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DÉFENSE DE CONSTANTINOPLE PAR SÉBASTIANI

lièrement profitable au prestige de la Porte. C’était peut-être lui rendre la grandeur de jadis, la régénérer par l’imitation de la France, reprendre le cours interrompu des victoires passées, consolider à jamais, comme disait Napoléon, l’empire des Ottomans.

On le comprit à Constantinople. On se décida à la résistance. On pria Sébastiani d’en prendre la direction ; on solli cita ses conseils diplomatiques et son expérience militaire. Il fut le véritable défenseur de la ville contre les Anglais.

Il engagea d’abord la Porte à gagner du temps avec des pourparlers, à les traîner en longueur pour qu’il pût organiser partout des batteries. A cela, la Porte s’est toujours merveilleusement entendue. Aussi bien, il ne s’agissait que de gagner trois ou quatre jours.

Le 21 février, à midi, le Royal-Georges arborait à son mal le drapeau parlementaire. Isaac-bey fut immédiatement envoyé à l’amiral Duckworth pour reprendre les négociations. Arbutlinot et Duckworth lui remirent une note : ils annonçaient officiellement à la Porte leur heureux passage des Dardanelles, « malgré le feu terrible des batteries turques ». Ils offraient pour la dernière fois de négocier et exigeaient une réponse pour le lendemain avant le coucher du soleil. Leurs conditions étaient celles de l’ultimatum du 25 janvier, aggravées cependant de quelques exigences nouvelles : renvoyer Sébastiani, courir les chances de la guerre contre la France, livrer immédiatement la Hotte turque, quinze vaisseaux et quinze frégates, avec des munitions et des vivres pour six mois, remettre les Dardanelles et le Bosphore à la Hotte anglaise, renouer l’alliance avec l’Angleterre et la Russie, donner satisfaction à la Russie en lui laissant jusqu’à la paix la Moldavie, la Yalachic et les places fortes du Danube.

« Croiriez-vous, mon ami, » écrivait à ce propos le comte polonais auquel nous devons quelques détails de cette histoire, « que les Anglais ont porté leurs extravagantes prétentions jusqu’à demander toute l’escadre turque, avec six mois de vivres, et le droit de mettre des garnisons aux châteaux îles Dardanelles et du Bosphore?... Peut-on habiter le monde avec des brigands semblables ? »

Les Anglais croyaient pouvoir fermer l’Orient à Napoléon et en imposer à la Porte. Leurs exigences excessives firent craindre au sultan un projet de démembrement de son empire et fortifièrent sur son esprit le crédit de Sébastiani.

L’ambassadeur de France prit résolument en mains la direction de la défense; et pourtant il avait encore bien peu de confiance : « Nous sauverons du moins l'honneur, » écrivait il à Talleyrand. Il obtint une audience du sultan Sélim, et ses offres de services furent chaudement accueillies. Toute la population de Constantinople d’ailleurs le soutint. Car la panique ne sortit pas du sérail et ne dura que quelques heures. Les femmes furent envoyées au vieux sérail, retraite des sultans morts ou déposés, et Sélim se donna de sa personne aux travaux d’armements. La nation ottomane en fut tout entière « électrisée ». Elle s’emporte en manifestations d’indignation contre la perfidie anglaise. Les janissaires quittent les bâtons, qui sont leurs armes ordinaires dans la paix, pour leurs fusils et yatagans. Sur ordre immédiat du sultan, tous les matériaux et ouvriers sont mis à la disposition des ingénieurs et des officiers. Les musulmans sont destinés au service des pièces. Les chrétiens, conduits par leurs patriarches, portent la terre et les projectiles. Les ministres surveillent les uns et les autres sous leur responsabilité personnelle A L’exécution du ministre des Finances, Feyzi-effendi, revenu des Dardanelles, où il n’avait commis que des dilapidations et avait négligé entièrement les ouvrages nécessaires à la défense du détroit, a effrayé tous les fonctionnaires et « retrempé la subordination et l’obéissance »1 2.

La soudaine attaque des Anglais, dirigée contre Constantinople sans aucune déclaration de guerre, au moment où les Russes occupaient la Moldavie dans les mêmes conditions, donnait à la politique des alliés un caractère de déloyauté qui heurtait vivement l’opinion musulmane, et eut pour

1. Juchereau de Saint-Denis, Ilist. de l'empire ottoman de 1792 à 1 844 , II, 5.

2. A (T. étr. Corresp. de Turquie : 10 mars, Sébastiani à Talleyrand.

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