Id., id.. Dépêche de Sébastiani, 19 avril
FIN DE L’AMBASSADE DE SÉBASTIAN
C’est au milieu de cette crise que Sébastian! reçut enfin l’autorisation de rentrer en France. Elle lui fut adressée par une lettre de Champagny, en date du 17 mars : il devait remettre la conduite des affaires à M. de Latour-Maubourg et ramener avec lui à Paris M. de La Blanche, dont l’Empereur attendait des renseignements sur la Perse. Il était invité à donner à la Porte les meilleures paroles ; il devait présenter son voyage à Paris comme un moyen de mieux défendre les intérêts ottomans auprès des négociateurs de la paix. « Vous pouvez même faire remarquer, écrivait le ministre que, si la Russie occupe encore la Moldavie et la Valachic, de son côté l’Empereur n’a pas évacué la Prusse, et qu’avec iboooo hommes sur les bords de la Vistule il est plus à portée de favoriser les intérêts de la Porte que la Porte ellemême qui a à peine 4 000 hommes à Andrinople1 ». C’était la première fois que le gouvernement français rassurait aussi sérieusement la Porte et découvrait une légère indication de sa politique générale, de sa volonté de ne pas permettre que la Russie recommençât les hostilités contre les Turcs.
Le gouvernement turc dut s’en montrer satisfait, d’autant mieux qu’au terme de l’armistice de Slobodzié, la lutte en effet ne fut pas renouvelée sur le Danube. 11 resta inquiet sur les négociations de Paris, mais il se tranquillisa quelque peu au sujet de la situation militaire. Et Sébastiani fit ses préparatifs de départ au milieu d’une accalmie relative. Il | emporta une lettre de Mustapha IV à l’Empereur où le sultan exprimait l’espérance qu’en effet l’ambassadeur pourrait mieux à Paris hâter la conclusion d’un traité de paix avantageux pour la Porte et pour l’amitié qu'elle désirait conserver à la France. La séparation de Sébastiani et du divan fut cordiale; le sultan lui donna un cheval richement capara- 1 çonné, une boîte enrichie de diamants pour Champagny, l’assurance que la Porte resterait fidèle au système français.
L’ambassadeur fut instantanément remis sur pied par la nouvelle de son rappel ; sa santé se rétablit comme par miracle. 11 quitta Constantinople le 27 avril. 11 était le 4 niai à
1. Corr. de Turquie, Dépêche de Champagny, 17 mars-3 avril 1808.
Bucharest ; il y entretint un moment avec le maréchal Prosorovitch les relations les plus agréables, obtint de lui des facilités pour le commerce français avec la Turquie le long du Danube, et se remit en route avec une hâte joyeuse, sans crainte de se fatiguer : « Je marcherai rapidement pour rejoin dre Sa Majesté et mettre à ses pieds mon respect et mon dévouement. Si j’ai le bonheur de trouver mon auguste maître à l’armée, je donnerai avec empressement pour son service une vie qu’il a comblée d’honneurs et de biens. Je dois tant à Sa Majesté que je ne sais comment pouvoir lui exprimer ma reconnaissance respectueuse. Que Votre Excellence soit mon interprète; les bienfaits de Sa Majesté ont dans tous les temps surpassé mes désirs, mes espérances et mes vœux. Je suis l’ouvrage de sa bonté ; je consacre mon existence à chercher de la mériter 1 . »
Il revint par le sud de l’Allemagne. Il arriva à Paris le- 12 juin. L’Empereur et Champagny étaient alors à Bayonne. M. de La Blanche reçut de là l’autorisation d’aller passer quelque temps dans sa famille, « Sa Majesté n’ayant pas. actuellement le temps de s’occuper de la Perse2. » L’Empereur n’avait pas non plus le temps de s’occuper de la Turquie ; il regardait vers l’Espagne : elle allait retenir son attention plus longtemps qu’il ne le croyait.
1. Aff. ctr. Corr. de Turquie, Dépêche de Sébastiani, de Bucharest. 5 mai 1808.