‹ La politique monétaire du BrésilChapitre 33 sur 86 · LA LOI DU 17 JANVIER 189O · texte numérisé non relu

LA LOI DU 17 JANVIER 189O

La Revolution triomphante avail, en toute logique,portt; au ministere des finances Mr. Ruy Barbosa, le critique le plus acerbe de I'oeuvre du vicomte d'Ouro-Preto. II 3' arrivait avec deux elements contraires a une administration judicieuse et clairvoyante . Tout chaud de la lutte de la veille, il portait au pouvoir un bagage d'idees, de doctrines et d'observations, bonnes ou mauvaises peu importe, mais deduites de I'etude de periodes relativement calmes et politiquement normales, partant inapplicables a une epoque troublee comma I'etait et se revelait chaque fois plus le lendemain du renversement de la forme monarchique.

Les theories financieres de mise en temps pacifiques ne pouvaient ctre admises telles quelles a un moment historique, ou toutes les forces desintegrantes de I'Union travaillaient a pousser la decentralisation tellement loin •que le Bresil semblait plutot une Confederation d'Etats qu'une simple Federation d'anciennes provinces, autonomes aujourd'hui, mais non souveraines.

La regie a suivre eut du etre de resister pour maintenir la cohesion du pays, et empecher les exces financiers de tout ordre .

La norme opposee fut suivie, et cela grace a la seconde cause d'erreur ayant preside a la nouvelle orientation economique inauguree par le Gouvernement Republicain : I'appreciation inexacte de la force du sentiment monarchique au

Bresil, et la pensee politique de faire deriver vers un champ d'activite industrielle et financiere les esprits capables d'agiter le pays dans le sens d'une centre-revolution .

Double erreur economique et historique a la fois, plus facile a demeler aujourd'hui qu'au moment de la lutte ; erreur, toutefois, qui produisit les plus graves et les plus lamentables consequences.

Le triomphe de I'idee republicaine etait le point culminant d'un long processus historique, ayant racine lointaine, ignoree mais indiscutable, dans la necessite ou se trouvait I'ancienne Colonie de se suffire a elle meme et d'aider la metropole ; developpee pendant les temps troubles de la Regence et I'essor liberal de I'Acie Additionnel a la Constitution de 1824; fortifiee par le grand mouvement intellectuel d'oii etait sorti le manifeste du parti liberal, de 1868, precurseur historique et politique de la profession de foi republicaine, du 3 Decembre : 870 ; maintenue en etat d'effervescence continuelle par la discussion du probleme du travail servile et les critiques reciproques des partis monarchiques ; definitivement liberee des liens qui rattachaient a I'Empire les classes conservatrices par I'abolition incpnditionnelle de I'esclavage ; a peine retenue, a partir de 1 888, par le double sentiment de respect et de reconnaissance envers D. Pedro II et sa digne fille, la Priq^esse-Regente, que les abolitionnistes avaient justement surnomme la Redemptrice.

Elle etait done un produit de I'avayxv) historique, jamais contrariee, aidee plutot par le Gouvernement eclaire et foncierement liberal du dernier Empereur, par son invincible repugnance pour tout ce que les monarchies traditionnelles ont de fastueux et de hieratique, ardent a se meler au peuple pour niveler les differences sociales, peu incline a developper ou a honorer specialemenl le cuke de la force par des hommages extraordinaires decernes a I'Armee et a la Marine .

L'appel que les Positivistes de Rio de Janeiro avaient adresse en 1888 a D. Pedro II de se placer a la tetc du mou\-ement, irresistible des lors, et des lors prevu comme tel, etait le fruit d'une profoiide observation des faits, et, quoiqu'il eut provoque les sourires ou les critiques indignees dc I'cntourage ofBciel, ne trouvait aucun obstacle dans les sentiments personnels et dans les regies de gouverner du Souverain .

Les sentiments de respectueuse affection, de douloureuse necessite, qui dicterent tous les actes de la Republique naissante envers le grand Bresilien, dechu de son haut poste de collaboration dans le progres national, en sont encore une preuve .

