‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 161 sur 201 · I. — Baylen · texte numérisé non relu

I. — Baylen

L’année 1807 avait été pour Napoléon l’année du grand dessein oriental; l’année 1808 fut pour lui, plus qu’il ne

l'au rail voulu, celle des affaires d’Espagne. Il croyait qu’elles le retarderaient peu, qu’elles seraient résolues aussi facilement et rapidement que celles de Naples en 180O, que la possession de l'Espagne lui donnerait une plus large base d’opérations pour l’exécution de son grand dessein méditerranéen. Il réservait le printemps à Madrid, l’automne à Constantinople : tout au plus pensait-il qu’il lui faudrait attendre l’année suivante pour la réalisation de son rêve oriental.

C’est pourquoi, tout en surveillant surtout ce qui se passait au delà des Pyrénées, tout en contenant avec une suprême habileté l’impatiente ambition du tsar, il portait parfois quelque attention vers les pays du Levant. Pour n’être pas pris au dépourvu au moment où l’occasion lui paraîtrait favorable, il continuait et même il précipitait les préparatifs d’une action dans ce sens.

Car il se rendait bien compte que le principal obstacle à ses entreprises sur l’Orient était la situation de l’Angleterre sur la Méditerranée. Son insaisissable ennemie le surveillait de partout, de Gibraltar, de Malte, de la Sicile ; les flottes anglaises croisaient sans cesse de l'Espagne à la Syrie. Le gouvernement de Londres ménageait la Porte, cherchait à renouer avec elle des relations cordiales, l’assiégeait de ses ambassadeurs porteurs de propositions pacifiques. Il n’en serait pas de même si Napoléon donnait le signal du partage ottoman, ou dirigeait sur Constantinople quelque entreprise décisive. L’Angleterre aussitôt s’emparerait évidemment des meilleures positions maritimes du Levant; elle était bien placée pour s’assurer la plus grosse part. C’est ce que Napoléon et Caulaincourt avaient sans cesse opposé aux pressantes sollicitations du gouvernement de Pétersbourg; ç’avait été leur « plus forte objection1 ». Sans doute c’était aussi un moyen de retenir l’ambition russe; mais l’argument n’en avait pas moins une valeur considérable : à mettre les choses au mieux, l’alliance de Tilsit n’avait pas été conclue

i. \andal, Napoléon et Alexandre Ier, I, eh. 8: les Entretiens de Saint-Pétersbourg. — E. Bourgeois, Manuel historique de politique étrangère, II, p. 3i3.

Page 1