S:423$ooo
Une periode de durs sacrifices allait s'ouvrir. Ce fut I'honneur de la presidence Campos Salles, specialement de son ministre Joaquim Murtinho, de n'avoir pas faibli un seul instant, bravant I'impopularite, qui arriva a l'enieute,pour mettre le Bresil a meme de se presenter le front haul devant ses creanciers. Certes, il y eut des exagerations ; des violences inutiles furent mises en pratique, des transactions discutables acceptees ; mais toutes les ombres ne furent pas d'ordre a obscurcir la grandeur des services rendus par ces deux hommes d'Etat.
Le programme a suivre ctait vaste, douloureux et de difficultes presque insurmontables.
Le fiinding-schane diminuait les engagements en or du pays, mais ne les supprimait pas ; il fallait par consequent preparer les moyens d'y faire face, et surtout de pouvoir reprendre les paiements normaux en 1901 et iqi 1 sans craindre la reproduction des embarras crees prir la chute des cours, et le developpement correspondant des differences de change.
Pour cela, il fallait trouver de suite des ressources en or, sans trop troubler le marche du metal ; il fallait augmenter ia productivite fiscale du pays, en pleine crise economique ; il fallait assurer la continuite de la politique du rachat du papier-monnaie ; il fallait creer des excedents budgetaires pour toutes ces operations et pour le relrait prevu par le contrat du 1 5 Juin i8g8.
Toutes ces exigences, inevitables et inajournables, devaient avoir une solution dans un delai court, en plein regime de retraction des achats, de diminution de recettes douanieres, par consequent, et de crise prolongee des cours du cafe, toujours deprimes par I'exces des recoltes.
Les ressources en or seraient fournies par le paiement en metal d'une fraction des droits de douane. Pour 1899, budget a vait etabli que 10 % de ces droits seraient percus de la sorte, et I'experience courante avait prouve que cette methode
regularisait les cours en evitant la presence du Tresor sur le marche a des epoques connues d\n ance, et en divisant en une serie de petits achats parcellaires, sans influence sur la cote, la demande des grosses sommes exigees par le service de la Dette, exercant par leur masse une action depressive. Cette mesure avaitdeja ete prise d'accord avec le nouveau Gouvernement, dont les pou voirs venaient de commencer le 1 5 Novembre 1 898.
Les augmentations fiscales seraient demanddesau developpement systematique et progressif des droits de consommation a I'interieur, crees par le Gouvernement Provisoire, stagnants quant a leur productivite, a cause de defauts d'application, de surveillance et d'incidence. Les droits du timbre furent augmentes et leur perception rendue plus stricte et plus severe.
Des impbts sur la consommation a I'interieur, le plus ancien etait celui qui retombait sur le tabac, puisqu'il avait ete cree par la loi du 3o Dicembre 1891. II n'avait produit que les sommes suivantes :
1892 26'4:337$ooo
1893 864:i75$ooo
1894 8i2;9i3$ooo
1895 84o:98o$ooo
i8g6 637:442$ooo
1897 i.449:S66$ooo
1898 2.671 : i20$ooo
eties previsions administratives ev'aluaient sa productivite a des sommes bien plus fortes, de 6 a 7 . 000 cowtos, au bas mot. Les droits sur les boissons, datant du 3o Decembre iSgS, n'avaient produit que les sommes suivantes :
1897 i.i2o:978$ooo
i8q8 2.578:7o6$ooo
et le Tresor supputait au double de cette demiere somme les recettes possibles, provenant de cette origine .
Les allumettes, taxees par la loi du i5 Decembre 1897, n'avaient donne que 4.535:oi3$ en 1898, ce qui etait inferieur aux calculs des bureaux de perception .
Le sel, taxe par la loi de 1897, n'avait produit que 4.763:336$ en 1898, plus ou moins ce que I'on avail prevu lorsduvote.
La loi de 1898, traduisant le plan gouvernemental d'augmentation des recettes, crea de nouvelles taxes sur les chaussures, les bougies, les drogues, la parfumerie, le vinaigre, les conserves etles jeuxde cartes.
Les diminutions de depenses, d'un autre cote, furent adoptees comme regie par le ministre des finances. Des cuirasses en voie de terminaison, en Angleterre, furent vendus. Des litres recus par le Gouvernemeni, par suite de I'accord du 18 Mai 1897 avec le Banco da Republican en verlu de la loi du 9 Decembre de I'annee precedente, furent vendus de facon a produire des fends qui augmenierent nos disponibilites a Londres .
Mais tout ceci n'etait que I'amorce de modifications bien plus profondes, qui caracteriserent des I'abord la horme financiere suivie par Mrs . Campos Salles el Joaquim Murtinho .
Pour assurer la permanence des operations de retrait de papier-monnaie et de sa valorisation progressive, le Congres vota le 20 Juillet 1899, d'accord avec le Gouvernemeni, la creation de deux fonds speciaux destines a ce service et alimentes d'une maniere automatique .