La Republique ne pouvait done etre que ce qu'elle etait, historiquement et socialement : Pheritiere des traditions, de I'experience, des methodes administratives de I'Enipire , avec les retouches et les developpements dans le sens d'une plus grande liberie, individuelle et collective, imposee par le nouveau concept politique du problemc national.

Cela ne fut pas coinpris au premier abord, et pendant un certain temps il fut de mode, comme preuve de bonne orientation republicaine, de prendre en tout le contre-pied des points de vue adoptes par le regime aboli . La prudence, aux 3'eux des porteurs de I'Evangile nouveau, devint de la timidite maladive ; I'examen approfondi des phenomenes, de I'hesitation servile.

II fallut, pour se montrer u la hauteur des horizons nouveaux,rivaliserd'audace etde legerete de creur. Au lieu de voir dans le passe, dans les crises antcrieures de croissance, la lecon indispensable pour prevoir I'avenir, il fut tenu pour prefe'rable, sous peine de passer pour un obscurantiste impenitent, de sauter, les yeux fermes, pieds joints, dans la nuit.

Et, pourtant, dcs les premiers jours, les indications pleuvaient sur la transformation radicale de I'ambiance economiquc.

Ce facteur imponderable, tout-puissant neanmoins, surtout pour un pays a circulation fiduciaire, la confiance, avait disparu pour ne revenir que de longues annees plustard.

Le dernier ministere de I'Empire avait obtenu I'ouverture en Europe d'un credit de cinq millions sterling. Des les premiers jours de la Republique, il futsignifie au Gouvernement Provisoire, qui avait voulu tirer centre cette provision, que le contrat etait nul, vu le changement essentiel survenu dans la personne de I'une des parties contractantes . Le change qui avait oscille entre 24 '/^ et 27 3/^ etcotait 27 Y2 le i5 Novembre se trouvait deja a 25 pence au 3i Decembre 1889. Le vicomte d'Ouro-Preto avait autorise I'emission de billets, sur dep&t d'or, des Banco Nacioiial do Brast'l, a Rio (decret du 28 Septembre 1889), du Banco de S. Paulo a S5o Paulo (decret du 5 Octobre 1 885), et du Banco do Commercio, a Rio (decret de 9 NoA^embre 1889). Ce dernier n'avait pas encore emis ses billets quand la Republique fut proclamee, et ne les put mettre en cours, vu la gravite de la nouvelle situation financiere. Les deux autres avaient deja commence a operer ; le premier emit 2o.oo3:33o$ de billets remboursables en or, mais les retira de suite de la circulation, et perdit la faculte d'emission par decret du 27 Decembre 1889 ;le second arriva a mettre en cours 1.891:240$, mais, pour le meme motif, il cessa d'emettre et demanda la resiliation de son contrat, qui fut admise par decret du 29 Avril 1892.

Le Gouvernement Provisoire avait, au commencement de sa gestion du Tresor, def(£re aux demandes de tous les incorporateurs de banques d'emission. Dix banques se presenterent pour la faire : le Banco Mercantil de Santos (decret du 26 Novembre 1889) ; le Banco do Credito Real do Brasil (decret du 28 Novembre 1889); la Sociedade Commercio da Baliia, plus tard a.ppe\ie Banco Eniissor da Bahia (1890) et Banco Commercial da Bakia (1897) (decret du 28 Novembre 1889); le Banco do Brasil (decret du 29 Novembre 1889) > Banco

Commercial do Rio de Janeiro (decret du 29 Novembre 1889) ; le Banco MercantU da Bahia (decret da 3 Decembre 1889) ; le Banco de Pernambuco (decret du 8 Decembre 1889) ; le Banco Commercial Peloiense (decret du 8 Decembre 1889); le Banco Unido da Bahia (decret du 8 Decembre 1889), et ^d}Ltm.^XiX\i, Banco da Bahia (decret du 8 Decembre 1889).

