LES FRANÇAIS SIR LA COTE DE I.’ ADRIATIQUE
service de mon souverain et de ma patrie. Si cette dernière tentative échoue et si je n’en suis pas victime, je partirai de Constantinople avec l'idée consolante de n’avoir rien négligé et- d’avoir tenté tous les moyens qui sont au pouvoir de l’humanité1. »
Le succès fut complet et rappela en quelque manière à l’ambassadeur quelques-uns des meilleurs moments qu’il eût passés à Constantinople2. Le reis-elTendi mit tout en œuvre pour empêcher la conférence de Sébastiani avec les janissaires ; elle eut lieu néanmoins. « Les chefs des janissaires, écrivit aussitôt Sébastiani, m’ont quitté persuadés qu’on les avait trompés et me promettant d’agir sur le peuple pour le disposer favorablement. » Les résultats obtenus lurent en effet extraordinaires. Le reis-eflcndi fut déposé et remplacé provisoirement par un caïmacan bien disposé à l’égard de la France. La Porte se déclara toute prête à répondre aux désirs de l’Empereur, et le sultan Mustapha en écrivit immédiate ment une lettre personnelle à Napoléon. Un capidji-bachi ou commissaire fut désigné pour se rendre à Janina et Scutari, préparer l’approvisionnement de Corfou et de Sainte-Maure et faciliter le passage entre Cattaro et Butrinto. « La Porte, annonçait Sébastiani à ce sujet, ne doute nullement que les pachas se soumettront à tout. » Il est vrai qu’elle ne pouvait pas avouer le contraire. Deux aides de camp de l’ambassadeur, MM. de Traci et de Coigny, devaient partir aussi pour l’Albanie. Les ministres ottomans promettaient de faire toute hâte; Sébastiani était résolu à ne pas leur permettre de se ralentir. Cela lui rappelait, presque exactement un an après, le temps où il excitait l’enthousiasme des Turcs et armait les murailles de Constantinople pour éloigner les Anglais.
Les firmans de la Porte étaient rédigés en termes très nets. Elle écrivit aussi au nom du sultan à Ali-pacha et à ibrahim, pacha de Scutari. « Le gouvernement fait ce qu’il peut, écrivait Sébastiani ; mais ses ordres sont adressés à des gouverneurs plus ou moins indépendants, et je ne dois pas
1. À(T. étr. Corr. de Turquie, Dépêche do Sébastiani, 36 février 1808.