Sous le nom de fonds de rachat du papier-monnaie, on specialisait I'application des recettes provenanl : des affermages, stipules en papier, des chemins de fer federaux ; de la perception de la dette active, de toute nature, du Tresor National, y compris celle des liquidations des creances sur les banques et celle des bonus ; de toules recettes eventuelles du Tresor; des excedents budgetaires.
Sous le nom de fonds de garaade du papier-monnaic, des ressourccs etaient reunies pour le remboursement eveiituel de la circulation, fournies par : une fraction de 5 "/^ en or, percue sur tons les droits de douane ; le solde des taxes percues en or, deduction faite des depcnses elTectuees par le Tresor en metal; le produit integral de raffermage des chemins de fer federaux, dont les paiements avaient ete stipules en or ; toutes recettes eventuelles en or. Le Cheniin de Fer Central du Bresil etait exclu de toutes ces combinaisons financieres.
La situation des changes le conseillant, et d'accord avec les exigences de la circulation, le Gouvernement pourrait renforcer le fonds de rachat a\'ec celui de garantie, ou vice-versa.
Le fonds de garantie, en or ou son equivalent, serait depose a Londres : les interets s'incorporeraient au capital.
La faculte d'emettre dont jouissait le Gouvernement par les lois du 29 Mai iSyS, 18 Juin i8B5 et ■2,3 Septembre 1893, causes de tous les maux et deboires dias au\ prets faits aux banques en papier, emis sur leur demande ; cette faculte etait finalement annulee.
En prevision de crises monetaires, le Gouvernement pourrait retirer des fonds de garantie, jusqu'a 20.000 contos, papier, pour attenuer la tension du marche, par I'eiitremise du Banco da Republica ; de tels prets ne se feraient que centre caution de titres de la Dette Publique, et pour des delais non superieurs a un an, a la findesquels capital et interets seraient rembourses au fonds de garantie.
L'incineration du papier rachete devraii se faire publiqucment, et tous les mois le resume de l':tat de la circulation devrait etre public, ainsi que, tous le^ ans, la situation des fonds de rachat et de garantie, les '-ecettes correspondant ^ chacun d'eux etant spccifiees.
Le timbre fut nouvellement reglemente par loi du 3i Juillet 1899, afin d'en elargir la surface d'incidence.
La loi budgetaire du 14 Novembre 1899 augmenta le nombre d'articles soumis aux impots de consommation, et en rendit I'application extensive aux tissus, aux chapeaux, aux Cannes et parapluies.
Toutes ces innovations fiscales, et surtout Pesprit draconien des reglements qui en determinaient le mode de perception et de surveillance, causerent sur les places commerciales du Bresil un tolle general, qui alia jusqu'a I'emeute. Mais le Gouvernement, tout en transigeant sur les details, sur les attenuations de forme, sur les frottements et asperites des reglements, ne permit aucune discussion sur le fond de ces taxes, et en maintint inflexiblement les lignes caracteristiques. Ce ne fut certainement pas un de ses moindres services.
Les economies allaient bon train. Les arsenaux de guerre de Para, Bahia et Pernambuco farent supprimes.
La revision du tarif des douanes fut faite, mais ne porta que sur peu d'articles, sur le ble, notamment, importe en nature. On adopta, mesure d'efficacite discutable, la base du tarif double, maximum et minimum, ce dernier etant I'ensemble des taxes en vigueur. Cette disposition visait surtout defendre "exportation de nos produits, greves de taxes trop fortes en de certains pays d'Europe.
Le Gouvernement etait autorise des le i""" Janvier 1899, par le budget recemment vote, a convertir les emprunts interieursde i86'S (6 7o, or) et 1889 (4 7o5 or). Les negociations furenl difficiles, mais il etait inadmissible que des porteurs de titres bresiliens ne consentissent pas a des sacrifices, proposes pour les leurs pai les porteurs de titres etrangers.
II fut ainsi possible d'echanger la totalite de I'emprunt 1889 en titres papiar 1897 (6%) avec une bonification de 800$ par titre. Cette operation permit d'annuler I'emprunt de 4%, or, des le 31 Mars 1000 ; a la fin 1899 il n'y avait que 263 titres a echanger, ce qui eut lieu dans les trois mois.
Pour Tempruiit de 1868, les pourparlers furent plus difficiles; le Tresor n'offrait une bonification que dc 1:200s, et les porteurs demandaient 1 :7oo$ooo. L'accord se fit 1 24 Juillet 1899, le Tresor s'obligeant a payer les interets de ces litres avec des litres semblables a ceux du fundings et a racheter ce nouvel emprunt au lau'v fixe a f^oadres pour le funding a Pepoque du rachat. L'acccplation des porteurs de litres se fcrait moyennaiii leur signature sur les lisies envoj-ees pour les paiements d'arrerages a la Caisse d'Amortissement. Jusqu'au 31 Mars igoo, le total circulant au 'i \ Mars precedent, de 11.584:500s, fut riiduit de 4.457 :oooSooo. De la sorte, les engagements en especes diminuaient de maniere considerable .
