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LA PORTE APRÈS IENA

Moldavie, de Valachie et de Servie : « Pressez-la de réunir des troupes du côté de Choczim et je m’engagerai à ne faire la paix avec la Russie que de concert avec elle1. »

Ainsi la Porte ne se soutenait que par la main de l’Empereur; lui seul redonnait quelque souffle à ce corps moribond. Pouvait-elle paraître moins forte que la Perse, qui armait 80 000 hommes et luttait vaillamment contrôles Russes au sud du Caucase? Ne voulait-elle pas saisir l’occasion, agir avec les Français de la Vistule, les Persans de l’Arménie, refouler enfin la Russie dans ses déserts? C’était le moment' de reprendre d’un coup tous les avantages qu’elle avait dû céder à la Russie depuis un demi-siècle, de se sauver peut-être pour jamais d’une ruine menaçante.

Les circonstances étaient si évidemment favorables que la Porte se décida à l’action. Elle compta que l’Angleterre ne soutiendrait pas la Russie ; elle ménagea de son mieux le gouvernement anglais et ne rompit jamais formellement avec lui. Elle estima que les Russes des Principautés ne pouvaient pas être tout de suite très dangereux, à cause de la présence de Napoléon en Pologne qui devait les empêcher de s’éloigner beaucoup vers le sud. D’ailleurs une résolution ferme était urgente ; les Russes tenaient un morceau de l’empire ottoman, inauguraient le démembrement ; la Porte n’y pouvait consentir. Elle avait un intérêt capital à répondre aux exhor tâtions de Napoléon, à se confier à Sébastiani.

Elle se fixa à ce parti au milieu du mois de décembre 180G. Le 16, Sébastiani eut une audience du Grand Seigneur au Kiosque des eaux douces ; il remit la dernière lettre de Napoléon ; le sultan se montra disposé à déclarer la guerre à la Russie. Puis l’ambassadeur fut admis à une conférence de tous les ministres; ils y décidèrent la guerre, et Sébastiani eut la permission d’en informer son souverain. Il obtint que le ministre et la légation de Russie ne subiraient pas les vexations coutumières en pareille circonstance, que le gou vernement ottoman adopterait à cet égard les pratiques des nations civilisées, que les Russes auraient la permission de

. Corrcsp. de Napoléon, \IV, 11 337. Napoléon à Sébastiani.

(|uitter en loulc sécurité Constantinople : ce fut un beau triomphe sur la barbarie musulmane, et Italinski fut reconnaissant à Sébastiani cle lui avoir évité la rude captivité des Sepl-Tours. La guerre à la Russie devait être solennellement proclamée quelques jours plus tard, selon toutes les formalités requises par la loi musulmane, afin d’exciter contre l'ennemi le religieux enthousiasme de toute la population1.

Dès ce moment, toutes les troupes de Roumélie reçurent l'ordre de gagner immédiatement le Danube. Toutes les troupes d’Asie furent appelées à Constantinople, pour se ranger autour de l’étendard sacré sous le commandement du grand vizir. Car c’était vraiment une guerre sainte, une réplique à la croisade grecque, une levée de toutes les forces de l’Islam pour barrer aux Russes la route de Constantinople. Il en résulta, sous les yeux quelque peu étonnés de Sébastiani, une réelle surexcitation des passions musulmanes ; les pachas en redevinrent plus fidèles. Mustapha le Bairactar répondit aux cordiales communications de Michelson par des plaintes contre l’occupation de la Moldavie, par l’envoi immédiat de quelques troupes en Valachie, jusqu’à Focsani, par l’annonce de son prochain départ. DeWiddin Pasvan-Oglou n’était pas moins résolu, franchissait le Danube avec Zioooo hommes. En Asie Mineure, le prince des Abazes, le pacha d’Erzeroum envahissaient la Géorgie. Toute la Turquie se soulevait comme un flot pour refouler l’invasion étrangère.

Mais il y avait beaucoup de désordre en tout cela et Sébastiani craignait que tout cet enthousiasme ne fût pas très efficace ni très durable. « Il y faudrait des officiers français, écrivait-il à Talleyrand2. » Le sultan en demandait, surtout des officiers d’artillerie et de génie, mais ils ne pouvaient pas arriver aussitôt. En attendant, l’ambassadeur envoya le capitaine de Lascours à Erzeroum, et son beau-frère et aide de camp M. de Coigny à l’armée du Danube. Pour lui, il n’était pas autorisé à quitter Constantinople, où sa présence

1. AfF. étrangères, Corr. de Turquie, Dépêche de Sébastiani, 17 déc.

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