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LA PORTE APRÈS IÉX'A

lion, de soulever toute la Grèce et les îles, de chasser tous les Turcs de l’Europe : c’était le terme constant de leur politique depuis Catherine II. Le général Michelson traduisait les événements d’une autre façon ; il annonçait, en entrant en Moldavie, les intentions les plus pacifiques, invitait les autorités ottomanes à conserver leurs fonctions dans l’intérêt du hon ordre ; car il ne voulait que défendre la Turquie contre la domination française ; Bonaparte avait l'intention manifeste de détruire les janissaires et d’aider Sélim à établir le Nizam pour se faire ensuite empereur (l’Orient. Comme la Russie au contraire ne voulait que du bien à la Porte, il promettait de se retirer dès que la Porte aurait tenu ses engagements; en attendant, aucune hostilité n’aurait lieu de sa part, à moins de provocation '.

Ainsi la France et la Russie se disputaient l’honneur d’être utiles à la Turquie. 11 n’est point question de prendre ces affirmations au pied de la lettre. Napoléon et Alexandre étaient peut-être aussi ambitieux l’un que l’autre de devenir empereurs d’Orient, de régner sur Constantinople. Mais Alexandre, petit-fils de Catherine II, souverain de l'armée de Moldavie, paraissait beaucoup plus près que Napoléon de l’Église Sainte- Sophie, donc beaucoup plus dangereux. Dans la pensée d’ailleurs que la présence de Napoléon sur la Vistule empêcherait les Russes de prononcer leur action sur le Danube, dans l’espérance qu’une victoire française obligerait Micbelson à reculer, le sultan demeura relativement docile aux conseils de Sébastiani, mais avec quelle anxiété, dans quelle attente liévreuse des événements de la guerre de Pologne !

Aussi bien la situation de l’empire ottoman était-elle fort critique et les inquiétudes de Sélim justifiées. Les ressources militaires les plus indispensables lui manquaient. Les défenses du Bosphore et des Dardanelles étaient dans le plus mauvais état. Les pachas du Danube ignoraient les ordres du gouvernement, n’écoutaient que leur intérêt personnel, se conduisaient de la façon la plus indépendante ; connaissant

i. AIT. étr., Gorr. de Turquie, Proclamation du général Michelson, 20 novembre 1806.

l’approche des troupes russes, leur apparition à quelques lieues au nord du fleuve, ils négligeaient d’en informer le sultan et de demander des instructions ; Mustapha le Bairactar, à Rouichouk, recevait les communications du général Michelson el ses assurances de bon vouloir, ne paraissait pas très décidé sur la politique à suivre. Le reis-eflendi lui-même se montrait « tout à fait russe», assure Sébastiani, et était « sans doute vendu aux Morousi 1 ».

Deux vaisseaux anglais arrivèrent inopinément, sous le commandement du contre-amiral Lewis, et jetèrent l'ancre devant Constantinople. Il ne dit point la raison de sa mission. Le sultan n’en fut que plus inquiet, se bâta de montrer au ministre d’Angleterre les plus aimables dispositions, demanda son intervention auprès de son collègue de Russie, afin d’obtenir des explications rassurantes sur l’invasion des Principautés2. L’énergie de la Porte faiblissait.

Cependant Napoléon intervenait sans cesse, stimulait son courage, redoublait les lettres amicales. Le ior décembre, de Posen, il écrivait personnellement à Sélim, renouvelait les termes très chaleureux de son ami lié et de son dévouement: « La Prusse, qui s’était liguée avec la Russie, a disparu. Mes armées sont sur la Vistule et Varsovie est en mon pouvoir. La Pologne prussienne et russe se lève et forme ses armées pour reconquérir son indépendance. C’est le moment de reconquérir la tienne... Si tu as été prudent jusqu’à cette heure, une plus longue condescendance envers la Russie serait faiblesse et perdrait ton empire3. » ïalleyrand, à la même date, liait le sort de la Turquie à celui de la Pologne : « La Porte, écrivait-il à Sébastiani qui devait le redire aux ministres du sultan, n’a perdu son indépendance que depuis l’anéantissement de la Pologne; elle ne peut la retrouver que dans le rétablissement de cette monarchie4. » Et l’Empereur autorisai t Sébastiani à « signer un traité secret offensif et défensif par lequel il garantirait à la Porte l’intégrité de ses provinces de

1. Aff. étr., Coït, de Turquie, Dépêche de Sébastiani, 8 déc. 1806.

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