II resultait de cette perception des impots en deux monnaies diiTerentes, la necessite de discriminer les receites et les depenses en chacune des deux series, chose que le budget courant n'avait pas encore fait. Cela fut etabli a partir de igoo, par loi budgetaire du 14 Novembre 1899.
Ces mesures devaient etre completeespar d'autres, au fur et a mesure de I'execution du plan gouverneinental, mais il faut des maintenant citer la loi de lii Dicembre 1898, defendant la circulation des coupures emises par les Etats et les Municipalites, voire meme par des particuliers, ayant par accord tacite valeur liberatoire dans des regions plus ou moins etendues. Cette plaie, causee par la misere locale, par I'esprit de lucre pousse au point de cotoyer le Code Penal, ctait fa\'orisee par le discredit general du papier-monnaie ofliciel. La loi la caracierisa comme delit, mais le budget, pratiquement, lui donna son veritable remede en ordonnant la frappe et la mise en cours de 20.000 contos de moniiaie di\isionnaire de nickel.
L'atTermage des chemini dc fer, ou meme leur alienation, etait ordonne dans le but d'employer Ic fruit de ces operations a reorganiser la circulation.
Les resultats de cette action energique se firent sentir immediatement.
La circulation fut reduite de 46.146 con los en iSgy, dont 45.000 detruits en vertu du contrat du /««i;')j(O'-/0i.7;;, i.i3o rachetes par le B.vico da Repiiblica, selon les clauses de sa charte d'organisation, et 16 coH/oi echanges centre du billon. La masse du papier commencait a diminuer, et n'ctait plus au3i Decembre iS^iy que de 733.819:423-^000.
Les chemins de fer affermes, au lieu de produire des deficits, se transformaient en sources de revenus pour le Trcsor, bien faibles encore, mais promettant de se developper.
Le Sobral, par exemple, presentait les chifTres suivants :
1896 - . . Deficit 70:6ui$23o
1897 (jujqu'aii 31 Octobre, tcrme de
I'admiiiistration ollicielle). » 62:88i$io5
1897 (du 1" Novembre au 31 Decembre) Solde 27:35i$34S
Le Baturite olFrait la perspective que voici :
1897 Deficit I77:49i$989
1898 (jusqu'au 30 Avril, terme de
radministration officielle). Soldo 3i:092$396
1898 (du I Mai au 31 Decembre) . » 4i9:478$825
Le Central de Pernimbuco suivait la meme progression :
1897 . Deficit 596:6S3$3g6
1898 jusqu'au 31) Avril, terme de
radministration officielle). » 2o5to94$929
1898 (du I IVIai au 31 Decembre) . Solde i28:6665$95o
Le commerce general du pays etait encrise. Les importations baissaient, non seulement a cause des hautes ta.ves a payer a la douane, comme par suite de la diminution de la puissance d'achat du consommateur ; les chilTres de 1 898 a 1899 tombaient dans la proportion de 3o°/o, de 563.037 contos a 374.4ij8;282.'>, difference de valeur non compensee par la legere hausse dans la valeur moyenne du change pendant I'annee, de 7 '/,,. a 7 7,;-
Le cafe continuait en baisse. Les speculateurs en profitaient pour forcer les prix, aides en cela par les lamentations excessives des producteurs, qui ne comprenaient pas que leurs doleances creaient un milieu favorable a toutes les influences depressives des cours. 11 en provint, toutefois, un rcsultat favorable dans le sens des economies culturales, et surtout dans I'esprit d'association et d'initiative, dont les nombreux congres agricoles de 1899 sont la preuve. Vers la fin de I'annee, les prix se releverent un peu, a cause de la perspective des nouvelles recoltes, et de la tendance ajj retablissement de I'equilibre rompu entre la production et la consommation.
La diminution de valeur des produits exportes fut tres grande en 1899, mais comme celle des achats avait ete encore plus forte, le solde commercial en notre faveur avait notablement progresse :
A.N.N lit;
CILVNQE
ISil'OKTATlON
EXi'OKTATlON
uit"i-"t;iit:.Nci;
7 Via
Les cours du change avaient presente pendant I'annee des oscillations curieuses. Le Tresor, ayant des engagements limites a I'ctrangcr, ne pesait plus sur la demande. La speculation, toujours active, etait aidee paries banques, qui en
profitaient. L'aspect du marche s'en ressentait et les fluctuations journalieres en donnaient la preuve. Voici les chiffres pour 1899 :
MOIS
MO VENN'S
Slots
COURS liXTKliMES
MOVEXNE
Janvier . .