‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 152 sur 201 · Id., 2 4 août · texte numérisé non relu

Id., 2 4 août

LA RIVALITE ANGLO-FRANÇAISE EN PERSE

ses excellentes relations avec Champagny; « elles nous ont charmé au point que notre cœur, tel qu’un oiseau attiré par un appât enchanteur, est pour ainsi dire devenu la proie de Votre Excellence, et que notre amitié pour Elle n’est plus susceptible d’être dépeinte ». Il terminait en espérant que cette cordiale correspondance ne manquerait pas d’assurer l’évacuation du territoire persan par les Russes. — Gardane n’était pas dupe de toutes ces métaphores, et remettait aussitôt les choses au point. 11 affirmait que dans les rapports d’Ismaël-bey ou de Mirza-Chefy, « tout n’était pas absolument véridique... Malcolm est peut-être retourné dans l’Inde, mais non les vaisseaux anglais, qui sont toujours dans le golfe Persique, avec Jones* ».

L’amitié de la France et de la Perse résista à ces premières menées des Anglais, mais non aux attaques des Russes. Gardane ne put vaincre cet obstacle.

Les hostilités entre les Persans et les Russes, d’ailleurs interrompues de fait depuis de longs mois, cessèrent officiellement au mois de février 1808. Ce lut le premier résultat du traité de Finkenstein et de la mission de Gardane. Le général russe comte Goudovitch admit l’ouverture de négociations avec le gouvernement de Téhéran, et il en précisa aussitôt les bases : la Russie exigeait pour frontière entre les deux Etats la ligne de la Koura, de l'Araxe et de l’Arpa-Tchaï ; il demandait que les pourparlers fussent [ activement poussés, menaçant de reprendre bientôt les hostilités si les Persans cherchaient à traîner les choses en ; longueur.

Feth-Ali veut justement gagner du temps, puisqu’il compte sur l’intervention de la France; il veut recouvrer la Géorgie;

: à cette seule condition, il consentira à préparer l’expédition de l’Inde; il le déclare et le répète sans cesse à Gardane. 11 admet d’ailleurs qu’il faille plusieurs mois pour que l’action de Napoléon se fasse sentir.

Le 2 juin arrive à Téhéran le lieutenant-colonel russe baron de Wrede; il est reçu avec courtoisie, renouvelle énergi-

. Corr. de Perse, 26 août 1808.

quemenl lus propositions de sou gouvernement. Le schah est disposé à s’en remettre à la médiation de Napoléon, cpii s’exercera à Paris entre l’ambassadeur russe Tolstoï et l’ambassadeur persan Asker-khan. Et Mirza-Chefy écrit en ce sens à Cbampagny : « Voici le temps où les engagements que Sa Majesté a contractés avec notre gouvernement doivent recevoir leur exécution. » Il demande qu’une négociation soit ouverte à Paris sur celte base que chacune des puissances contractantes rentrera en possession de son ancien territoire. En attendant, un armistice va être négocié à Téhéran entre Gardane et le lieutenant-colonel de Wrede. Il sollicite une réponse rapide, et « la prompte guérison du mal de l’attente1 ».

Un armistice d’un an fut en effet signé quelques jours après par Gardane et de Wrede. On dirait la répétition exacte de ce qui se passait en Turquie quelques mois auparavant.

Le 4 août, le chancelier Roumiantzov écrit à Goudovitcb : l’Empereur de Russie refuse de ratifier un armistice d’un an, beaucoup trop long ; il laisse le général juge du moment opportun pour reprendre les hostilités. Il refuse aussi d’admettre la médiation de la France et la négociation à Paris, à cause des trop grandes distances : cela a été réglé à Saint-Pétersbourg aveq l’ambassadeur de France. Il n’admet pas la moindre discussion sur la question de la Géorgie, qui est possession russe. Des prétentions avancées par la Perse sur cette province, l’empereur Alexandre est en droit de conclure que le dessein de la Perse est de continuer la guerre, qu’elle ne demande une trêve d’un an que pour réunir contre les troupes russes des forces qu’aujourd’hui elle n’est certainement pas en état de leur opposer. 11 est évident que l’intérêt de l’Empereur est de ne pas le souffrir. Il préfère donc autoriser Goudovitch à continuer la guerre, plutôt que de la suspendre un an pour être obligé alors de la reprendre avec désavantage 2.

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