au plus, n'etait fourni aux planteurs que par leurs cont' tm'ssarios sur les marches du littoral, intermediaires extremement utiles et honorables, charges de la vente des cafes de leurs clients de I'interieur et faisant pour eux office de banquiers.
Les comptes d'avances et de ventes se liquidaient a chaque recolte, sauf en cas de gene de I'une ou I'autre des deux parties contractantes : en general, le planteur etait moins ponctuel que le commissar io, et la dette envers celui-ci avait tendance a croitre. Detoutes facons, le commissario, negociant sur le marche du littoral, etait beaucoup plus sensible que le fa^endeiro aux crises du marche monetaire. Les modifications proposees pour rendre viable a Rio I'etablissement d'instituts operant sur le credit foncier ne purent aboutir. Et dans ces embarras generaux, la production ne pouvait que s'en ressentir, augmenter ses prix de revient, diminaer ses possibilites de debouches et d'elargissement des ventes .
La situation du Tresor en eprouvait directement le contrecoup. Les cinq annees fiscales de 1875-18763 1879-1880 se solderent par un deficit global de igS. i43:662$674, traduction des resultats desastreux de la Secca et de la crise economique que nous venons signaler . Les cinq annees suivantes, de 1879- 1880 a 1880- 1885, presenterent de meme un deficit global de 92. 180:71 5$486. Les emissions d''apoltces ne pouvant faire face a toutes ces depenses , un emprunt de £ 4 . 000 . 000 fut contracte a Londres en 1883, a 89 °/o portant 4'/, % d'interets.
Outre les plaintes generales sur I'etat economique du pays, des reclamations specialisees se faisaient entendre tous les ans sur la retraction monetaire periodique des places de Rio et de Santos, en consequence des envois de numeraire aux marches du Nord, pour subvenir aux exigences des recoltes de coton, de sucre et surtout de caoutchouc.
C'etait, en somme, la meme cause qui avait mene le Cabinet Rio-Branco a faire voter la loi de 1875. II est juste de remarquer, toutefois, que les embarras ne s'eleverent jamais a Tacuite de la crise de iSyS. Nonobstant, la gene monetaire existait etse reproduisait tous les ans.
La presse commerciale, qui avait combattu la revocation de la inesure par la loi de 1879, plaidait ardemment sa remise en vigueur. Mais le parti liberal, au pouvoir des 1S78, se trouvait lie par I'opposition, insuffisamment raisonnee, faite parses chefs au Senat, au vote de la loi du 20 Mai 1875.
De premieres tentatives de solution furent faites en 1884, par la suggestion de modifier remission des traites du Tresor, de sorte a la faire en coupures assez reduites pour qu'elles fussent admises comme monnaie, avec effet liberatoire et en paiement d'imp6ts. C'eut ete une emission de papiermonnaie portant interets : le refus d''engager la solution dans cette voie fut general.
En 1884, le ministre des finances, Mr. Lafayette Rodrigues Pereira, plus libre dans ses opinions puisqu'il n'avait pas pris part a I'elaboration de la loi revoquee, proposa en son rapport de revenir a la meme politique employee par le parti conservateur pour parer aux inconvenients de I'inelasticite du papier-monnaie.
L'annee suivante, ce fut le propre president du Conseil, ministre des finances, le conseiller Saraiva, Pun des principauN adversaires au Senat de la loi de 1875, qui confessa noblement son erreur, et rendit hommage au vicomte de Rio-Branco : « Je me suis deja oppose ici au Senat a « une proposition semblable » disait-il lors du debat sur la loi de 1 885, a presentee par le vicomte de Rio-Branco, et je a m'en repens, parce que je reconnais aujourd'hui que le miff nistre qui se trouvait ? cette epoque a la tete du Tresor, « pesant murement la responsabilite du Gouvernement, avait « reflechi et calcule mieux que moi » .
Ce fut done le Cabinet liberal du 6 Mai qui presenta luiineme la remise en vigueur de la loi conservatrice. 11 le fit, heartmoins, avec de certaines moditications, rendant permanelite une autorisation qui n'avait ete consideree que transitoire.
Le nouveau projet, qui devait devenir la loi du i8 JuiUet i885, presentait les caracteristiques suivantes : le Gouvernerhetlt recevrait I'autorisation d'emettre jusqta'a aS.ooo coidos en papier-monnaie, destines a venir a I'aide des banques de depots du Rio, emission gagee par le dep6t de titres de la Dette Publique ou de traites du Tresor ; capital et interets payes par les banques seraient appliques au rachat du papiermonnaie ; et les comptes de ces operations seraient rendus a rAssetnblee Legislative .
En ce moment, au mois de Mai i8S3, les chilTres relatifs ail mois precedent marquaient une encaisse de 0.322 cokfos a peine, pour toutes les banques de Rio.
La discussion eut du etre courte, puisque les liberaux ptoposaient maintenant uhfe mesure votee naguere par les conservateurs. II en fut tout autrement, et les querelles de partis prirent le dessus, de sorte que les defenseurs de la ioi de 1875 furent les adversaires du projet de i8S5, qui n'^tait qu'une reproduction de la premiere, rendue permanente au lieu de transitoire.
Une difference existait cependant entre les deux mesures : la premiere etablissait un delai de 1 2 mois pour le retrait de Remission temporaire ; la seconde ne fixait pas de delai, afin de faire le rachat dependre des avantages pour la banque de rentrer en possession des titres gages, et pour ne pas provoquer une crise de restriction monetaire par la fixation d'une echeahce qui pouvait coinclder avec un moment de rarefaction de numeraire.
Le 18 JuiUet i885, la sanction imperiale etait donnee all projet, qui devint la loi n. 3.263.