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LA RÉVOLUTION DU 28 JUILLET

dépendant les yaraaks ont demandé des ordres à la Porte ; on ne sait cpie leur dire ; ils relâchent leur attaque sur Hadgi- Ali, qui en profile pour se sauver et rejoindre Mustapha-pacha à une journée de marche de Constantinople.

Sultan Mustapha est très effrayé. Il n’a pas de troupes sûres. Le divan lui conseille de ménager le grand -vizir et le Bairactar ; peut-être n’ont-ils pas de mauvais desseins contre lui. Le grand-vizir en effet, arrivé au Grand Pont, à quatre lieues de Constantinople, envoie au sultan le reis-effendi Galib, personnage très astucieux : il assure le souverain de son entier dévouement ; il n’a voulu que détruire les yamaks, restés dangereux au pouvoir depuis la dernière révolution ; il se contentera désormais de la déposition du nmphti, une créature du rebelle Cabakchi. Le sultan est enchanté qu’on ne s’en prenne pas à lui-même ; il consent à tout ; il ordonne le licenciement des yamaks, destitue ou fait périr leurs officiers, exile le muphti et se rend en grande pompe au camp du Bairactar, à Davoud-Pochané. Là un hatli du Grand Seigneur, lu solennellement devant le grand-vizir et tous les ministres, attribue à Mustapha-pacha une autorité absolue dans toute la Roumélie, soit pour régler l’administration intérieure du pays, soit pour combattre les Russes en cas de rupture de l’armistice1. Mustapha-pacha annonce son prochain départ pour le Danube ; le sultan rassuré retourne à ses fêtes.

La Révolution n’était pas déjà finie. Le Bairactar fit nommer Beygy-eflendi ministre et avec lui prépara l’exécution de la suite de son plan. Cela demanda cinq ou six jours. Le 28 juillet, le sultan sortit en bateau de parade pour aller se promener au kiosque de Gueuk-Souy. Mustapha-pacha résolut de profiler de cette absence. Il découvre aussitôt tous scs desseins, prévient le grand-vizir de son intention de rétablir Sélim III sur le trône. Le grand-vizir s’effraye et proteste ; Mustapha le traite de lâche et l’enferme sous bonne garde. Alors le Bairactar entre à Constantinople à la tête de scs troupes, avec le sandjak-chérif ou drapeau sacré du prophète. Il est

1. AIT. étr. Gorr. de Turquie, Dépêche de Latour-Maubourg, 29 juillet

accueilli par les acclamations populaires ; le brui t se répand qu’une paix avantageuse a été signée avec la Russie, que la route des pèlerinages de La Mecque est désormais ouverte. L’enthousiasme gagne toute la ville.

On parvient sans encombre devant le sérail du Grand Seigneur. Les janissaires qui en ont conservé la garde laissent entrer le sandjak-chérif dans la première cour. Mais le boslandji-bachi referme la porte derrière les soldats qui escortent le drapeau, et refuse d’ouvrir la porte intérieure sans ordre du sultan Mustapha. Le Bairactar déclare alors que le vrai sultan est Sélim III, qu’il est venu pour le rétablir ; il réclame Sultan Sélim ; il menace ceux qui le retiennent des plus terribles vengeances. Cependant Sultan Mustapha prévenu avait interrompu sa promenade, était rentré au palais dans un bateau ordinaire. Informé des prétentions de Mustaphapaclia, il donne l’ordre d’étrangler Sélim. L’ordre est aussitôt exécuté ; Sélim est surpris au moment de sa prière, étranglé, son cadavre porté à Mustapha IY, qui s’écrie alors, plein d’une joie féroce : « Ouvrez la porte, et remettez le sultan Sélim à Mustapha le Bairactar, puisqu’il le demande ; » et le corps du malheureux Sélim est jeté aux pieds de Mustaphapacha.

Le Bairactar pleura d’abord amèrement devant ce crime et se laissa aller à sa douleur. Beygy-effendi le ramena à la réalité. 11 donna immédiatement des ordres à ses troupes, fort bien disciplinées et armées, écarta les janissaires, força les portes intérieures du sérail, fit saisir le sultan Mustapha IV et le fit jeter en prison en attendant que le nouveau sultan prononçât sur son sort, chercha le jeune Mahmoud, frère du sultan déchu, qui, craignant la mort aussi, se cachait sous un tas de nattes et de tapis. Mustapha-pacha le proclama sultan sous le nom de Mahmoud II et le fit aussitôt reconnaître par ses soldats. Il était cinq heures du soir, le 28 juillet1.

Mustaplia-pacha, que Mahmoud II nomma grand-vizir, gouverna avec la plus grande cruauté ; il fit décapiter trente-

1. Aff. étr. Corr. de Turquie, Dépêche de Latour-Maubourg, 29 juillet

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