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PRÉFACE LIX

dédains ou les silences, les ignorances ou les calomnies de l'État! Les vrais républicains des Charentes qui avaient souscrit à la statue de Guiton ont refusé de souscrire à celle de Richelieu. Sans doute il reste des républicains pour oser apporter leur obole au grand Cardinal. Mais protestent-ils contre le souvenir de Guiton? Ils s'en gardent si bien qu'après avoir voté 10.000 francs pour Guiton, ils accordent à Richelieu un billet de cent francs. Dix mille pour cent, tel est le rapport de la passion républicaine à la passion patriotique. Je compte pour rien ces conservateurs gâteux à qui le nom de Richelieu a rappelé une « centralisation déplorable » et qui en ont voté avec les républi- <ains ! Nos républicains modérés sont très modérément Français. Mais nous qui ne le sommes point, nous Français forcenés, qui ne pouvons pas assister sans frémir à ce démembrement mental et moral de la France, hésiterons-nous à mettra nos cœurs en travers? Comment tarder à rassembler tout ce qui concorde et converge, groupe et unit, conserve el accroît ? Par la pensée d'abord et dans l'action ensuite, pouvons-nous laisser désunies et inopérantes les forces qui conspirent de l'Eglise et de la Patrie ?

Nos nationalistes, on les en avertit dans ce

LX PRÉFACE

livre, seront tout à fait sages d'imiter Maurice Barrés quand il prête main-forte à nos catholiques. Mais, à leur tour, les catholiques seraient très fous de délaisser les nationalistes et les royalistes pour battre la campagne libérale el républicaine. Nos réalités concordantes sont plus fortes que les petites volontés ou les petits intérêts de séparation. Il n'est pas possible de faire entre catholiques et patriotes un partage équitable dans l'héritage de nos gloires et de nos grands hommes. Cela est indivis, el doit rester commun. Si le catholique se borne à sainte Geneviève, sainte Clotilde, saint Rémy, saint Eloi, saint Vincent de Paul, parce qu'il y trouve des personnages d'une hagiographie presque pure, s'il se condamne à négliger Adalbéron, Suger, Richelieu ou Fleury, suspects d'avoir été ou ministres d'État ou compères de rois, ce catholique-là s'appauvrit à plaisir. U devra même s'appauvrir encore davantage : que fera-t-il de la moitié de Jeanne d'Arc : le sacre de Reims? S'il lâche Louis XIV, défenseur trop zélé de l'unité catholique, comment se délivrera-i-il de cet infortuné Louis XVI, mort pour l'Eglise plus encore que pour la Patrie? Si, au contraire, on laisse ensemble ce qui est tout uni, si l'on évoque le passé comme il passa et la vérité comme elle demeure, la

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