‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 42 sur 201 · RETRAITE DES ANGLAIS · texte numérisé non relu

RETRAITE DES ANGLAIS

quarts de sa longueur par un boulet de marbre pesant plus de 800 livres, de plus de deux pieds de diamètre. Les Anglais eurent beaucoup de peine à sauver ce vaisseau. La frégate Y Active en reçut un autre de 56o livres. Le Royal- > Gconjes eut son pont endommagé par un lourd boulet de i granit '.

L’escadre anglaise resta une heure et quart sous le feu des canons turcs. Outre ces dégâts matériels, elle eut 107110111 1 mes tués, 4i2 blessés. Elle eût souffert bien davantage si les Turcs avaient pu garnir la côte d’Asie et croiser leurs feux sur l’ennemi et si leurs canons n’avaient pas été immobiles et obligés d'attendre le passage des vaisseaux anglais dans la ligne de tir.

Le 4 mars, l’amiral Duckworlh jetait l’ancre en vue de l’îlc de Ténédos : « Dieu merci ! écrivait alors un de ses officiers, nous voilà sortis de cet infernal détroit ; nous l’avons échappé belle. »

C’était un éclatant triomphe pour la politique napoléonienne et en particulier pour Sébastian!. Les Turcs lui manifestèrent de toutes façons une confiance et un attachement sincère. « On arrêtait dans les rues les Français pour les 1 combler de bénédictions et de témoignages d’affection. » Les Grecs eux-mêmes parurent reveni leurs sympathies pour la Russie; sous les ordres du pai. relie, ils avaient courageusement travaillé aux fortifications de Constantinople. Ensuite les habitants de la Murée présentèrent une pétition au ! sultan pour demander à être employés dans la guerre contre les Russes, en lui offrant l’expression la plus respectueuse le leur fidélité et de leur dévouement. Ils se proposèrent aussi d’adresser une pétition à l’empereur Napoléon, pour lui pré- I senter le tribut de leur admiration et solliciter sa protection auprès du sultan.

Quelques jours après la défaite des Anglais, Sébastiani obtint de Sélim une audience privée, à laquelle n’assista que

1. Moniteur du 18 mai : lettre de Duckwortli à Collingwood, 6 mars. — Juchercau de Saint-Denis, Hist. de l'empire ottoman de 1792 à 18V1. II, p. 1 63 .

le reis-cffendi. Le Grand Seigneur s’y montra décidé à s’associer de tout point aux desseins de l’empereur. 11 ordonna l’arrestation de tous les Vngîais et la confiscat ion de leurs propriétés ; il défendit dans ses états le débit des marchandises anglaises cl pria l’ambassadeur de chercher à faire venir de France les draps et autres produits nécessaires à la consommation de la Turquie. Il écrivit au dey d’Alger d’attaquer le commerce anglais avec tous ses moyens et de traiter les Français comme ses amis les plus chers et ses alliés les plus fidèles. C’était entrer résolument dans le système du blocus continental.

Des ordres furent immédiatement donnés pour porter une armée de 26000 hommes sur le Danube. Le sultan se déclara enchanté du projet qu’avait Napoléon d’envoyer six vaisseaux de ligne dans la mer Noire pour y agir de concert avec la flotte turque. Il demanda en outre l’expédition de compagnies d’artillerie, d’officiers et de contremaîtres pour l’instruction des Ottomans. Les précautions furent prises aux Dardanelles pour le passage de ces renforts, et il fut décidé que les forces réunies de la France et de la Turquie tenteraient ensemble un débarquement sur les côtes de Crimée. Sélim consentit même à recevoir à "VS iddin une armée de 26000 Français venus de Dalmatie pour rejoindre la grande armée ottomane et agir vigoureusement avec elle en Moldavie et sur le Dniestr. Il exprima seulement le désir que, pour ménager l’opinion musulmane, la demande en fût faite par Napoléon et fit l’objet d’une convention spéciale.

Sébastiani avait répondu à toutes les intentions de l’empereur. Les Turcs paraissaient définitivement attachés à la politique française ; toutes leurs forces étaient à son service. Sélim se conformait exactement aux désirs de Napoléon. 11 disait en propres termes à Sébastiani :

« Ecrivez à mon auguste ami l’empereur des Français que je ferai ce qu’il jugera nécessaire pour combattre nos ennemis communs, les Russes et les Anglais. »

Il écrivait à Napoléon dans le même sens, et l’ambassadeur concluait :

« Sa Majesté n’a pas un ami plus sincère et plus dévoué

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