‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 153 sur 201 · Correspondance de Perse, icr-2 juin · texte numérisé non relu

Correspondance de Perse, icr-2 juin

2. Id., 4 août 1808: de Saint-Pétersbourg, Roumiantzov à Goudovitch.

LA RIVALITÉ AÎÎfeLO-FRAÏÎÇ AISE EN PERSE

Le problème qu’avait à résoudre Gardane était propremenl insoluble. II y lit pourtant de louables efforts, tenta du moins d’éviter tout accident grave, qui compromettrait le grand dessein de l’expédition sur l’Inde. Il fut du reste laissé pendant bien longtemps à ses seules réflexions, sans nouvelles de Paris. 11 fit de son mieux.

Le 21 août, sur demande du vizir, il remit à la cour de Téhéran une note officielle ainsi conçue : « Le soussigné s’offre pour garant que, jusqu’à l’arrivée des réponses de la France et de la Russie, les Russes ne feront aucun mouvement hostile ni rien qui puisse troubler les relations des deux empires, pourvu que les troupes persanes s’abstiennent de toute hostilité et que Sa Hautesse observe fidèlement toutes les clauses de son traité d’alliance avec Sa Majesté l’Empereur des Français, roi d’Italie, et qu’elle continue la guerre contre les ennemis communs des deux empires. Mais si, contre toute attente, les troupes sous les ordres de M. le maréchal Goudovitch recommençaient les hostilités contre les Persans avant que les réponses de la cour de France fussent parvenues à Sa Ilaulesse, le soussigné s’engage à faire connaître ; l’état des choses à son auguste souverain, afin que Sa Majesté Impériale et Royale, instruite des événements, puisse en exiger nue réparation éclatante1. »

Le 23 août, le premier vizir d’Abbas-Mirza s’engage, au nom de son maître, à empêcher tout dommage aux Russes et \ aux pays qui sont en leur pouvoir, et il ajoute : « Je jure devant Dieu que, si l’engagement que je viens de prendre n’est pas rempli dans toute sa teneur, je me soumets à souffrir les punitions et les supplices que Sa Ilaulesse jugera à propos de m’infliger. »

Cependant la cour de Téhéran commence à perdre patience, sentant le proche danger d’une nouvelle attaque de la Russie. Mirza-Chéfy rédige, le 2 4 août, le « Résumé des ordres et recommandations faites de vive voix par Sa Hautesse l’Empereur mon auguste maître, à Son Excellence M. le Général Gardane-khan, le modèle des grands qui professent

i. Correspondance de Perse, 21 août 1808.

la religion du Messie, auquel Sa Hautesse elle-même a adressé les paroles suivantes : — Nous avons rappelé les sentiments d’amitié échangés, la promesse de l’empereur Napoléon de faire rendre à la Perse les territoires occupés par les Russes,, les bonnes dispositions du gouvernement persan à attaquer l’Inde. Nous avons pris la résolution suprême de délivrer l’Inde du joug de l’Angleterre. Nous avons établi des rapports avec les princes du Sind. Nous avons préparé l’occupation du Khorassan. Nous avons chassé les Anglais du golfe Persique. Nous avons contracté amitié avec le sultan de Constantinople, quoique jamais auparavant nous n’ayons eu aucune liaison avec lui. Nous avons fait taire nos légitimes prétentions sur Bagdad et l’Irak-Arabi. Nous avons cessé les hostilités avec les Russes, selon le désir de la France, quoique désormais nous ayons de ce côté des troupes bien armées et exercées. — Nous attendons toujours l’effet des promesses de l’empereur Napoléon. — Que veut-il donc? — Les armées persanes sont réduites à l’inaction ; les Afghans se rapprochent de l’Angleterre; le Khorassan est troublé; les Wahahites sont séduits par l’or anglais. — Qu’il mette donc de la célérité à faire évacuer le territoire persan par les Russes. Sinon, nous ferons nos affaires nous-mêmes. Toutes ces lenteurs excitent une certaine inquiétude dans notre cœur'. »

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