LES FRANÇAIS SUR LA COTE DE L’ADRIATIQUE
d’être un intermédiaire actif entre le gouvernement anglais et la Porte ; il prépara peu à peu un faisceau d’hostilités contre l’empereur Napoléon.
Le gouvernement français pouvait s’en douter, il connaissait Ali ; il ne tarda pas à s’en apercevoir. Dès le i4 janvier 1808, Champagny se plaignait à Sébastiani des « mauvais procédés » d’Ali. Les Anglais menaçaient déjà Corfou, et, maîtres de la mer, pouvaient intercepter tous secours venus d’Italie ou de France. L'amiral Gantheaume devait essayer de franchir leurs lignes ; mais son succès était douteux, et Corfou pouvait être bientôt bloquée, avant d’avoir clés ressources pour un long siège. Cette récente conquête de Napoléon lui était disputée aussitôt qu’occupée. Il y attachait du prix et 11e voyait d’autre moyen de la soutenir que de faire passer des troupes de Dalmatie et Cattaro le long de la côte albanaise. Mais justement cette route de terre ferme était à la merci du pacha de Janina.
Sébastiani fut chargé d’intervenir auprès du gouvernement ottoman. « Si les Anglais attaquent Corfou, écrivait Champagny, et s’ils coupent les communications de cette île avec l’Italie, la Forte peut-elle obliger Ali-pacha à approvisionner la forteresse et à protéger le passage du courrier et des troupes par la terre ferme? Il ne faudrait que 4 à 5 000 hommes pour secourir Corfou ; leur passage pourra-t-il s’effectuer librement? Il y faut des garanties de la Porte... Il ne suffît pas qu’elle ait à cet égard de bonnes intentions ; on n’en doute pas ; mais a-t-elle des moyens sûrs de contraindre Ali-pacha à faire sa volonté? Voudra-t-elle prendre et pourra-t-elle tenir l’engagement d’obliger ce vizir à suivre l’intérêt de la France?.. Sa Majesté désire connaître les dispositions de la Porte et surtout l’étendue de son pouvoir1. »
Le danger devient plus pressant de jour en jour ; les Anglais menacent Corfou qui n’est pas encore pourvue des ressources indispensables. Sébastiani reçoit des instructions plus précises. Il faut assurer, contre les Anglais, le passage de 6000 hommes de Cattaro à Butrinfo. Il faut obtenir de
1 . Alt', ctr. Corr. de Turquie, Champagne à Sébastiani, 1 '1 janvier 1808.
la Porte des firmans pour forcer le pacha de Janina et les autres pachas de l’Adriatique: i° à fournir du hlé, du riz, des bœufs pour l’approvisionnement de Gorfou ; 20 à favoriser pendant tout le siège l’approvisionnement de la place et ses communications; 3“ à établir des stations de chevaux de Caltaro à Butrinto pour qu’un officier puisse y aller en trois ou quatre jours. — Si les Anglais débarquent à Corfou, le général français de Caltaro le saura quatre jours après: il faut que les ordres de la Porte soient si précis qu’une division française puisse être portée en dix jours de Caltaro à Butrinto. — Il faut préparer les mêmes facilités et les mêmes secours pour l’île de Sainte-Maure. — Il faut demander à la Porte de couvrir de batteries et de garder fortement la pointe de Butrinto : si le général français avait besoin de 1 5oo hommes de cavalerie turque pour achever la déroute des Anglais et les empêcher de se rembarquer, la Porte les mettrait à sa disposition : « Faites entendre, écrit Champagny à Séhastiani, combien Sa Majesté aurait lieu de se plaindre d’un refus. » Les firmans obtenus, Séhastiani expédiera un officier à Janina et Corfou, écrira aux pachas de Janina, de Sculari, de Vallona, à Marmont. L’officier envoyé à Janina restera en Albanie pour assurer les relais et la fourniture des vivres. Le paiement sera garanti par des lettres de change sur Venise, signées du gouverneur de Corfou et payables à Venise à l’ordre du pacha de Janina'.
Sébasliani n’avait pas beaucoup de confiance dans la bonne volonté de la Porte qui croyait avoir tant à se plaindre de la conduite de la France à son égard. « Cette cour, ménagée et soutenue, écrivait-il le 12 février, aurait montré un dévouement sans bornes. Abandonnée, elle n’aura plus de vœux à remplir. » Il espérait pourtant que les ministres du sultan chercheraient encore par quelque complaisance à mériter l’estime de Sa Majesté1 2.
En effet, tout d’abord, la Porte ne fit aucune difficulté pour le passage des troupes : Ali fournirait les vivres pour
1. A(T. étr, Corr. de Turquie, Champagny à Sébasliani, 22 janvier 1808.