Autorisation leur etait octroyee d'emettre a raison du triple du depot metallique, fait par chacune d'elles au Tresor. Or , en admettant un depot egal aux deux tiers de leur capital social, soit 200.000 contos environ, c'etait une emission de plus de 600.000 contos qui venait d'etre permise en moins de trois mois ; 200 . 000 I'auraient ete sous le regime imperial ; le complement, plus de 400.000 conlos, avait ete concede par la Republique en douze jours.

Le change, cependant, continuait a baisser, et les concessions, faites surbase metallique, devenaient moins viables. Pour deblayer le terrain, un decret du 27 Decembre 1889 fixa le delai de trois mois, sous peine de caducite, pour que les banques usassent de la faculte d'emission qui leur avait ete donnee.

Aucune d'elles ne put emettre, dans le delai fixe et selon les termes de la loi de 1888 et leurs concessions furent declarees perimees .

Unacte nouveau, ayant force de loi, allait subsiituer le mecanisme du decret legislatif du 24 Novembre 1888 et de ses deux reglements du 5 Janvier et du 6 Juillet de I'annee suivante. Ce fut la loi du 17 Janvier 1890, justifiee parson auteur, le ministre des finances du Gouvernement Dictatorial, dans un long expose de motifs, que nous allons resumer.

Debutant par la critique de la loi existante, I'expose rappelait les opinions des principaux auteurs de cet ensemble de mesures, le vicomte do Cruzeiro et le conseiller Lafaj'ette Rodrigues Pereira, tous deux declarant que I'emission sur base metallique etait impossible, a cause des cours du change infe-

rieurs a la parite legale, I'or emis devant en tel cas etre chasse par le papier- monnaie, remboursable au pair. Pendant la discussion, un amendement avail ete presente par le vicomte d''Ouro-Preto et accepte par le Senat, portant que remission centre depot d'especes pourrait se faire a raison du triple de ce depot, par les banques qui se chargeraient du remboursement en or et a vue de ces billets .

Mr. Ruy Barbosa attribuait I'acceptation de cette mesure, non a sa valeur intrinseque, mais simplement a la deference due a son auteur ; la hausse du change, au dessus du pair pendant quelque temps, faisant croire a la stabilite d'une situation economique qui, cependant, ne pouvait etre que transitoire. Les cours eleves du mil rets, papier, rectifies sous peu, d'ailleurs, par des importations de numeraire, ne pouvaient done se mainlenir, car Paspect economique du pays, quoique franchement en progres, n'autorisait pas a croire la parite de 27 pence definitivement acquise .

L'observation -etait exacte et la critique la plus juste des mesures prises par le ministere precedent se trouvait dans le fait que I'on etait alle peut-etre un peu vite en besogne, voulant etablir par loi la circulation metallique, avant qu'elle ne se fut realisee spontanement et de facon permanente par les changements survenus, et devenus definitifs, dans Porganisation economique du pays. Toujours la vieille formule, invariablement verifiee, que la reprise des paiements en especes ne doit etre rendue obligatoire par loi, que quand elle Test deja devenue spontanement dans lesfaits.

Grace a cette illusion, continuait Pexpose, deux sortes de banques avaient ete creees par la loi de 1 888 : celles qui emettaient sur la base des titres de la Dette, et celles qui le faisaient contre dep&t d'or. Celles-ci eurent la preference du Gouvernement, a I'occasion d'executer la loi, a cause des cours qui se trouvaient au dessus de 27 pence. Ces chifFres, cependant, ne representaient pas une situation stable, et, pour le prouver, le

■ ministre de la Dictature citait le resultat du dernier exercice liquide de 1886-1887, avec son semestre additionnel (1).

Importations i62.ooo:ooo$ooo

Service de la Dette Ext^rieure . . . 20.ooo:ooo$ooo

Garanties d'int^rets 7.ooo:ooo$ooo

Legations, achats a I'Stranger . . . io,ooo:ooo$ooo Dividendes, loyers, int^rets, etc. eiivoyes

a l'(5trang:er 22.ooo:ooo$ooo

Total 221 .ooo:ooo$ooo

Exportations i5kooo:ooo$ooo

Capitaux importes 2o.ooo:ooo$ooo

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