PRÉFACE XXXIII
Toutefois, ni l'expérience ni la raison n'auraient suffi sans un grand point, plus général, qui m' apparaît avoir été le principe déterminant de votre pensée; voire classe, la classe des Français détachés du catholicisme, n'est aucunement détachée du patriotisme. El nous avions donc en commun, vous et moi, ce bon reste de la vieille unité profonde. C'est bien comme Français que, menacés par le nihilisme intellectuel et l'anarchisme théorique, vous avez fini par vous emparer et vous repaître avidement de ce que le XIXe siècle mourant nous léguait d'organisateur. Notre ami Jacques Bainville, dont la formation n'est pas sans quelques rapports avec la vôtre, dut beaucoup au breton Renan pour la délivrance de son esprit; je dois faire le même aveu quant à la formation du mien. Taine, Proudhon et Comte m'ont également bien servi à pénétrer la majesté et la puissance de l'édifice religieux où je ne priais plus. Et Maurice Barres vivifia pour vous la première lecture d'Auguste Comte. Sans doute enfin que les extravagances morales de vos maîtres de la Sorbonne agirent sur vous à rebours. Grâce aux maîtres empoisonneurs comme aux maîtres sauveurs, dans les deux cas grâce à la loyale vigueur de ce sang bon et pur que nous avons reçu de nos pères el de nos mères,