‹ La Politique Orientale de NapoléonChapitre 96 sur 201 · Id., id., Sébastiani à Talleyrand, 23 août · texte numérisé non relu

Id., id., Sébastiani à Talleyrand, 23 août

LA PORTE ET LE TRAITÉ DE TILSIT

■étroitement à l’alliance française, empêcher que l'alliance franco-russe n’eiit pour conséquence la ruine de la Turquie, en détourner ailleurs la menace. C’était abonder dans le sens des desseins de Napoléon. C’était continuer discrètement l’alliance antérieure.

Champagny l’expliquait sans ambages à Sébastiani au commencement de septembre. Toute l’Europe est unie désormais à la France contre l’Angleterre; il n’y a plus de neutres; il faut être pour l’une ou pour l’autre, et il 11e sera pas permis à la Porte de ménager habilement les deux parties. Le gouvernement ottoman espérait, dit-il, recouvrer la Crimée et ses anciennes limites, prétentions singulièrement outrées dans son état de faiblesse et d’anarchie, au moment d’une révolution qui en présage d’autres. Les armées du sultan n’ont aucune valeur ; l’armistice obtenu par la France les sauve d’une entière destruction et assure à la Porte la Moldavie et la Valachie qu’elles n’ont pas été capables de reconquérir. D’ailleurs la Porte n’a aucun traité avec la France; l’ambassadeur ottoman n’a rien voulu signer; il a fait preuve à Varsovie, à Danzig, de la plus évidente répugnance à la moindre négociation sérieuse. Les engagements pris par Napoléon à l’égard du sultan Sélim avaient un caractère absolument personnel et amical ; l’empereur les eût peut-être renouvelés à son successeur ; mais le sultan Mustapha est demeuré plus de quinze jours sans notifier son avènement ; il n’a adressé à l’Empereur aucune lettre, aucune ambassade officielle ; il a renvoyé les canonniers français que Sélim avait demandés.

« L’Empereur devait-il donc, pour ce gouvernement inconstant, capricieux, cruel, se refuser à une paix honorable et continuer une guerre dont lui seul supportait tout le poids? » — La France n’a manqué à aucun engagement, n’en ayant contracté aucun; elle a ménagé dans la mesure du possible les intérêts de la Porte en insérant au traité un armistice russo-turc et une médiation française pour la négociation d’une paix définitive. — Si la Porte accepte ces conditions, elle aura la Moldavie et la Valachie, « et encore quelques moments de végétation ». Si elle fait la paix avec

l1 Angleterre, elle peut être regardée comme perdue ; elle sera démembrée ; « son existence politique aura pris fin avoc l’année1 ».

Page 1