Aff. étr. Corresp. «Je Turquie, 18 février
2. Je dois la communication de cette pièce à l’oldigeance de M. te comte Ilorace de Choiseul. Elle est extraite des Archives de l'ambassade de Constantinople sous ce titre : Lettre du comte de X. X., voyageur polonais, à son frère en Podolie.
3. Alt. ctr. Corresp. de Turquie : 3 mars, Sébastiani à Talleyrand.
LES ANGLAIS DEA’ AN T CONSTANTINOPLE
•cherchaient à l’attirer sous leur canon et espéraient la détruire. Du moins, elle ne pouvait servir à la défense de 'Constantinople. La ville, en un mot, était ouverte.
Le comte polonais cité plus haut attribue le mérite de la résistance au sultan : « Il fallait, dit-il, une fermeté héroïque pour prendre dans ce moment la résolution courageuse et noble de la défense, et Sultan Séli’m a acquis, dans cette circonstance, des droits à l’admiration de ses peuples et des nations. On m’a assuré qu’il avait déclaré qu’il s’ensevelirait sous les ruines de sa capitale, qu’il l’abandonnérait même, s’il le fallait, plutôt que de subir des lois qui lui étaient si insolemment dictées. »
La vé rité est que Sultan Sélim ne fut pas éloigné de céder et qu’il fallut toute l’énergie de Sébastiani pour le tenir dans le ferme dessein de la lutte.
Dès le 17 février, prévoyant la prochaine attaque des Anglais, l’ambassadeur de France adressait une note officielle au divan pour l’encourager à la résistance. Il lui disait la force de Constantinople, l’impossibilité évidente à quelques vaisseaux britanniques de s’en emparer, le ridicule qu’il y aurait à s’effrayer d’un si petit danger, la situation critique où ces vaisseaux se trouveraient en peu de jours si on leur fermait le retour en fortifiant les châteaux des Dardanelles.
Cela n’empêcha pas que, le 20 février au soir, au milieu de la confusion générale, le sultan envoyât immédiatement l’un de ses officiers, Isaac-bey, à l’ambassade de France, pour informer Sébastiani que les Turcs ne se croyaient pas en état de se défendre et qu’ils ne pouvaient pas répondre de sa sûreté, car les Anglais ne manqueraient pas de le désigner connue l’auteur de la guerre. Sébastiani ne fut point surpris de cette démarche; il s'y attendait depuis longtemps. Il n’en manifesta pas moins la plus vive indignation :
« Je répondis à Isaac-bey que rien ne me ferait abandonner le poste qui m’avait été assigné par mon auguste maître; qu’un ambassadeur de France appartenait à une trop grande puissance et était trop sûr d’être vengé pour craindre une émeute populaire ; qu’au reste je le chargeais de dire à Driault. — Napoléon. 7
Sa Ilaulesse elle-même que ce serait non seulement perdre l'honneur de l’empire ottoman, mais même s’exposer à perdre la Turquie européenne si on acceptait les conditions que voulait lui imposer l’Angleterre et qu’il valait encore mieux quitter cette capitale, se retirer par exemple à Andrinople, que de livrer aux Anglais une puissance de trente millions d’habitants ; que d’ailleurs la Sublime Porte ne pouvait pas ignorer que son adhésion au traité proposé parM. Arbuthnot ne lui ferait pas seulement perdre l’amitié de S. M. l’empereur, mais l’exposerait à toute sa colère1. »
Le même jour venait justement d’arriver à l’ambassade une lettre de Napoléon au sultan, datée du 20 janvier, de Varsovie. Il félicitait le sultan de s’être décidé à repousser vigoureusement l’invasion russe en Moldavie :
« Votre Ilautesse peut être certaine que je la seconderai de tous mes moyens. L’armée russe continue à fuir devant moi. Le moment est venu de consolider l’empire des Ottomans ; mais il faut que Votre Ilautesse prenne toutes les mesures énergiques qu’offre la fidélité de ses peuples pour ne laisser à nos ennemis communs aucun instant de repos2. »■