L.V CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON V FINKENSTEIN
que Napoléon veut réduire à n’êlre plus que la Moscovie ■d’autrefois ou du moins à reporter son activité sur l’Asie.
Si ce n’est pas le moment même de l’apogée de Napoléon, •c’est du moins dans sa carrière un moment caractéristique, où sa physionomie historique se dessine avec un relief très net qu’il faut déterminer.
Napoléon a laissé Joséphine à Mayence. Il refuse de lui permettre de venir en Pologne et la renvoie à Paris. Il lui écrit environ une fois par semaine. 11 ne se contente pas de lui annoncer que « l’herbe commence à pousser ». L’Impératrice doit être très réservée ; elle ne doit dîner qu’avec des gens qui ont dîné avec lui, ne doit pas se laisser circonvenir par des personnes qu'il ne connaît pas et qui ne viendraient pas chez elle s’il y était1. 11 exerce avec une grande minutie l’autorité conjugale.
Il rit d’ailleurs des jalousies de sa femme : « Je n’aime que ma petite Joséphine, bonne, boudeuse et capricieuse, qui sait faire une querelle avec grâce, comme tout ce qu’elle fait... Si je devais m’occuper de quelqu’un, il faudrait qu’elles fussent de jolis boutons de rose. »
Joséphine avait peut-être sa police secrète. C’est à Varsovie qu’il connut la comtesse polonaise Marie Walewska, «une enfant de dix-huit ans, toute blonde, avec des grands yeux bleus très naïfs et très tendres, une peau liés line, rose d’une fraîcheur de rose-thé, tout empourprée par la timidité ». Elle l’aima, rêvant en lui le libérateur de sa patrie. Elle vécut auprès de lui à Finkenstein, dans une intimité discrète, lisant ou faisant de la tapisserie dans le cabinet impérial, regardant la parade à travers les jalousies closes 2.
Cela n’empêche pas Napoléon de s’occuper de la santé de l’Impératrice. Il la [nie de se bien soigner. 11 s’inquiète avec elle de la maladie de Charles-Napoléon, prince royal de Hollande, atteint de la rougeole. L’enfant meurt le 5 mai : il faut qjie Joséphine soit raisonnable ; « c’est une des conditions et des peines attachées à notre misère humaine » ; il ne faut pas qu’elle
i. Correspondance de Napoléon, io mai.
a. Fr. Masson, La comtesse Marie Walewska (Les maîtresses de Napo-
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accroisse la peine de son mari ; il faut cjn’elle se conserve pour son ami : « La vie est semée de tant d’écueils et peut être la source tic tant de maux que la mort n’est pas le pins grand de tous \ »
Il conseille à l’Impératrice d’aller passer quelque temps au château de Laeken, pour faire plaisir aux Belges et se rencontrer avec Ho rtense.
Il permet à Pauline d’aller aux eaux, sans qu’il ajoute loi à ce remède, car « les médecins conseillent les eaux à leurs malades quand ils veulent s’en débarrasser ».
Il indique à son frère Jérôme une recette efficace contre les hémorroïdes, l’application de trois ou quatre sangsues. Il fait des confidences à Joseph sur toute la famille; il est fort content de Jérôme ; il voit en lui « de quoi faire un homme de premier ordre » ; et Jérôme ne peut guère s’en douter, car toutes les lettres qu’il reçoit de l’Empereur « sont des querelles ». Il est moins content de Louis, car le nouveau roi de Hollande n’est pas très docile, il prétend souvent agir en roi, et non pas seulement en frère d’Evnpereur ; aussi subit-il de vifs reproches : il rend sa femme malheureuse ; il s’entoure mal, de personnes qui le trahissent ; il permet aux Hollandais nobles de reprendre leurs litres de noblesse avec quelquesuns de leurs privilèges, compromet ainsi le principe de l’égalité des classes ; il crée, de son autorité, un ordre de décoration, et le distribue à tort et à travers ; enfin, il ne fait aucun cas des conseils de son frère1 2.
Cambacérès a été chargé à Paris d’une sorte de régence. Mais il ne peut rien faire d’important ; il doit en tout consulter l’Empereur et demander sur chaque objet un ordre spécial. Napoléon s’intéresse à sa santé, lui défend de se « trop droguer, c’est une habitude de vieux garçon » ; — à ses amours, en demande des nouvelles à l’Impératrice. Outre cela, l'archichancelier est chargé des notes à faire passer au Moniteur, toujours rédigées de façon à tenir le public dans les meilleures dispositions, bien plutôt qu’à le renseigner. Il surveille et