LA RÉVOLUTION DU 28 JUILLET
notamment à Constantinople, un malaise croissant, dangereux au prestige du gouvernement ; en février, en mars, au bruit des démêlés d’ Ali-pacha avec les Français des îles Ioniennes, l’émeute avait été maintes fois imminente ; Sébasliani axait redouté quelque terrible explosion du fanatisme musulman. Le sultan Mustapha IV avait d’autres ennemis, les amis de Sélim III, les partisans des réformes et du nizamdjédid ; Sélim III vivait retiré dans une tour secrète du sérail, avec son cousin Mahmoud, le frère de Mustapha ; ils s’entretenaient ensemble de la situation de l’empire, de la menace chrétienne, delà nécessité de réformer les institutions militaires du pays. Ils avaient des amis, connus ou inconnus, ils en avaient parmi les ministres, parmi les pachas des provinces ; on ne les avait pas tués tous lors de la révolution de mai. Et il y avail, entre les partisans des réformes et ceux de l’ancien régime, les hésitants et les ambitieux ; il y avail même, parmi les ministres dévoués à Mustapha IV, les intrigants, jaloux les uns des autres ; le pouvoir était énervé, déchiré par les rivalités personnelles. Le terrain était favorable à quelque nouvelle révolution.
Cabakchi-Oglou, le véritable auteur de la révolution de 1807, était depuis lors resté tout-puissant, avec le titre de commandant supérieur des forts du Bosphore; il vivait tranquillement au milieu des plaisirs dans son château du Fanar, sur les bords de la mer Noire. 11 excitait la jalousie de quelques autres ministres, et surtout du caïmacan Tayar-pacha. Il réussit à se défaire de lui, obtint sa destitution : Tayar s’enfuit, par crainte d’un sort plus rigoureux, et se retira auprès de Mustapha le Bairactar. Celui-ci, connu pour être un ami de Sélim et un partisan du nizam, n’avait pas été inquiété dans son pachalik de Uoutchouk, parce qu’on le savait très fort et qu’il était utile à la défense du Danube contre les Busses ; il se tenait à l'égard du gouvernement dans la réserve la plus inquiétante ; il se tenait en rapport avec ses amis de Constantinople : Uoutchouk devint le refuge de tous les mécontents.
Tayar pacha en augmenta le nombre et l’activité. Il excita Mustapha le Bairactar à se prononcer résolument contre le Driault. — Napoléon. ait
gouvernement de Constantinople, au moins contre les ministres de Mustapha IV. Le grand-vizir était, depuis l’armistice de Slobodzié, resté à Andrinople avec une partie de l’armée ; il ne rentrait pas à Constantinople, sous prétexte que la guerre pouvait à tout moment recommencer, en réalité parce qu’il redoutait l’influence de Cabakchi-Oglou. Mustapha-pacha envoya à Andrinople un de ses officiers, Beygyeffendi: un accord fut secrètement conclu avec le grand- vizir. Beygy poursuivit sa route jusqu’à Constantinople, fut reçu par Cabakchi, lui donna des présents de la part du pacha de Routchouk, endormit ses soupçons, put voir ses ennemis, s’entendit avec eux. Une grande conspiration se tendit ainsi de Routchouk à Constantinople, par Andrinaple.
A la fin de juillet 1808, Mustapha-pacha arrive à Andrinople avec 4 000 hommes, 12000 le suivent. Il propose au grand-vizir de rentrer à Constantinople avec lui et de reprendre ses fonctions officielles. Un détachement de cavalerie est envoyé au Fanar pour surprendre Cabakchi pu milieu de ses yamaks et le rendre impuissant ; ce détache nent est sous le commandement d’Hadgi-Ali, auquel, pour exciLer son zèle, on promet la succession de Cabakchi. Hadgi-Ali arrive au Fanar dans la nuit, surprend Cabakchi au milieu de ses femmes, le tue, envoie sa tête à Mustapha-pacha. Au matin, il invite les yamaks à lui obéir, car il a été désigné pour les commander. Mais les femmes et les enfants de Cabakchi sortent en larmes du château et racontent le crime dont il a été victime ; son oncle Soliman-aga prend le commandement des yamaks, les excite, les soulève contre les assassins. Hadgi- Ali et ses compagnons se réfugient dans les maisons voisines ; ils y sont assiégés, ils résistent, repoussent les assauts lancés contre eux, font beaucoup de victimes parmi les yamaks. Ceux-ci furieux apportent des fascines, mettent le feu aux maisons. Les assiégés se sauvent dans la tour du Fanar, maçonnée à l’épreuve du feu. La tour est attaquée à coups de canons ; la canonnade se répercute tout le long du Bosphore. Une vive émotion s’y répand, gagne Constantinople, où l’on est mal renseigné, où l’on parle d’une redoutable bande de brigands qui va sans doute bientôt marcher sur la capitale.