LA CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON A FINKENSTE1N I2Q
’liàtc les levées des recrues dont l’Empereur a grand besoin •après les boucheries d’Eylau. Il organise la cérémonie de la remise de l’épée et des décorations de Frédéric II aux Invalides ; Napoléon désire que cette petite fête excite la curiosité : une Ode serait chantée en l’honneur des braves d’Iéna ; les 4oo drapeaux pris pendant la campagne y seraient déposés en attendant que le Temple delà Gloire fût construit; el, comme même la commémoration précise des gloires passées peut être utile à la préparation des gloires futures, un orateur aurait à célébrer l’avantage de faire la guerre hors de sa patrie, le mérite et les vertus militaires, les succès obtenus : tout cela « serait d’un bon résultat, dans le moment où on lève une nouvelle conscription ».
Il semble que la fonction essentielle de l’archichancelier soit de maintenir l’ordre à l’Opéra, et ce n’est pas toujours facile. Napoléon est obligé de lui envoyer à ce sujet des pouvoirs particuliers. Le Directeur Bonet commet beaucoup de dilapidations en accordant des billets et îles loges gratis ; il entretient des intrigues. M. Boutron se dispute avecM. Gromaire au sujet de l’accident arrivé à Mlle Aubry en montant dans les nuages. Le même M. Boutron veut empêcher les autres de jouer à leur tour et de gagner leur pain ; il se dispute avec M. de Luçay : « Ils se feront mettre à la porte, oit on leur donnera un bon militaire qui les fera marcher tambour battant ‘. »
L’Empereur donne à Fouché, son ministre de la police, quelques leçons sévères de surveillance, et pourtant Fouché connaît son métier. Il faut disperser les bandes de brigands qui infestent le département de la Mayenne et les bords de la Loire. Il faut avoir l’œil « sur le las de coquins » qui entourent le maréchal Augereau, qui répandent et font circuler de mauvaises nouvelles. Il faut surtout avoir l’œil sur Mme de Staël ; cette faible femme a le don d’occuper beau- . coup des instants de l’Empereur, même à Finkenstein :
« C’est un vrai corbeau ; elle croyait, au lendemain d’Eylau, la tempête déjà arrivée et se repaissait d’intrigues el de
i. Correspondance, i mai.
Driault. — Napoléon.
l3û LA POLITIQUE ORIENTALE DE NAPOLÉON
folies '. » Elle est naturellement au nombre de ces « joueursà la baisse », parmi lesquels il y a aussi « le frère Talleyrand, pour une somme assez notable ». Napoléon se félicite qu’elle aille à Genève et ordonne à Fouché de faire en sorte qu’elle y reste ; aussi le ministre est-il fort mal reçu, quand il lui transmet une demande de M"10 de Staël pour séjourner encore à Paris, sous prétexte qu’elle a acheté une terre dans la vallée de Montmorency: « Puisque j’entends qu’elle ne doive plus sortir du Léman, c’est une affaire finie ; qu’elle aille à l’étranger et y fasse autant de libelles qu’il lui plaira1 2 3. » Tout à coup, l’Empereur apprend, non par Fouché, qu’elle n’est pas partie le 21 avril comme le ministre l’annonçait,, qu’elle était encore à Paris les 24, 25, 26, 27, 28 et probablement les jours suivants, qu’elle y a lait beaucoup de dîners avec des gens de lettres ; il va la faire mettre à l’ordre du jour de la gendarmerie. Il eut en effet la paix à ce sujet pendant quelques mois :i.
Le pape est traité de façon tout aussi cavalière. Il refuse de donner l'investiture spirituelle à quelques évêques que Napoléon a nommés en Italie : c’est la suite de ces dissentiments qui ne cessèrent pas entre l’Empereur et le Saint-Siège depuis le sacre jusqu’aux dramatiques événements de 1809. De Finkenstein, l’Empereur ne veut pas « se jeter dans les tracasseries avec ces nigauds (le pape et les cardinaux) : ce n’est pas le moment » ; mais, en temps et lieu, il saura faire repentir la Cour de Home de sa mauvaise conduite. Le prince Eugène, vice-roi d’Italie, s’offre à écrire au pape ; Napoléon n’espère pas que cela puisse servir à quelque chose, « car ces gens-là sont ineptes au delà de ce qu’on peut imaginer ». Il s’en souviendra dès qu’il aura du temps.
Le 19 avril, l’Empereur eut sans doute des loisirs tout particuliers. Il continue de suivre de près les opérations du siège de Danzig, de se préoccuper de la défense des côtes de l’Empire, songe au siège de Graudenz, pousse des approvisionnements sur Marienwerder. Mais cela ne l’enlève pas