LA CRISE DES BANQUES UN I9OO
Comme nous avons dcja eu I'occasion de le dire, la fusion du Banco io Brasi! et du Banco da Rcpublica dos Eslados Unidos do Brasil avail conser\'e tons les germes de destruction crecs par la gestion dcsastreuse, dilapidatoire de ces deux instituts.
Lc Banco da Rcpublica do Brasil, qui en litait resulte, avait un capital trop eleve, npn represente park valeurde son actif, avec des surchiarges insoutenables d'une part, des exagerationa de \'aleurs portees en compte de Tautre, et des immobilisations qui a>"aient rendu illnsoirc la fonction qui lui etait devolue de banque de circulation.
L'escompte en souffrit, et le commerce ne trouvait pas dans cet etablissement les fonds et Tappui, sur lesquels, normalement, il eCit du pouvoir compter.
Pour parer aux difficultes, la Banque avait eu recours au dispositif des lois de 1875, r8S5 et 1893, et le Tresor, trop souN'cnt sans discuter, lui avait fourni des resjiources creces par des emissions speciales legalement rachetables nu cours de Texercice, garanties par le depot de litres, mais, en fait, circulant bien au dela de la limite legale. Le ministre des finances, a ce sujet, allait declarer dans son rapport de 1 90 1 que de Jan\'ier 1890 au 19 Fe\Tier 1900 la somme do 260.453:200^5 avait ete emise pour subvenir aux exigences des banques, et que le rachat ne s'etait pas elevc a 20.000 conlos !...
II etait inadmissible qu'une pareille porte restiit ouverte a de nouveaux abus inflationnistes. Le Congres Pavait fermee, par la loidu 20 Juillet 1899.
La faculte d'emettre ayant ete annulee, le Banco da Republica commenca a se plaindre de disette de numeraire, attribuant a cela et non a sa propre mauvaise direction el a la situation lamentable de ses capitaux, les plaintes generales du commerce sur les difficultes de Pescompte, la disparition du credit et I'impossibilite de faire de Pargent sur les meilleures valeurs. La gene etait extreme sur la place de Rio.
Quanj au change, quoique le Banco da Republica eut essaye de rendre service au marche a plusieurs reprises, il lui avait ete impossible de le faire sur une vaste echelle et, trop souvent, il avait ete joue par ses concurrents etrangers. La chose, d'ailleurs, independamment de toute critique sur la valeur professionnelle du personnel dirigeant de cet institut, en comparaison avec celui de ses concurrents ; la chose n'etait pas difficile. Les banques etrangeres, tirant sur les disponibilites pratiquement illimitees de leurs maisons-meres, sans commission a payer, ayant une clientele assuree pour les couvertures, par les paiements des importations qu'elles etaient chargees de recouvrer et par les traites representant les marchandises exportees, pouvant ainsi fixer les meilleures epoques d'envoi de fonds en Europe, avaient loutes facilites pour faire de meilleurs termes au marche, et de les faire a leur plus grand avantage. Les conditions de la banque bresilienne etaient entierement differentes : sans clientele fournissant regulierement la couverture de ses traites, tirant moyennant une commission payable aux banques tirees, obligee a secouvrir atout prix pour ne pas avoir d'effets en souffrance, sans credits suffisants ouverts a Petranger et sans depot suffisant en Europe pour agir les coudees franches, il est evident que la lutte devenait impossible et que, in the long run, le Bmco da Republica finirait toujours par y perdre.
Aboutissant de tous les titi-es produits par Torgie speculatrice de 1 889- 1 892, sans disponibilit.is pour agir commercialemeni, luttant contre des concurrents plus forts qu'elle, ayant a leur disposition des ressources tres vastes, traversant encore, il n'est que juste de le reconnaitre, une crise de direction etcela dans une periode de dilticultcs cconomiques extraordinaires, le Banco da Republka pensait pouvoir ameliorer ses finances en agissant librement, sans controle olliciel.
L'idee de liquider sa dette envers le Tresor lui souriait autant quW radministration federale. Mais cette derniere le desirait, par esprit de S3'steme, d'abord, pour ne pas s'ingerer dans un genre d'affaires etranger aux fonctions normales d'un Gouvernement, par connaissance plus approfondie de Petatreel de solvability de la Banque, ensuite.
La creance du Tresor s'elevait a i85.586: [2t3$55o, ainsi repartis :
Soldea-editeur, d'apres le coiitrat dii lo Mai 1897 . 65.732:878$368
Emission de *o«KS ^ . 8o.ooo:ooo$oix)
Droits creditcurs sur le Banco Ilypotliecario do
lircsil 39. 853:248$ 182
Total i.".5.5o6: i2i>$55o
Apres une serie de pourparlers sur la facoil d'appliquer le texte de la loi de 1899, sur I'amortissement de cette dette de la Banque, I'accord s'etablit et fut public par decrei du 26 Fevrier 1 goo . La Banque paierait, comme solde de ses u-ansactions avec le Gouvernement, la sommede 50.000 conlos, dont25.ooo de suite et le reste en quatre traites semes:rales ;■ la creance du Tresor sur le Banco Hypothecario etait transferee au Banco da Republica. Cette derniere, dans son rapport aux actionnaires, date du niois d'Aout, proclamait les avantages de la transaction .
