I. — La Porte et le traité de Tilsit
L’exécution du traité de Tilsit fut commencée dès Tilsit, selon les instructions très précises combinées entre les deux
gouvernements de France et de Russie. Des ordres furent expédiés par l’empereur Alexandre aux commandants de ses vaisseaux dans la mer Méditerranée d’avoir à rentrer dans la mer Noire, par les Détroits, si la Porte voulait leur en accorder le passage ; sinon, par Gibraltar et l’Atlantique, où les ports français leur devaient assurer abris et vivres *. D’autres ordres furent donnés pour l’évacuation de Cattaro et des îles Ioniennes par les troupes russes, qui devaient revenir par Trieste ou Venise. La Russie renonçaità toute influence dans la Méditerranée. L’affaire était d’importance. Elle s’accordait mal avec l’espérance conservée par le gouvernement de Saint- Pétersbourg, que la Russie tirerait de l’alliance française des avantages pour le développement de son influence dans les Balkans vers Constantinople et la mer Egée.
Marmont reçut l’ordre d’envoyer une garnison à Cattaro et de rétablir des rapports amicaux avec les Monténégrins, qui n’axnient cessé jusque-là de soutenir la cause de la Russie et d’inquiéter la frontière du gouvernement de la Dalmatie. Les Monténégrins répugnèrent d’ailleurs toujours à s’entendre avec les officiers français, dont ils redoutaient le voisinage et les projets. Comme la plupart des peuples slaves des Balkans, ils comptaient sur la Russie, détestaient la France, à laquelle ils reprochaient ses relations cordiales avec la Porte : ils eussent volontiers uni dans une même haine le sultan et l’empereur Napoléon.
Le Ier septembre 1807, le général César Berthier, nommé gouverneur général des îles Ioniennes, s’installa à Corfou. La liberté des cultes fut proclamée; cependant la religion grecque était reconnue comme étant la religion dominante dans le pays ; une députation sénatoriale de cinq membres, réunie deux fois par semaine, devait assister le gouverneur dans l’administration des intérêts des Sept-Iles. Corfou bientôt fut un énorme centre d’approvisionnements et de munitions, le quartier général des desseins de Napoléon sur l’Orient. Spectacle mélancolique d’ailleurs que celui du grand effort qui y fut préparé pour un résultat nul.