‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 117 sur 201 · Id., id., Dépêche de Sébastiani, 5 mars · texte numérisé non relu

Id., id., Dépêche de Sébastiani, 5 mars

Dhiault. — Napoléon. 18

S’jh IA POLITIQUE ORIENTALE DE NAPOLEON

laisser ignorer à Votre Excellence que l'exécution des coin mandements du sultan dépendra en grande partie de l'habileté et de l'esprit de conciliation que sauront employer le" généraux français chargés de traiter directement avec ce> pachas; je ne manquerai pas de les en avertir. Le peuple turc et son gouvernement ne ressemblent à aucune nation européenne et il faut employer avec eux des ménagements sans nombre. » Du moins, l’ambassadeur, ce jour-là, comp tait-il absolument sur les bonnes dispositions du sultan et du nouveau caïmacan, et il concluait par celle leçon: « La France, en protégeant la Turquie contre les entreprises des Russes, régnera en souveraine à Constantinople, cl, sans les craintes et les soupçons que donne au peuple l’union de S. M. avec l’Empereur de Russie, je n’aurais eu aucune difficulté dans mes dernières négociations. Je n’ose prévoir ce qui arriverait ici si Sa Majesté jugeait à propos de favoriser les Russes aux dépens de cet empire : le Seïman-bachi, chef des janissaires, m’a dit toute la peine qu’il avait à maîtriser le peuple '. »

Quelques jours après, tout était à recommencer. La Porte ne s’était point pressée d’expédier en Albanie un capidjibachi ; le mufti elle reis-effendi Halet avaient agité le peuple; quelques ortas de janissaires s’étaient réunies à l’Etmeïdan, lieu ordinaire de leurs rassemblements en cas de révolte. Le lendemain, le caïmacan était déposé, et c’était une perte irré parable pour le parti français dans des circonstances aussi critiques. Sébasliani courut à la Porte; on lui promit que le capidji-bachi partirait le lendemain ; mais le caïmacan le prévint que ce capidji avait des ordres pour aller lentement et faire échouer les opérations qui lui étaient confiées. Car beaucoup des chefs janissaires demeuraient persuadés que le ravitaillement de Corfou n’était qu’un prétexte pour introduire des troupes en Albanie et Morée et pour s’emparer de ces provinces. D’autres intrigues se nouaient pour une négociation séparée avec la Russie ; et le gouvernement russe, selon Sébastiani, ne paraissait pas éloigné d’y consentir; il

J . ÀfT. étr. Corr. de Turquie, Sébastiani à Champagny, 5 mars 1808.

LES FRANÇAIS SLR I.A COTE DE I.’aDRIATIQLE

entretenait des rapports fréquents avec les chefs de la Rom mélie, et dans ces rapports la France n’avait pas à se louer de l’amitié de la Russie. /V Constantinople et dans toute l’étendue de l’empire turc, la France était regardée comme une alliée infidèle qui avait trahi la Sublime Porte, et la Turquie avait désormais plus de haine contre la France que contre la Russie. Car toutes les dépêches de l’ambassadeur à Paris, Muhib-effendi, ne parlaient que de l’éloignement de la France pour la Turquie et de son étroite union avec la Russie1. Constantinople, sous le coup de ces nouvelles, était dans un véritable état d’insurrection.

Les généraux français qui commandaient dans la région de l’Adriatique étaient loin d’avoir pour les pachas du pays, et notamment pour Ali, les ménagements que leur recommandait Sébastiani. Le 20 février, César Rertbier adressait au pacba de Janina une lettre fort brève : il avait besoin de 12000 kilogrammes de blé, de 3 000 kilogrammes d’avoine et de Goo bœufs ; il n’admettait pas les réponses évasives d’Ali et exigeait une livraison immédiate. — Butrinto avait été cédé à la France par de solennels traités ; Ali devait en faire la remise aux troupes françaises avant le lundi ior mars; sinon, le général serait forcé d'agir de vive force. 11 attendait ' par le retour du porteur une réponse catégorique sur ces deux points. Il n’obtint pas la réponse qu’il exigeait de façon si hautaine, et dès lors les Français de Corfou se. trouvèrent véritablement en état de guerre avec le pacha de Janina.

La Porte s’en désintéressa de son mieux, elle avait d’autres préoccupations. En fait, le passage des troupes françaises de Cattaro à Butrinto ne fut pas accordé. Les pachas et les populations de l’Adriatique s’y montrèrent passionnément hostiles ; on ne put leur arracher leurs soupçons sur les ! secrètes ambitions du gouvernement français. Quatre officiers français de l’armée de Dalmatie, porteurs de dépêches poulies pachas de Scutari, de Bérat et de Janina, cl chargés de préparer le passage d’un bataillon d’infanterie légère à desli

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