Le Gouvernement, au contraire, etait en butre aux pires critiques, pour avoir donne quittance d'une dette de 186.000
com/OS pour 5o, 000 a peine, dont la moitie a termes s'echelonnant sur une duree totale de deuji: ans La defense de cet acte fut faite par le propre ministre, en message sped?! au president de la Republique et dans un des chapitres de son rapport annuel. Son principal argument, theoriquement inattaquable, etait que la dette ne valait pas ce que Ton disait, mais le vaudrait dans i8 ans pour la somme de I45.732:878$368 due par la Banque, et dans 22 ans pour celle du Banco Hypotltecari'o, montant a 39.853:248$i82
Le chiffre adopte pour solde de transactions representait done I'escompte de la dette, sa valeur actuelle a interets composes de 6%. Le Gouvernement a'avait eu, par consequent, qu'a realiser ce qui avait ete etabli par Taccord de 1897.
L'argument etit ete parfait pour un negociant, oblige a gerer ses fonds dans les delais,loujours courts, d'une existence humaine, et faisant valoir son argent commercialement de maniere a permettre la capitalisation des arrerages. II etait bien moins convaincant, produit par TEtat, dont la fonction normalc n'est pas de faire cju commerce, et dont la duree perpetuelle diminuait, dans la liquidation de ses affaires, la valeur de Pelement — temps — , puisqu'il lui etait toujours loisible d'attendre le remboursement, chaque fois plus facile au fur et a mesure du raffermissement financier du debiteur.
D'autres critiques, plus serieuses et de portee plus rapprochee, eussent pu etre formulces, mais I'accord intervenu entre les parties contractantes nc semblait pas leur donner marge .
Ainsi, les difficulties successivcs de I'escompte, qui avaient donne motif aux lois de 1875, i885 et iSg'i, etaient causees, selon I'opinion geniralement admise, par un resserrement de la circulation. Comment allait-on, pour une banque deja compromise par ses immobilisations irrealisables, diminuer de 25 .000 contos, de suite, et d'une somme egale dans un dclai assez court, les ressources destirjees a cette operation cornmer-
dale ? L'observation est d'autant plus fondee que, :ui moment critique, la demandc; do subsides fondes sur remission fut exactement du meme ordre de grandeur que les versements ordonncs par I'accord de Fcvrier : 50.000 coulos fut la limite prevue par la Banque pour I'emprunt qu'elle sollicilait, et qui d'ailleurs lui fut refuse. Entamcr, d'une facon aussi sensible, les disponibilitis dc cct etablissement etait done courir au devant d'une crise, et telle cut du etre la principal objection pour ceux auxquels la perspective faisait peur, EUe ne fut pas articulee, neanmoins, et I'explication logique du fait reside en ce que I'assentiment du bureau de direction de la Banque elle meme, acceptant Paccord, semblait repondre d'avance a la critique, en faisant croire a I'inanitc de la crainte. Ce fut une des nombreuses preuves de la faiblcsse profcssionnelle de Tadminisiration financicre de cetinstitula cette epoque.
De meme, le Gouvernement ne donnait pas publicite, et ne pouvait la donner, aux motifs reels de cette cessation de rapports entre le Trcsor et Lx Banque. Outre les raisons doctrinaires de non intervention, la connaissance exacte de la situation financiere du Banco da Republican que les bilans n'exposaient que de maniere incomplete, portait le ministre a vouloir limiter les pertes du Tresor en liquidant, meme avec de grandes reductions, ce qu'il etait possible de sauver dans la debacle possible de Petablissement debitein-. Les consequences de ce retrait de fonds sur les disponibilitcs olfertesa I'escompte ne furent pas prevues, et, en ce sens, il est permis d'alFirmer que le Gouvernement est le responsable de la tempete qui cclata au mois de Septembre suivant.
Fut-ce un bien? fut-ce unmal: Quelquc sympathic que nous ayons pour ceux qui restcrentsbuslesdccombres, \ ictimes parfois de foutes qu'ils n'avaient pas provoquce; ou meme qu'ils avaient combattues ; au risque de paraitre insensible et dur, nous devons loyalement confesser notre profonde
conviction que, dumentpeses les m.iux et les avantages, la debacle desbanquesde 1900 produisit des resultats eminemment bienfaisants.
L'assainissement economique et financier de la place de Rio, celui des principaux marches en rapport avec celui-la, etait a ce prix.
