PREMIÈRE ACTION DIPLOMATIQUE DE SÉBASTIANI
■extraordinaire ottomane, le Divan était assiégé par les sommations des ministres anglais et russe, cpii le mettaient •en demeure de « choisir hic et nunc » entre la France et les puissances alliées. Constantinople allait être pendant quelques mois l’un des points de rencontre des influences rivales: la Forte elle-même avait besoin de se sentir soutenue par un représentant autorisé de Napoléon.
Sébastiani arriva à Constantinople le 9 aoêil 1806, après un voyage que la chaleur excessive avait rendu très pénible, particulièrement pour M"ie Sébastiani1. Il fut l’objet d’une magnifique réception ; le grand vizir, le reis-effendi lui firent aussitôt cadeau de chevaux superbes; une maison de campagne fut mise à sa disposition pour y passer l’été. Les ministres d’Angleterre et de Russie ne manquèrent pas de se plaindre de ces honneurs extraordinaires qui n’étaient pas conformes aux habitudes diplomatiques.
En vérité, la Forte se sentait toute réconfortée par la seule présence de l’ambassadeur de France. « Elle n’attendait, dit Sébastiani, que le moment de secouer le joug et de se montrer une puissance indépendante2. » Le 2 4 août, avant même que Sébastiani n’eût été reçu par le sultan, les princes de Moldavie et de Valachie étaient destitués : Morousi était remplacé par Callimachi, etûpsilanti par Alexandre Sou tzo. Ils étaient les instruments de l’influence russe, les agents actifs de la désagrégation de l’empire ottoman par la renaissance chrétienne ; ils étaient puissants même au divan, où ils jetaient l’or à pleines mains ; ils méditaient une révolu lion dans l’empire; toute la population de religion grecque y était préparée ; le premier signal en avait été donné en Serbie; les autres provinces devaient suivre. Derrière eux, le gouvernement russe poursuivait ses ambitieux desseins. Aussi Sébastiani triomphait il de celte énergie delà Forte: « C’est hier, s’écriait-il , que la Forte est sortie réellement de la tutelle et de l’ascendant russe, qu’elle a repris son ancien système et qu’elle a adopté les mesures nécessaires cà son salut. »
1. AIT. Etr., Corr. de Turquie, Sébastiani àTallejrand, 22 août 180O.