I. — Les travaux de la mission Gardane
La mission Gardane avait été envoyée en Perse avant la bataille de Friedland et le traité de Tilsit. Elle avait étéconçue par Napoléon comme une diversion contre la Russie, comme un élément de son grand plan de campagne de 1807, et ensemble comme une menace contre l’empire anglais de l’Inde.
Quand elle arriva en Perse après un long voyage, elle s’efforça en effet d’exciter les Persans contre la Russie et elle entretint les hostilités dans la région du Caucase ; elle donna même aux troupes de Feth-Ali, autant cpi’elle le put, les moyens de lutter mieux contre les généraux russes; ainsi elle fut en contradiction absolue avec la politique nouvelle de l’alliance franco-russe. Cela s’explique en partie par l’éloignement du pays où elle agissait et par la lenteur et la difficulté des communications avec l’Europe ; cela s’explique aussi par la pensée que garda Napoléon de contenir partout la Russie et d’entraver ses moyens d’action contre la Turquie ; dans le même temps, il détournait son allié le tsar sur la Suède. Elle confirme tout ce que nous avons observé à cet égard dans la politique européenne de l’Empire et prouve à son tour que la Russie demeura la rivale et non vraiment l’alliée de la France. — D’autre coté, elle étudia les moyens d’envahir les Indes orientales et fit tous ses efforts pour y entraîner le gouvernement de Téhéran ; elle n’y réussit pas. Du moins, elle inquiéta les Anglais et les obligea à porter leur attention au delà de la Méditerranée, hors de l’Europe, non pas autant que Napoléon l’eût désiré.
Son activité la plus grande se place au milieu de l’année 1808, dans le temps où Sébastiani était obligé, par les circonstances autant que par la maladie, de quitter Constantinople, c’est-à-dire dans le temps où le grand système napoléonien qui liait à l’empire français la Turquie et la Perse, sur une gigantesque ligne de l’ouest à l’est, était déjà compromis par le milieu ; en sorte que la mission Gardane se trouva de