Que I'on considere les folies faites par la speculation, fouettee par les emissions de 1 890- 1 892 ; les erreurs formidables commises par la sorte de deli re lucide des directions de banques de cette periode ; les immobilisations presque absolues en valeursirrealisables des capitaux des instituts de circulation ; I'echouement de presque tous ces titres aux deux banques principales du pa^'s, soit par emploi de leurs propres fonds, soit par liquidation de creances ; la grande, I'impardonnable faute de 1892, Pillegalite de la fusion du Banco do Brastl avec le Republicj, sans revision raisonnable des apports, sous le point de vue de verifier leur valeur reelle ; les calamites causees par la revoke de i8q3 et la guerre civile du Rio Grande; la prolongation des rapports entre le Tresor et la Banque, rapports prejudiciels a tous les deux, surtout au premier ; le capital excessit du nouvel institut, meme avec la reduction ordonnee par le precede critiquable de I'amortissement de denes par I'acceptation en paiement des propres titres du creancier ; les dividendes excessifs, payes on ne sait trop comment, sur un capital trop fort, dividendes ayant exige 54.000 contos en pres de sept ans ; que Ton considere tout cela, et que I'on dise si la situation de la Banque et celle du marche de Rio n'etaient pas entierement artificielles, tablant sur des chiffres et des previsions absolument en discordance avec la realite des choses, leur valeur commerciale, leur probabilite de developpement ! . . .
Quelque douloureuse qu'ait ete la faillite des instituts de credit de Rio en 1900, surtout dans leurs manifestations et repercussions individuelles, cette crise fut foncierement bienfaisante, car elle fut le fruit d'une force irresistible agissant en vue
du retablissement de Tequilibre financier et economique du pays.
Mais, comme toute force de la nature, aveugle et dominatrice, elle sema de morts et de blesses le theatre de son action .
Les consequences du reglement des coniptes entrfi le Triisor et Ic Banco da Rcpublica se firent sentir sans retard.
Au mois de Fevrier 1900, pendant que Ton negociait I'accord, la faiblesse monetaire de la Banque fut telle, qu'elle demanda secours au Gouvernement; et celui-ci diiposa dans ses caisses, pour les renforcer, 10.000 coiilos en billets du Tresor a court terme, et 3^ permit le dep6t des soldes des principaux bureaux centraux de perception dans les Etats. Peu apres, en Juin, le meme resserrement se fit sentir, plus grave cette fois-ci, el en Juin le Tresor lui preta £ 600.000, qui ne durerent que juste le temps indispensable pour etre transferees aux banques etrangeres, speculant sur le change. Celles-ci, en ellet, avaient eu vent du pret fait par le Gouvernement, et, pour en profiter, menerent une campagne de. hausse qui porta en Juillet le papier sur Londres a 90 jours a 14''/, ;le Banco da Republica, piteusement dirige, ne sut pas comprendre la situation, accompagna la hausse et, somme de s'executer aux echeances, dut ceder ses disponibilites metalliques. Le mois suivant, les cours redescendaient a 9 Vail est clair qu'avec une pareille direction, les aliaires de retablissement ne pouvaient qu'empirer. Aussi, trois mois plus tard, en Septembre, la Banque declara au ministre que la situation etait tellement desespcree, que, seule, une emission pouvant monter aSo.ooo conlos parviendrait a conjurer la faillite. Le president dela Banque, voulant se justifier plus tard de sa gestion inconsidcree des capitaux qui lui avaient cte confies, montra ignorer jusqu'au regime legal des emissions, puisque ces operations, londees sur les lois de 1S75, iSS5 et 1893, etaient defendues depuis 1899.
Cela lui fut posltivemeat declare au cours de la reunion pleniere des premiers jours de Septembre, tenue entre le Gouvernement, le president de la Banquc et quelques membres du Congres Federal, specialistes en cette matiere. Le Tresor offrait d'appliquer la loi de 1899, '^'^ prcter encore a la Banque £ Soo.ooo, et de demander au Parlement I'autorisation de lui cn fournir £ 400.000 de plus a Londres, portant ainsi a £ i.3oo.ooo le total de cette operation de credit.
La Banque refusa cc genre d'aide, insistant toujours sur remission de papier, a laquelle le Gouvernement ne pouvait, ni ne devait consentir. Cette insistance se renouvela encore une fois, et devant un nouveau refus, la seule solution trouvee par les directeurs de Tetablissement fut de declarer au ministre leur propre inaptitude a suggerer les moyens de sauver cet institut de credit, et qu'ils cederaient la place a la personne que le Gouvernement trouverait capable de mener a bien la reorganisation de la Banque. Le ministre, ayant declare que, au cas ou la Banque comme societe anonyme accepterait un nom propose par le Gouvernement, il prcsenterait celui de I'un des directeurs de la Brasilianische Bank fiir Deutschland, Mr. Otto Petersen, celui-ci fut invite a faire partie du bureau de direction, et manil'esta Topinion que les dillicultes pouvaient etre vaincues avec I'aide officielle. Effectivement, le lundi, 10 Septembre, date fixee par le president de la Banque pour le depot du bilan, les guichets s'ouvrirent et les transactions se firent normalement.
La situation, neanmoins, etait on ne pent plus delicate, et le moindre incident pouvait dechainer une panique.
Ce fut a ce moment qu'une campagne de savantes indiscretions commenca, laissant entrevoirle manque d'harmonie entre les vues du Gouvernement et celles du Banco Republica ; le mardi 1 1, les retraits de fonds s'accentuerent. Le lendemain, 13 Septembre, la nouvelle futpubliee que des Tavant-veille le president de la Banque avaitsigne sa demande de demission, et s'en