‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 162 sur 201 · BAYLEN · texte numérisé non relu

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pour aboutir à un partage de l’empire ottoman entre la France, la Russie et l’Angleterre. Napoléon eut alors joué un rôle de dupe, et il y était mal disposé.

Donc, avant de décider quoi que ce fût de définitif au sujet de l’Orient, avec ou sans la Russie, il lui fallait reprendre toute liberté d’action sur la Méditerranée ; il lui fallait en écarter les Anglais. Le 29 janvier 180S, trois jours avant la fameuse lettre qui excita d’abord l’en tbousiasme d’Alexandre Ier, Champagny écrivait à Caulaincourt : « L’Empereur préfére rait de beaucoup que les choses restassent telles que le traité de. Tilsit les a établies... Par l’abandon de la Moldavie et de la Yalachie, par le partage de l’empire turc, l’alliance russe sera chèrement payée. Faites voir l’avantage de différer ces mesures, au moins jusqu’au momenl où on aurait pu arracher à l’Angleterre 1 empire de la Méditerranée qui la met en état de recueillir dès ce moment les plus précieuses dépouilles de l’empire ottoman1. » C’était subordonner la solution du problème oriental à la défaite de l’Angleterre; c’était avouer la pensée d’employer d'abord l’alliance de Tilsit à l’abaissement de la puissance anglaise ; cela confirme encore le caractère platonique des Entretiens de Caulaincourt et Roumiantzov.

Retenir la Russie au nord du Danube tout en l’amusant de projets grandioses, chasser l’Angleterre delà Méditerranée, ce sont les deux faces d’une même politique qui a pour but d’assurer <à la F" rance la domination de l’Orient. Les préparatifs maritimes de Napoléon complètent la mission diplomatique de Caulaincourt, pendant que l’ambassade de France à Constantinople garde la Porte dans le système napoléonien, réserve l’avenir. Le conseil donné au tsar de prendre la Finlande était destiné à ce double résultat; il est aussi renfermé dans la lettre du 2 février : « N otre Majesté, dit Napoléon, a besoin d’éloigner les Suédois de sa capitale; qu’elle étende de ce côté ses frontières, aussi loin qu’elle voudra. Je suis prêt à l’y aider de tous mes moyens. » — « L’Empereur, ajoutait Caulaincourt d’après la dictée de son

1. Vandal, I, même chapitre. — E. Bourgeois, II, 3 1 ( i - 3 1 7 .

souverain, désire bien que Votre Majesté soit en possession de la Finlande et pour l’avantage personnel de Votre Majesté et pour que les belles de Pétersbourg n’en entendent plus le canon. » — « Je le remercie, répondit Alexandre, et pour moi et pour les belles de Pétersbourg : je le leur dirai »

Et il se jeta aussitôt sur la Finlande; 20000 Russes en commencèrent la conquête. Bernadotte reçut l’ordre de descendre en Scanie. 11 reçut sans doute l’ordre de ne pas aller trop vite; il ne profila point de l’hiver pour franchir le Belt ; le printemps vint bientôt, avec lui le dégel, et les troupes françaises restèrent sur la côte allemande. Tout le poids de la guerre retomba sur les Russes. Le tsar s’en plaignit ; Napoléon lui avait promis un concours plus actif. Caulaincourt excusa son gouvernement comme il put. L’armée russe fut occupée plus longtemps à cette conquête; c’était tout bénéfice pour Napoléon. De plus, l’invasion de la Finlande attira au nord l’attention du gouvernement anglais ; l’Empereur espéra peut-être à ce sujet un conflit entre Londres et Pétersbourg ; il n’eut pas ce bonheur : l’Angleterre et la Russie sans doute se défièrent du piège qui leur était tendu. Du moins les Anglais envoyèrent-ils des > aisseaux dans la mer Baltique; le général Moore fut rappelé de la Sicile dans l’océan Atlantique. L’Angleterre s’écartait un peu de la Méditerranée ; c’était pour Napoléon l’occasion d’y porter ses efforts.

Le 7 février, Napoléon ordonna à Gantheaume et au roi Joseph d’occuper la Sicile et de ravitailler Corfou. « Souvenezvous de ce mot, écrit-il, le mois suivant : dans la situation actuelle de l’Europe, le plus grand malheur qui puisse m’arriver est la perte de Corfou. Elle porterait un coup funeste à mes projets. » Gantheaume put sauver Corfou. Clarke, ministre de la guerre, reçut l’ordre de réunir à Toulon le matériel nécessaire : « Pour mieux comprendre mon idée, lui dit l’Empereur, comparez ce que je vous demande à ce que possédait l’armée d’Egypte à son débar-

1. AIT. clr. Corr. de Russie, Rapports de Caulaincourt, 7 mars 1808.

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